Page 32 - EcoRéseau n°22
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n°22
CluB eNtRePReNdRe En immersion - Zoo de Beauval
Dans chaque numéro, un(e) journaliste d'EcoRéseau fait un reportage in vivo dans une entité (entreprise, usine, incubateur, association...)
la ville des pandas
afin de décrire ce qu'il voit, de comprendre le fonctionnement au jour le jour, la capacité à innover et les flux financiers
le plus grand Zoopark de France dans la loir et Cher, qui a fait parler de lui en acquérant un couple de pandas chinois, abrite quelque 6 000 animaux. une vaste entreprise....
«J
mencé dans mon village natal de Saint-Aignan-sur-Cher dont je rêvais, déjà, de de- venir le maire, sans penser aller travailler avec les ani- maux. Après un an d’exer- cice, je viens de conclure une grande opération im- mobilière de plus d’une cin- quantaine de logements pour le personnel, en plein cen- tre-bourg. Sans Beauval, sans la famille Delord, la com- mune de 3300 habitants au- rait stagné. Aujourd’hui, je suis maire et je travaille, no- tamment, pour le bien-être des animaux. » Éric Carnat, la quarantaine souriante, fonctionnaire départemental, est plus que satisfait de cette situation. Même si, 35 ans après le premier coup de pioche pour dresser un début de parc ornithologique rus- tique, il reste quelques râleurs locaux pour contester l’une des réussites les plus écla- tantes de France en matière de loisirs populaires, Fran- çoise delord, la pionnière, et Jacques, son époux magi- cien, ont eu plus que raison de venir abriter, sur les bords du Cher, près du lieudit « le Paradis », les quelque
Département », précise Éric Carnat. Au jour pluvieux de l’inauguration de la première tranche, le très giscardien préfet Charles-Noël Hardy
’avais sept ans quand l’épopée du zoo a com-
300 oiseaux entassés dans leur appartement montmar- trois. « Il y en avait partout », se souvient Rodophe de- lord, 43 ans, actuel directeur général du site de Beauval, qui, n’aimant pas l’école, est entré de suite dans la vie ac- tive en passant par toutes les branches de métiers du zoo. Yves Piau, maire PS de l’époque et vétérinaire, a cru dès le début au programme du couple delord « sans pen- ser au niveau qu’il allait at- teindre. Il ne s’agissait que d’oiseaux, certes exotiques, surtout pour nos régions, mais, de là à imaginer même une seconde ce qui existe aujourd’hui aurait relevé de la folie ». Généreuse, la com- mune a attribué 1200 francs à l’époque pour aider au dé- marrage...
de vie avait été placée à sa barre maximale... Car, vrai- ment, qui allait venir à Saint- Aignan-sur-Cher voir des «zoziaux» ?
contingent de fauves et de singes accompagne l’ours. Koalas, les premiers en France, tigres blancs uniques venus des uSA, d’autres ani- maux presque uniques, eux aussi, arriveront alors au fil des ans, en ce val de Cher qui prend l’allure d’une sa- vane contrôlée, adaptée à nos climats, incluse peu à peu dans la vie de cette vallée de la loire qui a connu d’au- tres renaissances et/ou révo- lutions. l’arche de Noé gran- dit au fil des ans avec l’arri- vée d’éléphants, de laman- tins, d’otaries, de grands singes, de plusieurs espèces menacées de disparition na- turelle ou par criminalité, de grands oiseaux... et on arrive en tout début d’année 2012 à la concrétisation du rêve fou des delord, appuyés dans leurs démarches auprès de la Chine par Jacques Chirac, puis par Nicolas Sarkozy. deux pandas, Huan Huan et Yuan Zie, un couple, y sé- journent depuis trois ans maintenant et l’on attend, en France comme en Chine, une naissance pour cette an- née 2015. Car cela boosterait les entrées qui, avec un point culminant à un million d’uni- tés en 2012 (record absolu en région Centre), ont ten- dance à fléchir. or, on compte tout de même 500 salariés (50% en Cdi et le reste en contrats saisonniers de mars à novembre) sur le site, et le chiffre de 18600 personnes le jour même du dimanche de la Pentecôte ne se renou- velle pas tous les jours. « Il faut tout conjuguer, penser, anticiper tous les jours car tout joue : la météo, les ponts et/ou les vacances, et le re- cord du million d’entrées ne devrait pas fléchir car le chiffre d’affaires s’en res- sentirait (40 millions d’euros attendus pour 2015). Nous misons beaucoup sur la nais- sance d’un panda car le prêt des animaux par la Chine se termine dans sept ans,
même si nous avons bon es- poir de le voir reconduit », explique Rodolphe delord qui est heureux de constater l’amélioration des relations avec la municipalité actuelle. « Nous pouvons jongler avec les feux tricolores dès que ça coince à la sortie de l’au- toroute. Il y a une bonne quinzaine de journées dans l’année où cela pose pro- blème. Le Conseil général a déjà effectué beaucoup d’aménagements, dont un rond-point animalisé en si- lhouettes et, à défaut de deuxième pont, une passerelle est espérée. »
PEU CROYAIENT
EN QUELQUES
« ZOZIAUX »
« Les premiers à y croire vraiment ont été les prési- dents des conseils généraux (Kléber Loustau et Roger Goemaère), ainsi que le dé- puté Patrice Martin-La- lande, et le directeur du tou- risme de l’époque, le jeune Olivier de Brabois, actuel directeur des services du
Photo de famille...
