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n°25
STRATÉGIE & INNoVATIoN NUMÉRIQUE Décryptage - Nano-, micro- et minisatellites
L'occasion pour EcoRéseau d'expliciter en détails le sujet principal de Stratégie & Innovation Numérique
Embouteillage dans l’atmosphère
E Les satellites étaient l’apanage des Etats pour des usages météorologiques et militaires. Mais ça c’était avant. Nouveaux business models en perspective...
n 2009 George bler dans les quatre ou cinq ils sont propriétaires. on Clooney, alors en- prochaines années. Les trouve désormais des cré- gagé au Soudan du coûts de mise en orbite neaux de lancement à
Sud, a financé le satellite s’amenuisent, ce qui donne 100000 euros pour un sa-
Sentinel Project, visant à prouver depuis l’espace le génocide. Les oNG ont désormais leurs experts maison et truffent leurs rapports de vues aériennes, voire spatiales. Les satel- lites d’observation de la Terre sont de plus en plus utilisés, la filière se di- versifie et de nouveaux business models émergent. Que de chemin parcouru ensipeudetemps!En 1972, les Américains lan- çaient le premier satellite d’exploration terrestre Landsat d’une taille de pixel de 79 mètres, capable par exemple de mesurer la désertification et le recul des forêts. Ne flottaient alors dans les cieux qu’une poignée d’engins destinés à l’observation météo ou militaire. « Au fil des an- nées la taille des pixels s’est réduite, grâce en par- tie aux satellites français SPOT qui sont descendus à des pixels de 20 mètres, puis 10 et 5 mètres. Au- jourd’hui les pixels font 30 cm conformément à la loi américaine et il est même possible technique- ment d’être encore plus précis, ce qui augmente considérablement le nom- bre d’applications », parle en connaissance de cause Ray Harris, géographe professeur émérite à Uni- versity College London, qui a, avec l’avocat Ray Purdy, créé Air & Space Evidence, la première agence de détectives de l’espace (cf. encadré). Une évolution stimulée en plus par la segmenta- tion des satellites en fonc- tion de leur poids. on parle de minisatellites (de 100 kg à 500 kg), micro- satellites (de 10 kg à 100 kg), nanosatellites (de 1kgà10kg)etmêmede
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naissance à une longue traîne de start-up, tant dans le secteur des lanceurs que dans celui des satellites. De Kourou à Cap Cana- veral en passant par Baï- konour ou Bangalore, des fusées comme Atlas V, Delta II, Dnepr, Longue Marche, Soyouz ou Vega devraient effectuer de 120 à 188 lancements d’ici à 2020, selon une étude du cabinet américain Space- Works. « Des industriels et des pays ont un œil sur nos satellites, nous avons des contacts avec la Chine, l’Europe et l’Amérique », se réjouit Stanislaw os- toja-Starzewski, qui a com- mencé par gagner la confiance des lanceurs : « Les Russes de Progress, qui utilisent le pas de tir kasaque, avaient l’habitude de travailler avec des grands du secteur spatial uniquement », se souvient le président de NovaNano. Les petits sa- tellites deviennent une source de revenus non né- gligeable pour les lanceurs – comme l’ukrainien Dnepr, leader mondial (loin devant Vega d’Arianes- pace) qui fabrique des lan- ceurs à partir d’un stock d’anciens missiles inter- continentaux balistiques – et les opérateurs de services de lancement. Les grands
tellite de 1 kg. NovaNano s’est d’ailleurs spécialisée, en plus de la fabrication de composants, dans le courtage en services de lancement.
Bientôt un code de l’orbite à prendre en compte pour éviter les accidents ?
CONSTRUCTION STANDARDISÉE Comment Stanislaw os- toja-Starzewski, 29 ans, Polonais d’origine, et son compère Spas Balinov, 30 ans, d’origine bulgare, sans réseaux ni fonds consé- quents au départ, ont-ils pu tracer leur route ? Par la persévérance évidem- ment. « C’est un moment historique, il ne faut pas laisser passer le train », s’accordent les ingénieurs entrepreneurs, qui ont pro- fité du programme inter- national de l’Insa. Mais d’après eux, « l’âge n’a pas été un obstacle. Les gens s’attendent à trouver des jeunes dans un tel uni- vers de rupture ». De même le financement n’a pas été si problématique : 500000 euros d’investis- sements privés, 1000000 d’aide publique, notam- ment de la région Rhône- Alpes, dont la base indus- trielle a aussi permis de trouver des partenaires technologiques. Si la conception et fabrication de composants ou plate- formes complètes de na- nosatellites peuvent dés- ormais être assurées par des start-up et des étu- diants, c’est aussi parce qu’un standard de nano- satellite a été adopté, bap- tisé CubeSat. Déployé pour la première fois dans l’es- pace en 2003, ce nanosat a été inventé par les pro- fesseurs Bob Twiggs (uni- versité de Stanford) et Jordi PuigSuari (California Po- lytechnic State University). Ce cube, qui embarque ses
picosatellites (moins de 1 kg). Des tailles et des prix en baisse signifient des barrières à l’entrée moins importantes. Sta- nislaw ostoja-Starzewski et Spas Balinov, deux amis de l’Institut national des sciences appliquées (Insa) de Lyon, ont ainsi placé dans une fusée Soyouz décollant de Baï- konour, au Kazakhstan, un nanosatellite de télé- communications destiné à être mis en orbite. « L’aboutissement de qua- tre années de travail acharné », précise Spas Balinov, cofondateur de la start-up NovaNano à Saint-Didier-au-Mont d’or, passée par l’incu- bateur Créalys.
ECOSYSTÈME TOUJOURS PLUS ÉTOFFÉ
« Le britannique Surrey satellites (SSTL) semble être leader dans la révo- lution de l’accès low-cost à l’espace. Les satellites Landsat et SPOT coûtent
comme le Nigéria, Taïwan, la Turquie, la Chine... », décrit Ray Harris. Tous les pays peuvent donc avoir accès à leurs propres ba- lises d’observation de la Terre. Il existe plus de 140 satellites actuellement en orbite, dont 130 sont éta-
Des cas d’assurance seront résolus par des satellites ayant filmé le crash dans
les cinq à huit ans qui viennent
des centaines de millions d’euros, mais SSTL a dé- veloppé des petits satellites qui ont des capacités si- milaires et qui coûtent seu- lement 10 millions d’eu- ros ! Ils en ont développé avec de nombreux pays
tiques. Mais les plus ré- cents, qui sont aussi les plus précis, appartiennent à des start-up ambitieuses telles que Digital Globe, ou Skybox dont Google vient de s’emparer. Ce nombre devrait encore dou-
comptes comme la Nasa, l’Esa (agence spatiale eu- ropéenne) ou le Cnes se font à l’idée d’accepter, sous certaines réserves, d’autres satellites à bord de la fusée qui transporte la charge principale dont

