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Interview croisée - Dirigeants dans le e-commerce CLUB ENTREPRENDRE
que celle de 2006-2008 émanait simplement de l’appétit des acteurs im- portants.
nous nous sommes adap- tés, car les modes de consommation y sont dif- férents : nous y avons mis en place une stratégie mar- keting spécifique, avec de la communication offline notamment. Ce qui nous ouvre les portes de l’Eu- rope de l’Est. Les oppor- tunités d’acquisitions se multiplient, car de nom- breux sites européens ne parviennent pas à la taille
monde d’Internet, Google peut par exemple décider de changer son algorithme. Il convient d’évoluer vite, de s’adapter, de tester plein de choses, de prendre des risques. J’enjoins mes équipes de se lancer dans des projets, même d’in- vestir quelques centaines de milliers d’euros et de stopper le tout si cela ne fonctionne pas. Deuxiè- mement l’audace, pour
dans la relation client ou les textes publicitaires. Quatrièmement « always day one » : Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, évo- quait déjà ce devoir de re- mise en cause permanente. Je suis très exigeante et vais dans tous les détails – particulièrement quand il s’agit de gros projets –, mais demande constam- ment à mes équipes d’être autonomes et d’échouer pour réussir. Elles doivent se corriger d’elles-mêmes, introduire leur processus de learning pour tourner ces revers en évènements positifs.
d’entre eux. Ce ne sont généralement pas les plus connus. Ils ont repris et redressé une société, fa- briquent en France... Ce sont des entrepreneurs du quotidien et non de grands gourous que je n’ai jamais rencontrés. Je ne suis pas inspirée par une phrase, mais par une expérience terrain. Je citerais par exemple Michel Leuthy, P-Dg de l’Arbre Vert à Cavaillon qui commercia- lise des détergents respec- tueux de l’environnement. TP : Je n’ai surtout pas de modèle. Je fonctionne à l’intuition.
Quel est votre parcours ?
ALC : J’ai étudié puis travaillé en Chine de 18 à 28 ans. J’ai travaillé dans des maisons de luxe fran- çaises, puis me suis lancée dans le conseil à ceux qui commercialisent entre la Chine et la France en
Libertysurf l’année sui- vante. J’en suis devenu le directeur e-commerce, puis je me suis investi dans divers projets per- sonnels, dirigeant notam- ment le magazine Mouve- ment dédié aux arts vi- vants. Après avoir réalisé un tour du monde de deux ans, j’ai cofondé Show- roomprivé en 2006.
Quel message souhaite- riez-vous faire passer à ceux qui sont sur le point d’entreprendre ? ALC : Assurément il n’existe pas de recette mi- racle, il importe de croire en ses rêves et de persé- vérer. Jobs, Bezos ou Granjon n’ont pas été au- dacieux qu’une seule fois, ils le sont tous les jours. Audace et ténacité sont les principes que j’ai sui- vis, moi dont le rêve le plus fou était de créer une marque de mode. L’échec a été très instructif dans
TP : Je le suis également L’application Smart Promo, le lancement d’un site multi-devises, les ex- périmentations sur le Bit- coin... sont les preuves que nous restons dyna- miques sur l’apport de ser- vice. La croissance a de grandes chances d’être au
TP : Nous sommes main- tenant 800 personnes. Je veux donc des gens auto- nomes. A moi tout seul je ne peux gérer « que » 100 personnes, mais je ne m’empêche pas de rentrer dans les réunions. Il est intéressant d’assister aux échanges entre les opéra- tionnels, même si j’ai de
©PIERRE MAHIEU
rendez-vous, ainsi que l’essor international qui représente déjà 20% de notre chiffre d’affaires et réalise des bonds de 50% par an. Nous réalisons la majorité de nos revenus extérieurs au Portugal, en Espagne, en Italie et en Belgique. Nous avons aussi un très bon taux de croissance en Pologne où
40 ans et deux enfants, ingénieur telecom, est DG de Showroomprivé.com, qui emploie 800 salariés, réalise 480 millions d’euros de CA et se concentre sur la mode féminine. La société de Saint-Denis est le numéro deux national de ventes privées en ligne.
signifie sa.
les portes avant de créer son entreprise, mais aussi savoir se remettre en cause perpétuellement. Je n’ai pas de problème avec l’échec car je me moque du succès, ce n’est pas une question existentielle pour moi.
critique et manquent de fonds.
Comment qualifieriez- vous votre mode de management ? ALC : Il tient en plusieurs valeurs fortes, que j’ai édictées dès le début. Ce sont les 4A. En premier lieu l’agilité, car tout peut s’arrêter demain dans le
oser s’aventurer dans l’in- connu et ne pas se laisser paralyser par la peur de l’échec. Troisièmement l’amour du produit, car nous devons rester obsédés par nos clientes. J’ai cou- tume de demander aux sa- lariés d’aimer ce qu’ils font, car ce sentiment transparaît ensuite à tous les niveaux, sur le produit,
Avez-vous un mentor ?
ierry Petit
TP : Je crois que s’il existe une leçon à tirer de mes expériences passées, c’est bien qu’il ne faut pas hé- siter à faire preuve d’au- dace, de culot, mais aussi de résilience face aux épreuves et aux refus. Cela
Il faut apprendre à grandir avec la société, devenir plutôt le chef d’orchestre que celui qui accomplit
plusenplusdemalàle faire. Nous étions deux à l’origine du projet, les choses étaient évidemment plus faciles au début. Il faut apprendre à grandir avec la société, acquérir une certaine crédibilité en ingénierie financière, et finalement devenir plus le chef d’orchestre que celui qui accomplit.
ALC : Ce que je vais vous dire est banal, mais j’ai la chance de rencontrer une kyrielle d’entrepre- neurs au cours de mes dif- férentes activités – je fais partie de la Fevad, Crois- sancePlus, Réseau Entre- prendre et investis dans des entreprises –, et je m’inspire de beaucoup
TP : Je suis à l’origine ingénieur dans les tele- coms (INT), passionné par l’entrepreneuriat. J’ai dé- buté ma carrière au sein des agences interactives Planète interactive et Brainsoft. En 1999, j’ai créé le comparateur de prix Tooboo.com, cédé à
Propos recueillis par Julien Tarby
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créant la société Chinat- titude. J’ai alors connu un véritable échec entrepre- neurial. Trois ans plus tard, enceinte, j’ai pu constater la pauvreté de l’offre de vêtements de grossesse, et je me suis dit qu’il y avait une place à prendre. Enviedefraise a été la pre- mière marque de mode di- gitale. A l’époque – pour- tant ce n’était qu’en 2006 – tout le monde m’en dis- suadait et pensait qu’il fal- lait des intermédiaires pour vendre dans le monde physique. C’était hors de question pour moi, mes expériences m’avaient montré qu’il fallait rester concentré sur la cliente fi- nale, et non sur les inter- médiaires.
la mesure où il a permis de faire une introspection, de réfléchir à ce que j’ai- mais et ce que je pouvais faire. Créer une entreprise est une passion à vivre au quotidien, mais c’est aussi un projet de vie pour soi et sa famille.
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