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n°23
CLUB ENTREPRENDRE Electron libre - Mohed Altrad
Dans cette rubrique EcoRéseau met à l'honneur un(e) entrepreneur(e) parce qu'il (elle) a un profil atypique, parce que son entreprise
L' entrepreneur mondial de l'année est français ! Né dans le désert, l’homme d’affaires a bâti un empire en 30 ans, modestement...
«M s’approprier très rapidement un sujet et à gérer l’intercul- turel, sans penser immédia- tement à reproduire un schéma. Sans arrogance. C’est comme ça qu’il a osé et réussi à l’étranger où d’au- tres arrivent avec leurs cer- titudes. » L’entrepreneur qui parle est une femme. Clare Hart, P-Dg de Acb-Ilo, une société de prestations lin- guistiques de Montpellier, qui est une proche de l’homme d’affaires sacré En- trepreneur mondial de l’année 2014 par le cabinet Ersnt & Young il y a quelques se- maines. « Ce n’est pas Mohed Altrad, mais la France qui a gagné », s’est empressé d’ex- pliquer l’homme d’affaires à l’AFP, à l’annonce de ce prix décerné pour la première fois à un Français. Le n°1 européen de l’échafaudage et de la bétonnière qui pèse 1,6 Md€ et 17000 salariés est aussi le président du club de rugby de Montpellier HR, dans lequel il a déjà injecté plusieurs millions d’euros personnels depuis sa prise de fonction en 2011 alors que le club était à l’agonie. Mohed Altrad est enfin ce romancier respecté par la cri- tique, notamment pour l’au- tobiographique « Badawi » (Actes Sud), héros peu ordi- naire de sa propre histoire, celle d’un bédouin devenu milliardaire.
prise, c’est d’abord de l’hu- main et réussir, c’est ajouter d’autres dimensions à la seule donnée économique. Il faut renvoyer l’ascenseur à la so- ciété. »
évolue dans un secteur unique ou parce qu'il (elle) a eu l'idée de sa boîte d'une manière peu conventionnelle
ohed ? Sur- tout une capacité à
© Sylvain Thomas/Presse Sports
On ne lui donne pas d’âge et c’est tant mieux. Il ne connaît pas son âge exact...
Et même si je l’avais voulu, où aurais-je pu aller ? ». Le risque ? « En prendre ne veut pas dire être imprudent. Je fais des investissements que beaucoup n’oseraient pas faire. » Ce jour-là, le self made man a captivé son au- ditoire. Un collaborateur
GRAND DÉNONCIATEUR DE L’ASSISTANAT Comment ? « En donnant des coups de main à des pa- trons ou en m’adressant à des jeunes. J’y dénonce alors la paresse, le sentiment que tout est dû, l’assistanat. En tant qu’étranger d’origine, je dis aussi que, si la France ne s’offre pas facilement, c’est à nous d’aller la conqué- rir et qu’elle rend bien cet investissement. Je tente de leur donner envie d’affronter la vie, quitte à être très dur sur les mots. Mais ma propre histoire m’y autorise », ex- pliquait encore à Roanne ce patron qui connaît les hommes. « Avec le rugby il a aussi voulu rendre en don- nant du plaisir sur le plan local », reprend Clare Hart, qui mobilise le milieu éco- nomique autour de la non- discrimination et de l’égalité des chances en tant que pré- sidente de la Fondation Agir contre l’exclusion Hérault. « Il s’investit aussi dans le do- maine social, qu’il mélange au rugby en invitant des jeunes et des associations au stade (qui porte son nom, ndlr). »
du gouvernement syrien pour venir étudier en France. Il débarque à Montpellier en 1969 pour entamer un cursus de mathématiques et de phy- sique, sans parler un mot de français, mais il apprend la langue en deux ans, obtient un doctorat d’informatique à Paris, rentre chez Alcatel comme ingénieur puis chez Thomson et dans quelques compagnies pétrolières, crée sa première société en 1984 avant de la revendre à Matra un an plus tard, tout en ra- chetant Méfran, une PME de 200 salariés spécialisée dans les échafaudages à Florensac.
et de s’implanter dans de nouveaux pays, dont l’Aus- tralie et Hong-Kong, grâce notamment à l’intégration d’un service de montage et de démontage sur les plate- formes pétrolières, gazières et aéroportuaires.
tasque Georges Frêche, maire de la ville décédé en 2010, l’a longtemps raillé comme étant l’« agent secret syrien ». Il a surtout fait l’objet d’at- taques sur l’obtention de mar- chés publics et son nom est revenu dans la dernière ligne droite des municipales 2014,
Entré au classement mondial
« CURSUS » HORS DU COMMUN
Né il y a une soixante d’an- nées dans une tribu de Syrie – il ne connaît pas son âge faute d’état civil et a fixé sa date d’anniversaire, en conseil familial, au 9 mars –, élevé par sa grand-mère après la mort de sa mère alors qu’il avait quatre ans, il n’a dû son accès à l’école qu’à un insti- tuteur qui l’a pris sous son aile. Brillant, intuitif et tra- vailleur, meilleur lycéen d’Alep, il obtient une bourse
La France ne s’offre pas facilement, c’est à nous d’aller la conquérir et alors elle rend très bien cet investissement
À quoi rêve-t-on quand on a déjà réussi tout cela ? La ré- ponse est pragmatique : « Il va falloir freiner la croissance externe pour intégrer le gros morceau Hertel. Le succès d’aujourd’hui ne garantit pas que cela va continuer. »
28 SEPTEMBRE 2015
1741E FORTUNE MONDIALE
A un jeune entrepreneur qui lui demande, lors d’une conférence à la CCI de Roanne le 5 mai dernier, ce qui l’a porté à une telle réus- site, Mohed Altrad répond : « Tout au long de ce parcours, je n’avais pas d’autre choix que de réussir. Tout retour en arrière était impossible.
ajoute : « Il est perfectionniste donc exigeant, il veut du ré- sultat, il faut le suivre. C’est un travailleur qui dort peu, discret aussi, ce qui l’a sans doute aidé à se concentrer sur l’essentiel durant toutes ces années. » Dont le dernier gros coup : une opération organisée « de longue date » pour racheter le Néerlandais Hertel pour 240M€, qui a permis de doubler le CA du groupe (dont le Crédit Agri- cole est actionnaire à 20%),
Forbes des milliardaires en dollars en mars dernier (1741e fortune mondiale selon le magazine américain, 61e rang français selon le classement Challenges 2014), l’homme d’affaires ne fait pourtant pas l’économie de critiques. À Florensac, où il a maintenu le siège de l’entreprise mais où les élus locaux lui repro- chent son manque d’inves- tissement dans l’outil de tra- vail, comme à Montpellier, située à 60km. Là, le fan-
où un courrier de sa part de- mandant des engagements plus importants pour le rugby pro au candidat socialiste Jean-Pierre Moure, a fuité dans la presse et fait du bruit. Aux attaques, l’influent Mo- hed Altrad oppose son in- vestissement personnel dans le MHR et assure « s’inscrire dans le temps, dans une his- toire », ajoutant qu’ « un en- trepreneur ne doit pas se transformer en robot qui gagne de l’argent. L’entre-
une formule derrière
Plus qu’.
laquelle il faut lire la mé- fiance et l’instinct de survie d’un homme qui n’oublie rien de son parcours et sait le succès fragile, lui qui pense sans doute aussi à cette Syrie de larmes et de sang où il n’est plus retourné depuis 40 ans.
Olivier Remy


































































































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