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n°25
CLUB ENTREPRENDRE En immersion - Groupe Archer
Dans chaque numéro, un(e) journaliste d'EcoRéseau fait un reportage in vivo dans une entité (entreprise, usine, incubateur, association...)
C ’est l’histoire d’une zone économique- ment sinistrée qui trouve son salut dans ses ressources humaines. A cause de la mort de l’in- dustrie de la chaussure haut de gamme en cuir, le bassin de Romans a en 20 ans perdu 10000 emplois sur 50000 habitants : grandes marques locales, tanneurs, piqueuses, spécialistes du tressage de chaussures ont les uns après les autres mis la clé sous la porte. C’était sans compter le groupe Ar- cher, devenu plus tard un des 23 Pôles territoriaux de coopération économique (PTCE). Pôle Sud Archer, qui regroupe tous les acteurs de l’emploi local en un même lieu, a servi de mo- dèle en France. « Comme un symbole, nous annonçons aujourd’hui 300 nouveaux emplois dans la chaussure sur les cinq ans à venir ! », se réjouit Christophe Che- valier, président du groupe
CARREFOUR DES BONNES VOLONTÉS Au 2 rue Camille Claudel, dans la capitale de la raviole, le parking et les locaux assez sobres de un et deux étages pourraient abriter n’importe quelle entreprise. Mais le visiteur a tôt fait de découvrir le creuset d’une dynamique territoriale re- groupant une quinzaine de “pôles d’activité”. Y pren- nent part le groupe originel Archer, mais aussi une my- riade d’entreprises, d’acteurs de l’économie sociale et so- lidaire (CRESS, ADIE, NEF...), une boutique d’in- formation logement, un re- groupement d’AMAP... Mais la notion d’apparte- nance à Pôle sud dépasse le fait de posséder un contrat de location sur le site. Ainsi l’entreprise VTD, l’ADA- PEI Drôme, l’association qui gère la monnaie locale,
30 NoVEMBRE 2015
La preuve avec Pôle Sud Archer, dans la Drôme à Romans-sur-Isère.
« Entreprise de territoire »
afin de décrire ce qu'il voit, de comprendre le fonctionnement au jour le jour, la capacité à innover et les flux financiers
L’entreprise peut devenir opérateur de solutions et d’expérimentations pour le territoire.
le Conseil départemental et des collectivités locales se revendiquent de Pôle sud pour y faire jouer les syner- gies sans y être présents. En plus des locaux d’Ar- cher, beaucoup de bureaux
aperçus que les dirigeants étaient surtout demandeurs de services aux salariés, garants de bien-être, et donc d’une certaine attractivité territoriale. Cartes d’adhé- rents pour des enseignes
nomique, missionnée par le Conseil général pour ac- compagner les chômeurs. « Il ne servait à rien de mettre autant d’argent pour former ces gens s’il n’y avait pas d’activité écono-
industrielle (vente de dis- positifs de fibre optique, fa- brication d’essuie-glace... ), l’intérim, les transports, les services à la personne, les chaussures, la filière bio, le fer à cheval... « En 2005
nomie, qui a cocréé odys- sem, un collectif d’entre- preneurs au service de l’in- novation sociale. Selon cette experte associée à l’ESSEC, « la logique de concurrence et de croissance à tout prix n’est plus l’unique voie à suivre, et une approche de développement des hommes et du territoire peut émerger, comme chez Archer ». Les actions ont vraiment dé- marré en 2005 et ont été théorisées puis médiatisées sous l’impulsion de Claude Alphandéry, président du Labo de l’ESS. Après la venue de Benoît Hamon, un appel à projets a été lancé à l’automne 2013, et 23 lieux ont finalement été financés par la Caisse des Dépôts pour créer des PTCE, inscrits dans la loi ESS de juillet 2014. « Le fait de se parler change tout. Les dirigeants de PME ne dépensent pas leur éner- gie à se battre les uns contre les autres, ils deviennent partenaires pour faire avan- cer leur territoire, avec une certaine conscience ci- toyenne. Je ne comprends pas pourquoi tout ne va pas plus vite », énonce Chris- tophe Chevalier. Vision- naire ? Pragmatique plutôt. « En 2000 nous avons dé-
Archer.
et salles de réunion sont
donc à disposition. L’asso-
ciation ERB (Entreprise Ro-
mans Bourg de Péage) gé-
nère à elle seule plus de 80
réunions par an. « Nous fai-
sons du concret ici, il ne
s’agit pas d’un enchaîne-
ment de discussions stériles.
