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n°25
CLUB ENTREPRENDRE Electron libre - Alexandre Jost, fondateur de la Fabrique Spinoza, think tank sur le bonheur citoyen Dans cette rubrique EcoRéseau met à l'honneur un(e) entrepreneur(e) parce qu'il (elle) a un profil atypique, parce que son entreprise
«U
son cerveau reptilien, qui génère des réactions pri- maires comme la fuite, la colère, la frustration... Les études montrent alors que ses capacités cognitives sont réduites. Au contraire celle qui se sent bien va les élargir. Le bien-être est synonyme de meilleure performance. Les gens sont en bonne santé, plus créatifs, mobilisateurs, et affichent une plus grande intelligence (+10 points) d’après les mesures. » Alexandre Jost, 38 ans, fon- dateur de la Fabrique Spi- noza, think tank sur le bien- être citoyen, marque les es- prits par son élocution claire et ses références chiffrées pour évoquer le bonheur, par essence des plus sub- jectifs. « Ce bien-être est tout autant un cap vers lequel
Naïf ? Réaliste selon Alexandre Jost.
ne personne stressée fait fonctionner
devenu libre », se rappelle cet « optimiste né » selon ses proches. Il quitte ensuite la Californie pour travailler six ans chez Mars & Co au Brésil, au Mexique, puis en
Lecomte nous ont un peu plus sensibilisés à la ques- tion du bonheur », se sou- vient l’un des initiateurs du projet. Alexandre Jost a alors franchi le pas pour deux rai-
VA-ET-VIENT AVEC LE TERRAIN
Le mouvement s’est trans- formé en think tank en 2011. « Généralement ce genre d’organisation suit un but
veau de bonheur au travail. Nous instaurons un va-et- vient permanent entre les études académiques et la réalité du terrain. Il nous importe de prouver que les recherches correspondent bien à quelque chose », dé- clare celle qui situe le mou- vement dans la mouvance des “do-tanks” (BleuBlanc- Zèbre) ou “changemakers” (Ashoka, ouiShare...). Il fallait d’emblée apparaître aux yeux des institutionnels comme une maison robuste. La densité des travaux sur la “science du bonheur” (neurosciences, psychologie du bonheur, psychologie po- sitive...) a joué. « Nous avons travaillé avec l’OCDE sur son annexe du bien-être et gérons la plateforme de me- sure du progrès social Wi- kiprogress ; nous avons par- ticipé à des travaux du CESE sur les indices com- plémentaires au PIB et avons été intégrés aux tra- vaux de la commission Attali II pour l’économie positive. La liste de notre comité fait aussi référence, avec des scientifiques comme Chris- tophe André. La France vit en fait sous l’Ancien régime, il faut avoir des galons sur les épaules pour être écouté », ironise Alexandre Jost, qui structure déjà la Fabrique dans 15 villes fran- çaises et fédère 250 béné-
mentation de PIB de 1% au niveau national, même si je ne suis pas convaincu du bien-fondé du PIB », ajoute cet ardent défenseur du pro- duit national de bonheur.
Entrepreneur Smiley
évolue dans un secteur unique ou parce qu'il (elle) a eu l'idée de sa boîte d'une manière peu conventionnelle
Et si le bien-être citoyen était l’alpha et l’oméga de toute décision politique, économique, sociale ou écologique ?
tendre – au
cherchons àen favoriser les conditions – qu’un outil mé- thodologique. Le considérer est structurant et éclaire le processus de production de politiques publiques », énonce celui qui a fondé une structure innovante, au sein de l’éco-système des think tanks considérés parfois comme « objet politique non identifié. Nous sommes aty- piques pour la sphère insti- tutionnelle, et ce d’autant plus que nous sommes per- pétuellement en mouvement et en réinvention. Nous ne sommes pas seulement un cercle académique ou élitiste, nous cherchons à être ancrés dans la réalité, proches des citoyens », précise Béatrix Jounault, secrétaire générale de la Fabrique Spinoza.
