Page 40 - EcoRéseau n°22
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n°22
CluB eNtRePReNdRe Créer aujourd’hui - Bien-être et performance
entreprise, actrice au cœur de la société Jouer les premiers rôles en matière de bien-être des salariés... Plus qu’un devoir, une nécessité.
la fondation Crois- sance Responsable et l’observatoire des think tanks - dont le but est de tenir informé de l’actualité de ces fabriques à idées, mais aussi de l’évo- lution des contenus qu’elles produisent - ont organisé une conférence sur le rôle de l’entreprise dans la so- ciété, notamment en matière de bien-être des salariés. il est donc apparu le 8 juin à l’institut de France, en par- tenariat avec ecoRéseau, sous l’égide de l’académie des sciences morales et po- litiques,qu’une société a ra- tionnellement intérêt à s’orienter dans cette voie. explications.
tion... Les études montrent que les capacités cognitives sont réduites. Au contraire celui qui se sent bien va élargir ses capacités. Le bien-être est synonyme de meilleure performance. Les gens sont en bonne santé, sont plus créatifs, plus mo- bilisateurs, ont de plus grandes capacités cogni- tives, ont une plus grande intelligence pure (+10 points). » et ce qui se re- trouverait au niveau des in- dividus se traduirait au ni- veau des organisations, comme les études Great Place to Work tendent à le prouver chaque année. « Le cabinet Mozart Consulting a calculé qu’un mieux vivre individuel de 10% équivalait à une augmentation de PIB de 1% au niveau national, même si je ne suis pas convaincu que le PIB soit la meilleure mesure », ajoute cet ardent défenseur du pro- duit national de bonheur.
de l’Académie des sciences morales et politiques. C’est la raison pour laquelle l’éco- nomie sociale et solidaire (eSS), vectrice de sens, ob- tient les meilleures moti- vations et stabilités des ef- fectifs selon Frédéric ti- berghien, président de Fi- nansol. Christophe Cheva- lier, président du groupe Archer, Prix de l’entrepre- neur social 2011 (BCG, Schwab), a confirmé dans les faits cette intuition : son groupe est né en 1987 en tant que structure d’insertion par l’activité économique. le bassin de Romans-sur- isère a souffert, il a perdu en 20 ans 10 000 emplois sur 50 000 habitants. l’ac- tivité des chaussures en cuir avait disparu. il a créé une holding de 110 actionnaires, pour rechercher le dévelop- pement économique du ter- ritoire, reprenant de petites activités, en tenant compte avant tout des compétences des gens. le groupe a parié sur la coopération interen- treprise (centrales d’achat,
AUGMENTATION DE LA BOTTOM LINE
« Au-delà d’un certain seuil, plus de richesse ne signifie pas d’épanouisse- ment supplémentaire. Se se- rait-on trompé ? Ne serait- ce pas le contraire ?, avance Alexandre Jost, fondateur de la Fabrique Spinoza, think tank du bonheur ci- toyen, s’appuyant sur plu- sieurs études. Une personne, lorsqu’elle est stressée, fait fonctionner son cerveau rep- tilien, qui génère des réac- tions primaires comme la fuite, la colère, la frustra-
« Ca y est, le Dg. est passé ? Parce que j’ai des crampes, là ! »
DES OUTILS POUR Y PARVENIR
un avis que partage plei- nement Clara Gaymard, pré- sidente et Ceo de Ge France : « Nous sommes passés de l’économie for- diste productiviste à l’éco- nomie de la connaissance, qui passe par la créativité.
