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n°25
STRATÉGIE & INNoVATIoN NUMÉRIQUE Haute résolution - Nouvelles solutions de paiement Focus sur un sujet high tech dans l'air du temps
Bientôt, tous sans... portefeuille ?
Les maroquiniers ont triste mine. Le monde de la finance tremble. Les banques et entreprises innovent. Les usagers doutent ou s'extasient. où en sommes-nous en matière de solutions de paiement ?
Scène de vie ordinaire. Une vieille dame achète du pain et quelques vien- noiseries et pose sa carte ban- caire sur le terminal de paiement. Un double bip plus tard, la transaction est autorisée et en- registrée. Les technologies NFC (Near Field Communication) commencent donc à rentrer dans les mœurs, même si pour l’instant le montant réalisé par ce biais ne peut excéder 20 eu- ros. Autre moment déjà vécu, celui où votre enfant s’amuse sur votre tablette et achète une application à plusieurs dizaines d’euros qui provoquera votre désarroi une fois la forfaiture commise. L’opinion que nous nous faisons des modes de paie- ment en ligne a également bien évolué. Rappelez-vous, il y a quelques années encore, la mé- fiance naissante dans votre re- gard lorsque l’on vous parlait de paiement via PayPal. Au- jourd’hui, vous l’ignorez sûre- ment d’ailleurs, mais certains de vos collègues ont acheté leur voiture d’occasion, l’équi- valent de 15 bitcoins, à un par- ticulier situé dans un pays étran- ger. Les solutions et modes de paiement progressent et se mul- tiplient. Si certaines tendent à simplifier les usages, d’autres à l’image du bitcoin interrogent sur leurs possibles effets sur le monde de la finance. Décryp- tage.
droid Pay proposent de stocker les coordonnées bancaires, les bons d’achats et autres cartes de fidélité.
BNP Paribas, le Crédit Agricole ou encore le Crédit Mutuel, peu d’acteurs d’envergure ont décidé de passer à l’acte. « Côté porteurs, l’évolution des tech- nologies nous permet de lancer
(PAN) mais un alias (token ou PAN virtuel) pendant la trans- action du paiement jusqu’à son autorisation. Pour éviter tout piratage de données, le couplage entre le PAN réel et le PAN
avec leur plaque d’immatricu- lation –, il existe des buts com- muns de désengorger les points de vente, fluidifier les transac- tions et sécuriser ces dernières.
dez-vous sur une bourse de change indépendante pour vous constituer un portefeuille élec- tronique et changer vos euros. Achetez ensuite en ligne avec ce mode de transaction. L’in- terface permet de payer aussi facilement que d’envoyer un mail. Cela dit, sa volatilité n’est plus à prouver au regard de l’actualité, ce qui n’incite pas à sa vulgarisation auprès de la population. Malgré l’ensemble de ces innovations, la France garde l’image d’un immense village d’irréductibles Gaulois. « Nous sommes encore un des rares pays à utiliser le chèque bancaire à l’heure où nous dé- veloppons des solutions très innovantes (encore 5% des transactions en France visi- blement). Le NFC n’a pas en-
“POKER” POUR PAYER
QUID DU PAIEMENT BIOMÉTRIQUE DANS L’HEXAGONE ?
Natural Security, start-up des nouvelles technologies de paie- ment, inaugurait le bal de l’in- novation fin 2012 en testant la biométrie pour remplacer le code secret de notre carte dans certains commerces de Ville- neuve d’Ascq (Nord) et d’An-
(1) HCE (Host Card Emulation ou émulation de cartes hébergées) est une technologie basée sur une modification du système d’exploitation du smartphone permettant à celui-ci de dialoguer di- rectement avec l’antenne NFC intégrée. Auparavant, cette antenne n’était ac- cessible qu’au travers de la SIM. Dès lors, dans le cadre d’un paiement mobile, les coordonnées bancaires de- vaient y être logées. Dorénavant, les coordonnées bancaires peuvent être conservées à l’extérieur, dans le Cloud, en dehors du smartphone et accessibles à tout moment grâce à une connexion internet.
SIM/E-SE (Eléments sécurisés intégrés) Un élément sécurisé (SE) est une puce séparée qui contient un processeur sé- curisé, un stockage inviolable et la mémoire d’exécution type SIM. Cet élément sécurisé contient donc des ap- plications qui s’appuient sur des clés sécurisées fonctionnant à l’intérieur de ce processeur sécurisé. Quel que soit le but, l’environnement sécurisé fourni par le SE protège les informations d’identification de l’utilisateur, assurant ainsi la sécurité de ses données.
