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n°23
STRATéGIE & INNOVATION NUMéRIQUE Haute résolution - Monétisation des data Focus sur un sujet high tech dans l'air du temps
Big data, big money
L Les montagnes de data collectées font couler beaucoup d’encre. Elles commencent à faire couler de l’argent...
es GAFA (Google, C’est par exemple le cas nautes ont une haute idée tion entre les marques et prochaines années, via des gion Riviera Côte d’Azur Apple, Facebook et de la start-up française Yes de la valeur de leurs données les individus, et à les faire études et analyses pour des a ainsi souscrit au service Amazon) vous re- Profile, lancée en 2011 par personnelles. Sondés par communiquer plus effica- tiers ». Certaines entre- Flux Vision d’Orange pour
mercient pour les données Christian-François Viala, et Orange en octobre 2014, cement en one-to-one. » prises se sont déjà lancées. scruter les déplacement de
personnelles que vous dis- séminez sur Internet. Via la publicité payée par les marques, les éditeurs trans- forment le contenu de vos mails, vos achats antérieurs ou votre historique de na- vigation en espèces son- nantes et trébuchantes. En 2013, les publicités sur In- ternet, souvent ciblées, ont rapporté 120 milliards de dollars. Certes, en échange, les internautes ont profité gratis de leur boîte mail, de leur moteur de recherche et de leurs réseaux sociaux fa- voris.
installée dans l’espace start- up de Bpifrance. Sur cette plateforme, l’internaute crée son profil, et peut entrer en
ils ont en effet évalué qu’elles valaient 170 à 240 euros.
Yes Profile compte déjà une
LES ENTREPRISES
Les opérateurs télécoms, en particulier, sont précur- seurs, puisque les données géolocalisées de leurs abon-
520000 touristes. Quant à SFR, la vente à des tiers des informations sur la pro- venance et le profil des vi- siteurs de centres commer- ciaux lui a valu le 3e prix de l’innovation Big Data en 2013.
Mais pourraient-ils aller plus loin, en tirant eux-aussi des revenus financiers des informations qu’ils parta- gent ? En 2013, à New- York, Federico Zannier, un étudiant italien en commu- nications interactives, s’est livré à une expérience ori- ginale pour dénoncer la pu- blicité en ligne. Pendant des mois, il a enregistré le texte des pages web sur lesquelles il a surfé (2800855 lignes de textes, soit 1500 livres), les captures d’écran des pages qu’il visitait (19120 photos), la distance parcou- rue par le curseur de sa sou- ris (3,5 kilomètres), ou en- core des photos prises avec sa webcam toutes les 30 secondes (21124 clichés). Enmars,ilamisces7 giga-octets de données en vente sur le site de finan- cement participatif kickstar- ter, à partir de 2 dollars pour une journée de navi- gation, et jusqu’à 200 dollars pour la totalité des infos.
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contact avec des annonceurs pour mettre ses données à leur disposition contre ré- munération. « Aujourd’hui, ces informations sont louées dans votre dos. Nos outils permettent à chacun de contrôler et monétiser lui- même ses données person-
quarantaine de marques par- tenaires, dont les Galeries Lafayette, Norauto, Société Générale, Price Minister ou Médecins du Monde. Car la plateforme ne les néglige pas : « Aujourd’hui, la pu- blicité en ligne a tendance à frustrer les cibles autant
entreprises stockent de plus en plus d’informations dont elles ne savent pas toujours quoi faire. Et les choses ne vont pas s’arranger avec le développement des objets connectés. « Nombre de sociétés se demandent au- jourd’hui comment les mo-
nés aux offres mobiles in- téressent de nombreux ac- teurs. Les gestionnaires de transports en commun – SNCF, RATP – peuvent par exemple mieux com- prendre les habitudes de trajet de la population, et suivre les flux en temps
En juillet de la même an- née, Elie Girard, directeur financier-adjoint d’Atos de- puis 2014, se confiait à la Revue de l’Association Té- lécom ParisTech Alumni : « Dans une vision pros- pective, les opérateurs pourraient envisager des modèles innovants qui, en exploitant les gisements de données élaborées et pré- traitées en interne (profils clients, géolocalisations, flux de navigation en temps réel) et ceux accessibles à partir du Web (base de données en Open Data, données issues de réseaux sociaux), constitueraient de véritables bases de don- nées valorisées. Ces bases pourraient alors être ac- cessibles par des tiers, fa- voriser le développement de services innovants et constituer un écosystème autour des opérateurs. » Les acteurs des moyens de paiement et les banques ne sont pas en reste, puisque leurs données intéressent de nombreux acteurs du marketing et de la distri- bution. Les commerçants peuvent par exemple les utiliser pour évaluer si une zone est propice à un com- merce donné, ou mesurer la valeur réelle d’un fonds de commerce. L’an dernier, Reuters UK rapportait ainsi qu’une dirigeante de Mas- terCard, Ann Cairns, consi- dérait la vente des Big data comme « un domaine en
La vente à des tiers d’informations sur la provenance et le profil des visiteurs de centres commerciaux a valu à SFR
Avec l’inflation du volume de données échangées, les
COMBIEN VOS DONNÉES PERSONNELLES VALENT-ELLES ? Depuis cet acte militant, des services très sérieux ont vu le jour pour proposer aux internautes de monétiser leurs données personnelles.
nelles », explique Chris- tian-François Viala. Les membres gagnent au- jourd’hui 3 à 5 euros par mois, et le fondateur espère faire monter ce chiffre à 40 ou 50 euros d’ici 2017, à raison de 15 centimes la lo- cation d’une adresse mail pour une journée par une seule marque. Les inter-
un prix de l’innovation Big Data
que les marques. 35% des nétiser. On voit d’ailleurs gens donnent de fausses in- émerger des rôles de res- formations dans les formu- ponsables data monetiza- laires. Les bases de données tion dans certains contiennent aujourd’hui groupes », observe Reda 50% d’éléments erronés, ce Gomery, associé responsa- qui oblige les marques à ble data & analytics chez doubler leurs envois de Deloitte. Le spécialiste mails, pointe Christian-Fran- considère que « les services çois Viala. Notre service de monétisation se déve- permet de fluidifier la rela- lopperont dans les deux
quasi-réel, afin par exemple d’optimiser la gestion d’un accident, d’un retard ou d’une grève. Les collecti- vités locales et les acteurs du tourisme peuvent aussi mieux comprendre la fré- quentation des sites touris- tiques par les visiteurs étrangers. A l’été 2012, le Comité régional de la ré-
très forte croissance ».
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56 SEPTEMBRE 2015
Aymeric Marolleau


































































































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