Pour celui qui aspire à ce que dans chaque ville de France un groupe de citoyens réflé- chisse à ces questions, l’ob- jectif est clair : « La recherche du bonheur doit être présente dans tous les débats publics. Prenons les 35 heures. Une mesure de l’impact de hausse ou baisse des heures de travail sur la vie des gens devrait être accomplie, indépendam- ment des enjeux économiques. Et nous devrions faire de même pour l’immigration ou l’environnement. Il n’est pas incongru d’observer les éven- tuelles conséquences que des comportements ou décisions auraient sur notre épanouis- sement. » Avec des préconi- sations sociétales et un pro- gramme de propositions pour 2017, le think tank entend trouver de l’écho. Le Mou- vement pour l’économie po- sitive ou le Printemps de l’op- timisme auquel il est associé, ainsi que les Unes dans les médias sur le bonheur – parfois même au travail – sont des signes positifs. « Les entre- prises deviennent aussi nos alliées, car les dirigeants sen- tent que les gens sont fatigués et les performances en berne. L’Education nationale – nous construisons le baromètre du bien-être à l’école – a aussi compris notre action. Les corps sociaux se rendent compte que la réalisation de
sens où nous
Du travail en perspective...
Argentine. Rentré à Paris en 2006, le Centralien cherche du sens à son travail. Il écrit alors à 100 personnes en leur demandant de lui parler de leur métier. Il re- joint le Groupe SoS pour diriger la R&D et participer à l’élaboration de la stratégie du premier groupe d’entre- preneuriat social en France. L’idée a alors germé dans son esprit. S’ensuit une pé- riode informelle au cours de laquelle il réunit son ré- seau dans des dîners philo- sophiques conviant à chaque fois 20 à 40 personnes. « Ces rencontres ont donné accès à un certain nombre de cher- cheurs, neuroscientifiques, sociologues... Le moine bouddhiste Matthieu Ricard, le philosophe Robert Mis- rahi ou encore l’un des spé- cialistes français de la psy- chologie positive, Jacques
sons : « Tout d’abord une raison intime. Je concevais des centres sociaux pour les exclus. Et je me suis de- mandé comment les gens qui ont tout peuvent quant à eux matérialiser cet épa- nouissement. J’ai voulu pas-
d’intérêt général, accomplit et collecte des travaux aca- démiques sur le sujet pour les décideurs publics. Nous poursuivons bien ce but de bien-être au travail et de bonheur à l’école, sujets sur lesquels nous avons mis en
Un mieux vivre individuel de 10% équivalait à une augmentation de PIB de 1%
au niveau national
jectif est vertueuse et
TACHE D’HUILE
CHEMINEMENT PERSONNEL PUIS COLLECTIF
Alexandre Jost, passé par Centrale, a ensuite étudié à Berkeley où il a découvert une forme d’immunité so- ciale : « C’est là que je suis
ser d’un projet défensif à un projet offensif. Et puis il yauneraisondesens: nous aspirons tous à être heureux, mais le sujet n’est pas explicitement formulé et recherché dans la sphère publique, comme si nous avions oublié l’objectif pre- mier pour nous noyer dans des buts intermédiaires. »
place des groupes de travail. Mais nous agissons aussi sur le terrain », observe Béatrix Jounault. Ainsi celui qui veut accomplir une ex- périence citoyenne trouve ici une aide précieuse. « A Perpignan un groupe de tra- vail propose aux salariés des questionnaires en ligne pour appréhender leur ni-
voles. En parallèle agit aussi une structure commerciale, Action Spinoza, qui conseille les entreprises et fournit des outils de mesure et des mécanismes d’épa- nouissement des collabora- teurs. « Le cabinet Mozart Consulting a calculé qu’un mieux vivre individuel de 10% équivalait à une aug-
cet ob.
permet de résoudre beaucoup d’autres problématiques : l’élève heureux travaille mieux et est discipliné, le citoyen comblé s’engage dans la so- ciété, le salarié satisfait est plus productif et impliqué », conclut l’entrepreneur... heu- reux.
32 NoVEMBRE 2015
Julien Tarby


































































































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