Or, rien ne peut forcer la créativité, on peut imposer aux gens des heures de pré- sence, des cadences, mais pas des idées. » dès lors tout faire pour les faire évo- luer dans de bonnes condi- tions est une nécessité. des erreurs ont été commises par le passé : les reportings trop nombreux ont créé de la frustration et ont retiré du sens, les changements de procédures suite à un accident, pour ne pas accu-
ser une personne responsa- ble, en ont déboussolé plus d’un. « Il serait d’ailleurs intéressant de recenser le nombre de lois édictées sur la base de faits divers », s’amuse celle qui a présidé
taille optimale du groupe humain, ancrée dans les cerveaux depuis la nuit des temps, est de 150. L’homme se sent bien dans cette taille de groupe. La société Gore, qui fait le Goretex, a donc
Entreprise et éducation nationale, deux mondes condamnées à s’entendre
La deuxième table ronde portait sur ce fameux ascenseur social en panne. Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne, n’a pas épargné le système éducatif hexagonal : « L’école est un descenseur
social, elle est inégalitaire et les enfants font pire que les parents. Les causes ? Nous avons refusé d’investir, il existe un mauvais système d’apprentissage pour les moins qualifiés (il y a trois fois plus d’apprentis en Allemagne), le système de formation professionnelle est mauvais, le poids démographique est bien réel, le pays attire des gens mais les discriminations à l’embauche sont redoutables. Nous sommes le seul pays à souffrir de ces cinq caractéristiques en même temps. » Un constat partagé par tous les participants, y compris ceux pour qui le diplôme n’est pas un élément déterminant comme Hubert Mongon, senior vice président RH McDonald’s France et Europe du Sud, qui œuvre pour l’intégration et la formation des jeunes. Car les regards se tournent vers les entreprises pour aider à cette tâche ardue. Selon Pierre Ferracci, président du Conseil national éducation économie (CNEE), « il y a un travail à faire auprès des chefs d’entreprise comme dans l’éducation. Ce sont deux mondes qui s’ignorent. L’apprentissage est mal vu. Et il existe un paradoxe : nous devons orienter ces enfants sur du technique, mais en même temps leur donner les armes culturelles pour qu’ils soient agiles et puissent changer d’entreprise et de secteur. Car c’est ce qui les attend. »
EFFET D’ENTRAÎNEMENT Au-delà des leviers pra- tiques, il semble que les di- rigeants aient un grand rôle à jouer dans l’image, les valeurs, la culture de groupe. « J’ai été marqué par le rapport Stiglitz de 2008 sur le bien-être en entreprise, qui enjoignait d’intégrer de nouvelles données sociolo- giques pour l’évaluer. Le bien-être n’est pas possible s’il n’y a pas de soft power, de forces spirituelles, de valeurs transmises », rap- pelle Xavier darcos, ancien ministre de l’education na- tionale, Secrétaire perpétuel
ins
Rien ne peut forcer la créativité,
on peut imposer aux gens des heures de présence, des cadences, mais pas des idées
l’ouvrage collectif « et la confiance, bordel ? » (éd. eyrolles, 2014). une autre faute a été d’oublier que l’entreprise était un lieu où on devait prendre des risques. « Il est bon de les réduire, pas de supprimer l’intrapreneuriat », ajoute- t-elle. Revenir sur ces fausses bonnes idées est une première étape. d’autres leviers peuvent être action- nés : « A la Fabrique nous avons recensé de petites avancées neuroscientifiques – la sonate 4 de Mozart en ré mineur permet au salarié d’être moins troublé par les interruptions car le cerveau attend la note suivante –, comme des changements plus profonds à opérer, no- tamment en matière de gou- vernance. Les études mon- trent par exemple que la
Formation
divisé ses effectifs en groupes de 150 et a enre- gistré une meilleure colla- boration et performance », énumère Alexandre Jost.
mutualisations...), mais s’est vite aperçu que les di- rigeants étaient surtout de- mandeurs de services aux salariés, garants de bien- être, et donc d’une certaine attractivité territoriale. « Cartes d’adhérents pour des enseignes locales, conciergeries... Les collec- tivités ont beaucoup tra- vaillé en France sur les in- frastructures et les espaces
40 Juillet - Août 2015
MC
fonciers, beaucoup mo. sur cette partie pour se ren- dre attractives. » les en- treprises ont pris en charge une partie du problème d’at- tractivité territoriale, don- nant un sens au travail, aug- mentant la résilience du ter- ritoire. Ce qui passe par le bien-être des salariés...
Matthieu Camozzi


































































































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