Page 26 - EcoRéseau n°23
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n°23
CLUB ENTREPRENDRE En immersion - Ferme du Domaine de la Guérie (Coutances, Manche)
Dans chaque numéro, un(e) journaliste d'EcoRéseau fait un reportage in vivo dans une entité (entreprise, usine, incubateur, association...)
«J
mais j’ai surtout l’impression d’être chef d’entreprise. Bien sûr je me consacre aux tra- vaux quotidiens de la ferme avec mon ouvrier et mes pa- rents qui continuent de m’ai- der, mais j’organise des évè- nements, m’occupe de la pro- motion, de la communication, définis des stratégies pour développer de nouvelles ac- tivités. En réalité je suis très souvent devant mon ordina- teur à manier des chiffres », analyse Christophe Osmont, nerveux, qui garde un œil sur ses vaches gravissant un ter- rain accidenté pour aller paître dans une parcelle plus éloi- gnée, imbriquée dans celles des voisins. Les haies divisent encore ces terres vallonnées qui n’ont pas connu le re- membrement parce que les cultures restent impossibles. Comme chaque année des agriculteurs mécontents font les gros titres durant les va- cances et la rentrée en assié- geant les préfectures, géné- ralement soutenus par les Français, parce que les prix pratiqués ne leur permettent pas de vivre. Mais certains, en véritables entrepreneurs, tentent de s’adapter en trou- vant de nouvelles solutions, à l’exemple de ce jeune Nor- mand de 33 ans, éleveur de vaches laitières à Coutances, dans la Manche.
e me présente aux gens comme étant agriculteur,
et proposent donc les princi- pales denrées : viande pré- découpée, conserves, légumes, soupes, laitages, bières, cidres, pain, œufs ou encore gâteaux locaux. Après son arrivée of- ficielle Christophe Osmont, fort de son réseau parisien, se tourne aussi vers la vente directe externe, en dehors du magasin, en faisant sa pro- motion sur Facebook et en misant sur le bouche-à-oreille. Tous les mois il livre en direct les Franciliens à un prix dé- fiant toute concurrence, ap- portant dans une remorque réfrigérante achetée à un trai- teur les produits du magasin ainsi que la viande découpée dans le laboratoire de trans- formation et mise sous vide.(1) « Cela me plaît, la relation avec les gens est sympa, et c’est économiquement vala- ble », explique celui qui pro- pose plusieurs formules et coffrets, selon les tailles des réfrigérateurs. Le chiffre d’af- faires s’élève désormais à 300 000 euros, dont 150 000 provenant de la production de lait, 30 000 des veaux gras élevés au lait entier de la ferme, 50 000 de la vente di- recte, 50 000 de la salle de réception, 20 000 de la PAC. Les livraisons parisiennes mensuelles vont vraisembla- blement rapporter 20 000 eu- ros supplémentaires. « Mon arrivée récente à la ferme m’a permis de faire un vrai bilan et de mettre en action plusieurs chantiers. » Car mieux vaut être hyperactif
Agri-preneur
afin de décrire ce qu'il voit, de comprendre le fonctionnement au jour le jour, la capacité à innover et les flux financiers
A partir de ses 50 vaches, Christophe Osmont, qui a repris la ferme de ses parents, a su développer plusieurs activités. Une orientation intéressante, alors que la crise de la viande bat son plein...
FERME CLASSIQUE, QUOIQUE...
Les bruits des vaches, veaux, cochons et lapins résonnent dans la ferme, composée de quatre bâtiments bien distincts disposés en carré. L’un abrite les 50 génisses et 50 vaches normandes laitières, quand l’autre de 40 mètres sert pour les veaux et la salle de traite. En face le troisième grand bâtiment comporte la salle restaurée de La Guerie louée à l’année pour des évènements d’entreprise ou des mariages
Tous les mois Christophe Osmont livre les Franciliens chez eux au moyen d’une remorque réfrigérante accrochée à son véhicule
UNE SUCCESSION DE PARIS
Ses parents avaient développé dès les années 2000 la location de chambres d’hôtes, activité qu’ils ont décidée de conser- ver. En juin 2011 Christophe et ses parents proposent la salle de la Guérie fraichement restaurée pour les mariages et évènements d’entreprise. Dans la foulée, en septembre 2011, ils ouvrent sur le do- maine un magasin de vente directe, approvisionné par une association de producteurs du coin dont ils font partie. Ils récupèrent alors les étals d’un boucher qui a fait faillite
26 SEPTEMBRE 2015
L’ amour
est dans
le pré...
et le magasin, enfin le qua- trième se compose du bureau de Christophe Osmont, d’une salle pour entreposer la nour- riture des bêtes et d’une salle de repos. Un peu à l’écart se dresse fièrement un édifice
ses parents. Il se lance aupa- ravant dans une formation du ministère de l’Agriculture, le brevet professionnel Res- ponsable d’exploitation agri- cole qui se déroule sur un an, dont trois mois de stages.
litre à la Coopérative pour commencer à gagner de l’ar- gent. Le prix actuel est de 0,313, mais grâce à la bonne qualité de ses laitières, des bonus lui font atteindre 0,323. De quoi faire un très léger
gnant. « Un abattage à la ferme, avec des inspections de services vétérinaires, ou un camion d’abattage qui fe- rait le tour des fermes, se- raient plus adaptés à notre époque », affirme ce pas- sionné de vélo, qui aimerait faire évoluer les lois sanitaires. Des idées de diversification ont alors germé dans son es- prit.
au revêtement gris moderne, qui n’est autre qu’une chapelle déconsacrée utilisée pour les cocktails et parfois des céré- monies religieuses. De quoi élever avec amour des vaches, mais aussi développer d’autres « ateliers »...
« Après les démarches ad- ministratives relativement lourdes, j’ai pu officiellement commencer mon activité le 1er mai 2015. J’avais débuté ces démarches deux ans plus tôt ! », s’étonne l’ancien jour- naliste parisien qui a été re- tardé par les réformes de la PAC à l’issue incertaine, les fameuses mesures agro-en- vironnementales qui peuvent changer nombre de critères. Ancien étudiant en économie, il calcule que son lait doit être vendu à 0,315 euros le
bénéfice. Il réalise alors qu’il doit développer d’autres ac- tivités plus rentables. « A mon arrivée j’ai constaté que le temps passé en laboratoire de transformation, avec un boucher et de la main d’œuvre employée, rapportait peu : trois euros par heure ! Il fallait trouver autre chose pour rentabiliser l’investis- sement sous peine d’arrêter. » Et ce d’autant plus que l’obli- gation de passer par un abat- toir lointain pour tuer les bêtes est très coûteux et contrai-
tôt ces
CHANGEMENT
DE VIE
Le 31 décembre 2013 Chris- tophe Osmont démissionne officiellement de Vélo Ma- gazine du groupe l’Equipe pour reprendre la ferme de
danscemétier,ouplu. métiers. La ferme détient un fort pouvoir d’attraction sur la population toujours plus urbanisée, sur les enfants fas- cinés par les bêtes ou les adultes demandeurs de pro- duits naturels et locaux. Aux agriculteurs de capitaliser sur cette bonne image...
(1) fermedelaguerie.jimdo.com Julien Tarby