Par exemple les acteurs de
la chaussure se sont vus
dernièrement pour louer un
camion ensemble afin de
partager les coûts d’un dé-
placement au salon du
Made in France », illustre France sur les infrastruc- lancé des lignes de produc- D’AVENIR
L’entreprise peut devenir opérateur de solutions et d’expérimentations pour le territoire. La preuve avec Pôle Sud Ar-
cher à Romans-sur-Isère, dans la Drôme .
locales, conciergeries... », cite celui qui a reçu le prix de l’entrepreneur social 2011 (BCG, Schwab), et qui se réjouit de voir se cô- toyer facilement des écolo- gistes et Areva. « Parce que le groupe ne vient pas parler de nucléaire ; nous ne par- lons pas plasturgie avec les plasturgistes, mais de rela- tions interentreprises, crèches, services aux sala- riés, transports... Les col- lectivités ont travaillé en
mique sur le territoire. Il nous fallait créer de l’em- ploi », se souvient Chris- tophe Chevalier, qui s’est aperçu après plusieurs ex- périences dans les années 2000 qu’il parvenait à ses fins en faisant appel à des entreprises partenaires lo- cales. « La coopération éco- nomique permettait de mieux reprendre des projets que des spécialistes. Sur cette intuition nous avons acheté des machines, puis
nous réalisions 5 millions d’euros de CA, aujourd’hui 16 millions », se réjouit-t- il. Il fallait un lieu symbo- lique pour accueillir Archer et l’association de chefs d’entreprise qui regroupe 102 adhérents, représentant plus de 5000 salariés. « Nous avons alors inauguré Pôle Sud, dont la holding Archer n’est qu’une des composantes. »
Christophe Chevalier. Plus de 25 organisations se re-
tures et les espaces fonciers, moins sur ce domaine, pour
tion de chaussures », se souvient le dirigeant. Il a
couvertquenouspouvio. nous mettre ensemble, au- jourd’hui nous réalisons que nous n’avons pas le choix. Le politique ne peut plus re- lever seul les enjeux sociaux, économiques et écolo- giques », déclare-t-il, conscient d’évoluer dans une “entreprise de territoire”.
Ces pratiques ont changé le lien qu’entretiennent les
En 2000 nous avons découvert que nous pouvions nous mettre ensemble, aujourd’hui nous réalisons que nous
UN CONCEPT
ns
(1) « L’économie qu’on aime ! – Relocalisations, créations d’emplois, croissance : de nouvelles solutions face à la crise », de Sophie Keller, Amandine Barthélémy et Romain Slitine, éd. Rue de L’échiquier, 2013.
Julien Tarby
vendiquent de ce lieu et imaginent des actions col- lectives, liées notamment au renouveau productif (re- localisation, reprise d’en- treprise, coopérations in- dustrielles, circuits courts de productions et de distri- butions...). Mais pas seule- ment. « Nous nous sommes
se rendre attractives », re- marque-t-il, conscient que les entreprises ont leur carte à jouer.
alors créé une holding de 112 actionnaires, reprenant de petites activités en tenant compte avant tout des com- pétences des gens, et en pa- riant sur la collaboration interentreprises (centrales d’achat, mutualisations...). L’ensemble intervient dés- ormais dans la sous-traitance
élus et les entreprises, basé ici sur une collaboration de proximité pour dynamiser le territoire. « L’entreprise peut devenir opérateur de solutions, d’expérimenta- tions, et accroître le poten- tiel d’intervention de l’élu », déclare Sophie Keller, en- seignant-chercheur en éco-
n’avons pas le choix
EVOLUTION
DU CONCEPT
Le groupe Archer est né en 1987 comme structure d’in- sertion par l’activité éco-

