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Interview croisée - Deux cultures du numérique CLUB ENTREPRENDRE
je ne suis que le coach. Je ne peux rien faire seul. En revanche, si mes décisions ne sont pas les bonnes, je peux les mettre en danger. Mon message est clair : ceux qui entreprennent au- jourd’hui sans patrimoine, sans avoir fait de grandes études peuvent réussir, avec du travail, notamment dans le numérique.
Des expériences plutôt que des diplômes, des financements sans
grandes entreprises, mais il y a encore deux ou trois ans, tout cela était du chi- nois ! Certains managers, comme ceux d’une grande banque devant lesquels je suis intervenue récemment, sont désormais prêts à l’en- tendre. Eux seront les hommes du changement ! 65% des métiers de 2020 n’existent pas aujourd’hui, alors notre message est d’abord que tout est en mouvement, que rien n’est figé et que dans ce
sés, c’est évident. Mais même pour nous, c’est un défi quotidien. Au- jourd’hui, le public 15-34 ans, dont nous avons une connaissance pointue, a sa propre vision de son me- dia. Il faut donc sans cesse rebattre les cartes, tester, innover... Et, pour cela, avoir des potentiels est évidemment fondamental. C’est d’ailleurs dans cette logique que nous avons créé la Melty Talents House, la pépinière du
Donner, je crois que c’est un projet de vie. Ce n’est pas une question d’âge, d’expérience ou de réus- site. Ce sont des valeurs que les parents nous in- culquent.
ter une boîte, n’est pas un problème. Deux, non plus... à condition de ne pas le faire deux fois de la même manière. Cela voudrait dire que l’on n’en a retenu aucune leçon ni expérience. Un ami m’a rapporté récemment un bon mot de la Silicon Val- ley : celui qui n’a pas planté deux boîtes n’est pas un entrepreneur ! C’est une autre vision de l’en- trepreneuriat où la réussite et l’échec sont jugés dif- féremment, où les parcours et les potentiels sont au premier plan.
Quel regard portez- vous sur les grands en- sembles que sont les GAFA, NATU...(2) ? CB : Celui que je partage avec mes clients tradition- nels : on ne peut plus faire comme s’ils n’existaient pas. Je regarde leurs idées, mais aussi leur capitalisa- tion boursière qui ne cesse
up nation, je me dis que cela estompe certaines frontières. Mais nous ne pouvons pas nous conten- ter d’encouragements ver- baux alors que le potentiel existe pour que d’autres investisseurs permettent aux idées de décoller. Sim- plification des démarches, incitation fiscale... Nous sommes encore très loin des États-Unis. Nous sommes lents à changer, très lents. Mais je crois aux vertus de la répétition, un peu comme à un enfant à qui l’on dit « Range ta chambre ! ».
AM : Je suis fier d’avoir fait partie du e-G8 ou d’avoir inspiré assez de confiance en 2011 pour devenir le plus jeune mem- bre du Conseil national du numérique. Mais je n’in- vente rien, je témoigne de mon parcours, je n’ai que 30 ans et n’ai pas envie de me prendre pour un autre.
AM : Nous devons être ambitieux, il y a beaucoup à faire. En même temps, quand je vois Criteo ou Blablacar, je pense que ce sont les futurs grands et que la France peut légiti- mement espérer avoir des entreprises et des groupes de référence dans le nu- mérique dans les années qui viennent. À nous
Vous incarnez la réus- site, quid de l’échec ? CB : D’abord, la vraie réussite est celle qui ne sacrifie pas l’essentiel, c’est-à-dire la famille et le bonheur de partager. Combien d’hommes riches et accomplis selon les stan- dards sont tristes et mal- heureux ? Quant à l’échec, il n’est jamais agréable. Il
Planter une boîte n’est pas un problème. . Deux, non plus... à condition de ne pas le
faire deux fois de la même manière
fait mal, on a honte mais, de grimper pour une d’avoir l’ambition de leur finalement, on ne grandit conclusion simple : ils gè- emboîter le pas et de nous pas sans passer par là. rent la croissance pendant hisser à leur niveau. Un Mais ça, on ne le sait que d’autres gèrent la dé- jour peut-être...
qu’après ! Est-ce que c’est croissance. Ils changent différent dans le numé- les paradigmes. L’erreur
(1)Catherine Barba a in- vesti dans des entreprises comme Leetchi, French- web, Trendsboard, Bedy- casa. Elle est aussi mar- raine de l’association “Nos quartiers ont des talents” et du réseau “100000 en- trepreneurs”. Alexandre Malsch est quant à lui vice- président du Conseil na- tional du numérique et fit partie du e-G8 organisé à Paris en 2008.
(2)GAFA : Acronyme des géants Google, Apple, Fa- cebook et Amazon; NATU est celui des quatre grande entreprises emblématiques de la “disruption” numé- rique : Netflix, Airbnb, Tesla et Uber.
Olivier Remy
NoVEMBRE 2015 29
rique ? C’est peut-être une vision un peu déformée (sourire), mais en face de moi, en tant que recruteur ou business angel, une per-
serait de les ignorer. Il faut les comprendre. Dans le retail en tout cas, la veille sur ces grands acteurs est désormais quotidienne : leurs outils, leur organi- sation, leur logistique, leur recrutement sont passés au peigne fin.
©MELTYGROUP
fonds propres et des ac- teurs de l’économie tra- ditionnelle bousculés... Le numérique est-il subversif ?
CB : Non, mais c’est une véritable révolution, un vrai choc culturel qu’ap- porte le numérique. Petit à petit, il irrigue les
Encore étudiant à l’Epitech (European Institute of Information Technology), il crée Eeple en 2005 en compagnie de Jérémy Nicolas. L’entreprise deviendra MeltyNetwork et melty.fr en 2008, un media numérique pour les 18-30 ans pour lequel il lèvera 3,6 M€ en 2012 auprès de Serena Capital pour son développement en Chine et au Brésil. Le groupe Melty compte aujourd’hui 14 magazines thématiques pour 30,5 millions de visites chaque mois. À 30 ans, il est vice-président du Conseil national du numérique en 2012.
groupe, pour accompagner les talents de demain et être au plus près des ten- dances.
Vous êtes tous les deux assez engagés(1). Doit-on y voir le besoin de rendre quelque chose ? CB : D’abord donner !
contexte, l’important est d’abord d’avoir des colla- borateurs capables d’ap- prendre.
sonne qui a monté une start-up qui n’a pas fonc- tionné, mais qui est allée au bout de l’idée et qui est capable d’analyser les raisons de son échec, est plus intéressante que beau- coup de diplômés.
Quel avenir alors pour le numérique en France ?
CB : Encore plus de busi- ness angels. Quand j’écoute Axelle Lemaire et son discours de start-
AM : Lorsque j’étais à l’Epitech, c’est le projet qui était au cœur de l’en- seignement, alors c’est as- sez logique pour moi. Les codes classiques sont cas-
AM : Ce que j’ai compris, même si cela nous sourit chez Melty, c’est que plan-
Alexandre Malsch
AM : C’est juste une for- midable chance de les cô- toyer. Ils ont créé des éco- systèmes incroyables qui font réfléchir. Nous ne nous prenons pas pour ceux que nous ne sommes pas, même si les prochains mois verront la structura- tion de notre développe- ment international.


































































































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