Page 30 - EcoRéseau n°22
P. 30
www.ecoreseau.fr
n°22
CluB eNtRePReNdRe Interview croisée - Futuroscope et Puy du Fou
Quelle stratégie suivez-vous ? Nicolas de Villiers : Nous ne marchons pas dans les pas des autres parcs à thème, ayant découvert avec les an- nées qu’il existait une autre manière de se développer sans de grandes montagnes russes. Place aux spectacles qui privilégient l’émotion à la sensation, le cœur au corps,
moderne. les vacances sont plus éclatées. les gens, qui prennent des Rtt et subissent la crise partent moins loin. les attentes fondamentales des familles en matière de loisirs, telles que définies par le sociologue Jean Viard, sont les 3R : retrouvailles, ruptures, ressourcement, ce qu’un parc bien conçu peut offrir. l’adrénaline n’est pas
bien représentée. les res- ponsables investissent donc dans une activité qui va les attirer. Chez nous la société mère a deux actionnaires qui sont des associations loi 1901. les considérations ar- tistiques prédominent, ce qui nous permet de traiter de la Renaissance, des mousque- taires ou de la Seconde Guerre mondiale dans nos
Parcs maîtres
Dans chaque numéro, EcoRéseau s'intéresse à deux dirigeants/entrepreneurs qui ont un point commun ou une différence fondamentale, afin de connaître leur opinion sur la stratégie, l'innovation, la communication et de montrer
qu'il existe plusieurs manières de manager
tout est question de positionnement face aux géants comme disney dans ce secteur. la preuve avec ces deux parcs malins
stratégiquement, qui tirent leur épingle du jeu et défendent avec brio la French touch...
Il y a cinq ans encore je n’aurais pas cru que nous embaucherions des community managers
Nicolas de Villiers
car l’effet est plus pérenne. Nous marquons les esprits, nous inscrivant dans ce be- soin de retourner à des choses plus authentiques dans des lieux enracinés, dans cette nostalgie inconsciente d’une histoire moins enseignée à l’école. les décors ne sont pas en carton-pâte, les ani- maux sont réels et ne sont pas des peluches. Bien que nous présentions des ro- mances historiques, les détails sont scrupuleusement res- pectés en accord avec des experts historiens ou archi- tectes. Cela passe aussi par des scenarii léchés, costumes et effets spéciaux pour faire voyager, et une accessibilité à la famille dans son ensem- ble. il nous faut éviter les activités « segmentantes » de nos concurrents, qui doi- vent parfois refuser femmes enceintes, enfants en bas âge et personnes âgées. Dominique Hummel : le marché n’est pas morose, bien au contraire. les échecs retentissants comme Mira- polis, les Schtroumpfs ou le Bioscope ont marqué les es- prits, mais globalement l’ave- nir est radieux parce que les parcs d’attraction entrent en résonnance avec la société
30 Juillet - Août 2015
forcément la bonne idée pour impliquer tout le monde. J’ai coutume de dire que lorsque l’attraction marche avec une jeune fille de 12 ans, il y a de fortes chances que cela plaise à toute la famille. le grand défi de chaque parc est de garder du contenu qui lui soit propre, car les plagiats sont monnaie courante ; il importe de se réinventer. les belles idées peuvent venir d’autres secteurs, il faut donc ouvrir ses antennes. Nous avons initié un parcours dans le noir qui rencontre le suc- cès, à la base destiné aux personnes s’apprêtant à tra- vailler avec des non-voyants. C’est le seul moyen de faire apparaître la French touch et de se démarquer des grosses machines comme disney, contre qui nous ne pouvons lutter. en cinq ans dans le monde le coût des attractions a été multiplié par deux...
Quels sont les facteurs clés de succès ?
NV : Premièrement le lea- dership artistique. Bien sou- vent dans les parcs le mar- keting commande, et constate par exemple que la tranche 12-14 ans n’est pas
spectacles. Au marketing en- suite de s’adapter. deuxiè- mement la pratique vertueuse consistant à réinvestir tous les bénéfices. troisièmement un côté décalé dans la com- munication, parce qu’elle découle de l’artistique. Nos visuels actuels inspirés de grands tableaux de maîtres
ne respectent pas les codes colorés du spectacle. Qua- trièmement, les efforts ser- vant à transformer le parc en destination. Nous créons de nouveaux spectacles tous les ans, qui viennent s’ajouter aux autres afin d’encourager le visiteur à rester plus long- temps sur place. il reste dés- ormais deux ou trois jours en laissant sa voiture de côté, parce que nous proposons des hôtels à thème, afin de ne pas rompre le charme le soir venu.
disney aux parcs animaliers comme les zoos de la Flèche ou de Beauval, s’efforcent de développer leurs produits pour que le visiteur reste une deuxième journée. Cela passe donc par une augmen- tation de la capacité d’hé- bergement sur place. Nous passons d’un modèle de proximité à un modèle de court séjour. Au Futuroscope nous parvenons peu ou prou à l’équilibre des trois tiers : un tiers de visiteurs qui sont à moins de trois heures de Paris, dans le triangle Bor-
deaux-Nantes-limoges, et qui sont ponctuellement at- tirés par une nouvelle at- traction ; un tiers habite à plus de trois heures du parc et s’y rend pour le week- end ou pour de courtes va- cances, nécessitant un hé- bergement ; un tiers sont des touristes qui se rendent sur la Côte Atlantique, pour qui le Futuroscope est une étape éventuelle, à condition que nous nous accordions avec le territoire pour com- muniquer, attirer, être pré- sents sur les circuits.
©Puy du Fou
Le type de territoire dans lequel naît le parc est-il essentiel ?
NV : tout est parti de l’in- tuition de mon père, et cette stratégie de différenciation est dans notre AdN désor- mais. Ce genre de parc, qui parle de l’histoire de France, est possible ailleurs car le passé du pays est riche et diversifié. Mais je pense que si la dynamique a été mise en place par le bénévolat (3500 bénévoles aujourd’hui dans les associations action- naires), si aujourd’hui 3300
DH : toute la gamme des parcs, des géants comme
Nicolas de Villiers
a fait des études de droit et de gestion (diplômé d’Audencia).
Durant ses études, il travaille au Puy du Fou comme cavalier voltigeur, puis devient responsable de spectacle, directeur artistique et président en 2012 du Grand Parc du Puy du Fou,
qui réalise 73 millions d’euros de CA et emploie en direct 1400 personnes.

