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Décryptage - Nano-, micro- et minisatellites STRATÉGIE & INNoVATIoN NUMÉRIQUE
panneaux solaires sur ses facettes, pèse 1 kg et me- sure 10 cm d’arête. Au- jourd’hui, il est possible de faire un nanosat entiè- rement à partir d’éléments sur étagère pour 200000 à 300000 euros. on peut aussi assembler les Cube- Satpar2,3,6ou12pour composer un satellite spé- cifique plus grand et puis- sant. Ainsi 300 étudiants de l’université Montpellier 2 ont vu dès 2013 le fruit de plusieurs années de tra- vail concrétisé par le lan- cement à Kourou de Ro- busta, le premier nanosa- tellite étudiant français. La Fondation Van Allen, qui rassemble le Cnes, l’Esa, le constructeur de satellites Astrium, l’Université de Montpellier 2... s’évertue d’ailleurs à financer des
gens ont fait le lien entre l’imagerie satellite et la preuve », remarque Ray Harris, dont l’agence pro- pose d’aider à la résolution d’affaires juridiques par ces images. « Plus de sa- tellites et de haute résolu- tion – à 30 centimètres et cela va continuer de des- cendre, probablement pas plusbasque10cm–si- gnifient un coût des don- nées en baisse du fait de la concurrence, et les pre- mières applications «en temps réel» et en vidéo », entrevoit Ray Harris. Sky- box, qui a été rachetée par Google, propose déjà 90 secondes de vidéo d’ob- servation de la terre depuis l’espace. « Nous avons beaucoup de demandes concernant des véhicules endommagés ou des at-
l’initiative européenne Co- pernicus – qui les consi- dèrent comme des biens publics. Il y a donc une offre, et aussi une demande.
tions. Il semble des plus utiles dans les zones mal ou non couvertes en 2G, 3G et 4G, qui ne se situent pas en France, mais plutôt
télédétection datent de 1986. Un pixel faisait alors 20 mètres. Les futures gé- nérations de satellites per- mettront certainement de
mandat, ce qui soulève beaucoup de questions de droit », illustre Ray Harry. De nouvelles lois seront votées. « Pour l’heure nous n’avons pas une politique formelle, mais oui nous pouvons refuser de travail- ler pour quelqu’un dont nous pensons qu’il est im- pliqué dans quelque chose d’illégal ou immoral (es- pionnage de célébrités... ) », révèle le détective de l’espace, selon qui la vie privée est encore actuelle- ment plus un problème pour les drones que pour
Nous proposerons la balise comme un service, devenant fournisseurs de données durant une période donnée
.
« Accident signalé sur la rocade de Nicosie. Et celui qui l’a provoqué a les pneus lisses... »
Matthieu Camozzi et Julien Tarby
Agence de détectives de l’espace
Air & Space Evidence
Non il ne s’agit pas d’une blague de plus à la sauce Eco- Réseau. Ray Harris, géographe professeur émérite à Uni- versity College London (UCL) et Ray Purdy, avocat en droit de l’environnement, ont fondé le 1er octobre 2014 une agence qui scrute les images satellites pour changer le cours des procès. Des organisations aussi variées que la police anglaise, l’ONU, la Banque mondiale ou des agences environnementales ont fait appel aux services de ces en- trepreneurs qui peuvent épier ce qui se trame dans votre rue ou même votre jardin. « L’utilisation des données issues de satellites ne doit pas être surestimée. Les magistrats et la police y ont encore peu recours et l’utilisation en tant que preuve n’en est qu’à sa première étape », relativise l’avocat Ray Purdy. Lequel se souvient d’un juge, qui lui a demandé « combien de temps l’homme qui avait pris les photos était resté dans le satellite, et s’il pouvait lui parler ! » Mais si la connaissance de cette technologie n’est pas encore très avancée, la demande est colossale. « Nous voulons assister de grandes organi- sations, mais aussi des particuliers à la recherche de preuves », précise le Britannique qui a commencé par le survol aérien des terres agricoles pour valider les subventions. Les deux amis ont dès la première semaine reçu des de- mandes du monde entier – Etats-Unis, Ghana, Austra- lie... – et n’ont pas pu répondre à tout le monde, les requêtes nécessitant parfois des observations minutieuses de plusieurs semaines. Une quarantaine de dossiers ont été ouverts depuis un an : des crimes environnementaux, des disparitions inexpliquées, des querelles entre voisins, des vols de voitures... Les enquêteurs s’évertuent à retrouver la trace du délit dans la base de données des images satellites et de l’authentifier pour un usage légal. « Même si les règles de la preuve diffèrent selon les pays, le professionnel qui démontre que les données n’ont pas été modifiées pour tromper peut changer les procès et l’avis des juges », soutient l’entrepreneur. Dans la plupart des cas les images sont irréfutables, stoppent les procédures et forcent à une conciliation. Pour le binôme britannique, la principale difficulté consiste à « satisfaire des clients habitués aux films d’Hollywood. Ils pensent que les satellites sont beaucoup plus avancés qu’ils ne le sont en réalité. Nous ne pouvons pas voir à l’intérieur d’un bâtiment (et dans les toilettes, question à laquelle ils ont déjà dû répondre !, ndlr.) et les satellites ne restent pas
focalisés tout le temps sur un même endroit. »
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satellites étudiants en dé- veloppant des relations avec les industriels, et à créer le premier Centre spatial universitaire (CSU) français.
taques, mais il est virtuel- lement impossible de saisir l’acte précis. Cependant l’amélioration continue va augmenter les chances de saisir ces faits isolés. Des cas d’assurance seront ré- solus par des satellites ayant filmé le crash dans les cinq à huit ans qui viennent », s’enthousiasme le géographe. En outre beaucoup d’observations sont gratuites car fournies par les gouvernements – Landsat ou les satellites Sentinel qui font partie de
années 70, quand même leurs concepteurs se de- mandaient à quoi ils al- laient servir exactement. Nous savons fabriquer ces CubeSats de moins d’un kilo. Mais pour quels clients ? », s’interroge Sta- nislaw ostoja-Starzewski. Lequel a identifié quelques applications susceptibles d’intéresser des industriels comme les compagnies pé- trolières. Celles-ci pour- raient devenir des clients de lancement : « le satellite est un relais d’informa-
pour le surveiller durant le voyage en bateau ». Après mûre réflexion sur le modèle économique, les deux jeunes diplômés de l’Insa en sont d’ailleurs venus à l’approche service : NovaNano proposera la balise, et deviendra four- nisseur de données durant une période donnée.
NOUVEAUX BUSINESS MODELS
« Google Earth a été télé- chargé par un tiers de tous les utilisateurs d’Internet dans le monde, incluant environ 500 millions de personnes dans l’UE et 300 millions aux Etats- Unis. Cependant, peu de
ET LA VIE PRIVÉE ?
« Les données affluent pour autour des pipelines ou fo- voir avec précision les vi- les villes, mais sont beau- rages de zones désertes. sages, d’identifier les gens, coup plus rares pour les Dans les océans aussi, les de fournir de la vidéo. outil zones rurales. Les témoins bateaux ont leur propre d’espionnage, de traque sont aussi absents. Nous système, mais il est tou- policière ou de curiosité avons probablement plus jours impossible de «tra- mal placée, il pourrait en- de demandes d’images cer» les containers, de sa- traver beaucoup de libertés dans les zones moins ha- voir s’ils sont été ouverts, privées. « Un satellite bitées », illustre Ray Harris. de connaître leur position prend la photo sans la per-
les satellites.
Dès lors, quels services pour quels business mo- dels ? « Les nanosatellites sont au même stade que les ordinateurs à la fin des
exacte. Notre système per- met de contrôler l’actif de valeur détenu par l’indus- triel client, qui ne peut uti- liser les réseaux terrestres
mission de quiconque, sans
Ilyafortàparierquela réglementation en vigueur va évoluer. Les vagues principes de l’oNU sur la

