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n°22
RH & FoRMAtioN Carrières & Talents - Formation continue universités d’entreprises
Analyse d'une formation et de sa capacité à satisfaire les besoins des entreprises
Club fermé ?
Chasse-gardée des mastodontes du CAC 40, les universités d’entreprise constituent un épiphénomène dans le marché de la formation professionnelle... mais un élément stratégique de la politique RH.
’est une goutte à l’eM Normandie, aucun PAS DE FORMAT A la SNCF, qui s’y est at- d’eau dans le mar- label non plus, d’où des UNIQUE telée nettement plus tardi- ché de la formation réalités très disparates. » Précurseur, le groupe hô- vement – en 2005, exacte-
professionnelle : 70 à 100 une hétérogénéité qui ne telier Accor ouvre en 1985 ment –, la logique métier
universités d’entreprise sont présentes en France, pour quelque 60000 organismes de formation déclarés. Ce marché est atomisé, avec 1% seulement des officines dont le chiffre d’af- faires dépasse le mil-
touche pas seulement une structure interne axée l’Hexagone (cf. l’interview sur les savoir-faire non cou- d’udo thelen, consultant verts par les cursus du mi- allemand spécialisé dans nistère de l’education na- les partenariats universités tionale. un exemple : le et entreprises). Sur le plan métier de femme de cham-
est aussi de mise. dix-sept universités internes sont re- censées, l’une pour l’ingé- nierie du réseau ferroviaire, l’autre pour le service et la relation clients ou encore
lion d’euros. Mais au-
cune donnée quanti- tative ne vient évaluer
le poids économique
réel des seules universités d’entreprise. le flou artis- tique prévaut. la raison ? « Aucune règle n’a été édic- tée pour en définir préci- sément le contenu, dixit Xavier Philippe, professeur
La France est le pays moteur à l'échelle européenne
un technicampus pour la maintenance des matériels ferro- viaires.... Mais beaucoup de groupes destinent
international, le chiffre dé- passe les 4000. « La France est très probablement le pays moteur à l’échelle eu- ropéenne », commente en- core ce professeur.
bre. toujours aussi avant- gardiste mais moins connu, ce qui ne s’appelait pas en- core KPMG business school, créée à la même époque, est centrée sur l’au- dit.
les universités d’entreprise aux cadres et/ou au top ma- nagement. il y est alors da- vantage question de straté- gie de développement, de management des équipes... Mc do France accueille ainsi les managers et les directeurs de restaurants au siège, à Guyancourt, tandis que les équipiers sont for- més dans l’enceinte même des « fast-food ». les ex- perts et cadres de la MAt- Mut se rendent au château de Saint-Pierre-de-Varen- geville, à 20 minutes de Rouen.
Juillet - Août 2015
LES PME AUX ABONNÉS
ABSENTS ?
« Le prix à payer pour cette vitrine varie, selon Marc Godard, chef de projet chez Kurt Salmon et co-auteur d’un rapport dédié en 2014, entre3%et6%delamasse salariale, voire 8 %. » 56 millions d’euros, tel est le montant investi en 2014 dans son volet formation par Veolia, dont le campus créé ex nihilo vient de fêter
Mais, la tendance est à la démocratisation. Ainsi Air liquide a créé son univer- sité, il y a six ans, pour in- tégrer ses 20000 nouveaux salariés dans le monde. Vé- ritable creuset, ces univer- sités diffusent aujourd’hui la culture d’entreprise à la totalité des collaborateurs, des moins qualifiés au top management.
« Structurer l’offre de for- mation dans la durée, même si leur effort est récurrent, n’est pas un objectif pour elles, souligne Guillaume Huot, membre du directoire de la Cegos et de la Fédé- ration de la formation pro- fessionnelle (FFP). Elles ne le désirent pas. Ce n’est pas dans leur logique. » Pourtant, ce domaine n’est pas seulement réservé à unibail-Rodamco, leader européen de l’immobilier commercial, avec à la clé moins de 2000 salariés, ou à Carglass. la taille de l’en- treprise peut être encore in- férieure, à l’exemple de Norsys. Basée dans le Nord de la France, cette PMe constitue un véritable cas d’école. en 2003, elle compte une centaine d’em- ployés. les plans de ses nouveaux locaux, prêts à sortir de terre à ennevelin,
« Parfait Sylvie vous êtes revenue de Tokyo. Vous n’êtes presque pas en retard à votre cours »
ont alors prévu d’y inclure une université d’entreprise. C’était il y a plus de dix ans. « Trouver des infor- maticiens était déjà une mission compliquée, note Mathilde durie, directrice des ressources humaines. Les grandes écoles ne for- ment pas aux métiers qui font notre force. Aussi, nous nous sommes pleinement approprié le slogan « la formation tout au long de la vie ». Par ailleurs, faire de la marge n’est pas notre seule préoccupation. L’en- treprise a une responsabilité sociale et sociétale. D’où ce choix. » 80% des for- mations de Norsys sont concoctées en interne. et pour Mathilde durie, la fac- ture n’est pas dissuasive. « Avec 30 jours de forma- tion à 400 euros, voire 500 euros par jour, le calcul est vite fait. Mais, cela vaut le coup ! Le turnover n’est que de 5%. Des salariés de qualité font la différence pour décrocher des mar-
ses 20 ans. des montants qui ont de quoi évidemment décourager les entreprises de taille moyenne.
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