Geoffroy Framery
Le 9 septembre 2014, Apple lançait son propre mode de paiement en signant plusieurs partenariats avec les leaders du secteur bancaire, entre autres Visa, Mastercard et American Express. Toujours en amont, l’entreprise à la pomme croquée développait cette solution auprès de sociétés telles que Subway, Nike ou encore McDonald’s. Lancé en juillet 2015 au Royaume-Uni, ce type de paie- ment dématérialisé n’a toujours pas franchi la Manche. Ailleurs, les géants des nouvelles tech- nologies ont également sorti leur solution de leur chapeau : Samsung Pay et désormais An-
58 NoVEMBRE 2015
Payer avec son téléphone ou sa plaque d'immatriculation, s'authentifier avec son empreinte... De quoi perdre définitivement les accros au shopping
En France, les acteurs bancaires entrouvrent doucement la porte
L’ÉPOUVANTAIL DES MONNAIES VIRTUELLES Les monnaies dites alternatives ne sont pas nouvelles. Il en existerait 400 cotées en dollars américains d’après un rapport du ministère de l’Economie de 2014. Les dix plus importantes représenteraient 10 milliards d’euros. or, le terme de monnaie virtuelle serait galvaudé. Selon le droit français, le bitcoin né en 2009, par exemple, est un moyen de transaction qui permet d’effectuer des paiements en ligne. Non une monnaie. Et les banques de se méfier : « Dans le domaine de la monnaie vir- tuelle, nous sommes en veille dans la mesure où la position des banques centrales varie encore. Certaines considèrent que le bitcoin est une monnaie électronique et d’autres qu’il s’agit d’objets échangés dans le cadre d’opérations d’achat/vente. Il faudrait que la qualification de “monnaie” soit précisée et que les statuts des émetteurs et leurs respon- sabilités soient clairement éta- blis », note Xavier Vaslin au Crédit Agricole. Quoi qu’il en soit, ce nouveau moyen de transaction ne laisse pas indif- férent – au regard de l’enthou- siasme des utilisateurs privés
Elle achète une nouvelle voiture pour la famille. C’est sa maman qui va être contente...
à des systèmes de paiement dématérialisés d’un nouveau genre.
en décembre, en région Rhône- Alpes, une phase d’expérimen- tation d’une durée de six mois, inédite en France, d’un nouveau moyen de paiement mobile bio- métrique hautement sécurisé basé sur une technologie HCE(1) (Host Card Emulation ou ému- lation des cartes hébergées) to- kenisée pour les paiements de proximité et en vente à dis- tance », détaille Xavier Vaslin, expert de la cellule innovation paiement du Crédit Agricole. Petites précisions techniques
virtuel est alors effectué à la banque du porteur au moment de la demande d’autorisation. « L’antenne NFC du smart- phone se charge de dialoguer avec le terminal. Le déblocage de la carte virtuelle se réalise grâce à la biométrie de l’em- preinte digitale apposée sur le smartphone. Le déchiffrement du PAN tokenisé quant à lui ne pourra se réaliser, pour finir la transaction, que si l’authen- tification est conforme », com- plète l’expert du Crédit Agri-
core attein.
parce qu’il perdure une confu- sion en France entre le traite- ment des données bancaires et les données personnelles par exemple », ajoute Aurélie Tible, directrice marketing chez Lyra Network. A quand le clin d’œil pour authentifier son identité bancaire ?
t sa pleine mesure
goulême (Charente). Ce premier jet fut un succès. Et cette tech- nologie n’est pas exempte de changements qui pourraient convaincre l’utilisateur. Ce moyen de paiement biométrique n’oblige aucun enregistrement de coordonnées dans une base de données, seule la carte vir- tuelle stocke l’empreinte. Si cette démarche a pu intéresser
pour les novices... Ne pas confondre le HCE avec les technologies de puces embar- quées (SIM/E-SE(2) ou éléments sécurisés intégrés). Ce faisant, le HCE permet de concevoir des cartes virtuelles à usage unique chargées dans le télé- phone. La tokenisation, elle, consiste à ne pas utiliser le nu- méro réel de la carte du porteur
cole. Mais rassurez-vous, ladite technicité vise à augmenter la sécurité de la transaction, à simplifier les usages et à réaliser un geste unique quel que soit le canal de paiement. Malgré la diversité des supports – l’en- treprise espagnole Al Campo du groupe Auchan proposerait même aux clients dans ses sta- tions de payer leur carburant
et professionnels cherchant à s’émanciper des circuits mo- nétaires classiques, ainsi que de l’ire voire du rejet de certaines autorités. En quelques mots, cette monnaie est à la fois dé- matérialisée et décentralisée. La fluidification des échanges et la révolution s’opèrent grâce à cette manière de créer du change. Pour les curieux, ren-