avait même failli y laisser une paire de chaussures en cuir de très haute facture. le baromètre n’était pas monté très haut au hit-parade des espoirs de réussite, cha- cun pensant que « Fran- çoise, la demoiselle de Bo- bino, qui y présentait Brel, Ferré et le «gorille» Bras- sens qu’elle avait déjà ap- privoisé, avait de bien drôles d’idées de parisienne ». l’échelle de 6-8 ans d’espoir
la commune n’avait pas les mêmes attraits que sa voisine de Selles-sur-Cher qui affi- chait déjà depuis cinq ans la qualité de ses fromages de chèvre connus dans le monde entier sur toutes les grandes tables gastronomiques... le Cher a, dorénavant, deux ambassadeurs internationaux réputés et... enviés, mais ja- mais copiés.
DU PARC DE PROXIMITÉ AU
LIEU DE SÉJOUR
en plus du zooparc, le pre- mier de France, l’un des 12 premiers mondiaux, Beauval a développé un parc de centre de congrès et d’hôtels de 1000 lits – le plus important de la région en capacité d’ac- cueil – dix points de restau- ration et 12 salles de réunion. en 35 ans, Beauval est de- venu l’un des 15 sites les plus visités de France. tout cela grâce à des oiseaux trop à l’étroit dans un appartement parisien. Ainsi commence la légende delord que le Cher berce jour et nuit, au rythme des cris, appels, sifflements, de quelque 6000 animaux (il y a des naissances tous les jours) répartis sur 32 ha de savane en val de Cher et val de loire, avec un service de cinq tonnes de nourriture par jour, soit 30 tonnes par an de bambou frais et 18
Actualités
PLUS D’ATTRACTIVITÉ, PLUS D’ANIMAUX
Ce délai de 6-7 ans nous est confirmé par Rodolphe de- lord qui, sans jamais avoir douté du flair de ses parents, se pose quelques questions dès qu’il entre dans la mai- son. les oiseaux ne suffiront pas à faire vivre le projet. Commence alors une suite d’événements plus énormes les uns que les autres, avec coups de chance, de poker et de communication. le vrai ours, celui de Jean-Jacques Annaud, hébergé dans un centre d’accueil berrichon proche, chez le dresseur, re- joint le site de Beauval qui voit ses quelque 45000 visi- teurs par an pour les oiseaux passer à plus de 70000. un
Les dernières nouvelles du parc
- Les déchets animaliers (5500 tonnes/an) plus l’équivalent apporté par les agriculteurs locaux à une dizaine de km autour du zoo, sont recyclés depuis mai dans une usine de mé- thanisation installée sur le site de Beauval. Résultat : 2GWH revendus à EDF (=3000 foyers, soit la ville de Saint-Aignan)
- Beauval est la plus grande maternité d’animaux de France, avec environ 450 naissances/an du plus petit oiseau à l’éléphanteau ou au lamantin. La banque de semence d’éléphant sur le site est unique au monde pour tous les zoos européens ! On espère la naissance d’un panda...
- Il est possible de parrainer des animaux, de leur donner un nom, de venir les soigner un jour, ou plusieurs...
- 17 singes et deux tortues ont été volés, de nuit, au zoo de Beauval à la mi-mai. Une enquête de gendarmerie étant en cours, la direction ne souhaite pas communiquer à ce sujet tant que la justice chemine.
- Après TF1 récemment, M6 consacre une émission de 110 minutes au zoo de Beauval en tout début de ce mois de juillet (5 ou 8), à 20h40.
32 Juillet - Août 2015
nes de
d’eucalyptus, 296 ton. fruits et légumes, 72 tonnes de viandes, 720 kg d’in- sectes... vivants ! Aucun es- prit chagrin ne pourrait éva- luer les dégâts économiques et humains pour le secteur de Saint-Aignan si le zoo qui a, un peu, fait peur au tout début, fermait...
Richard ODE

