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n°22
CluB eNtRePReNdRe A la Une - Entreprises centenaires (grands groupes) uPeugeot, la lutte acharnée d’une famille
la marque au lion est appréciée dans l’Hexagone, d’autant plus que la famille Peugeot garde un pied dans l’entreprise capitalistique et plongée dans la mondialisation. 120 ans après le lancement d’une chaîne automobile par Armand Peugeot, la famille éponyme détient 14,1% du constructeur. Robert Peugeot, P-dg de la société cotée FFP, qui représente – avec son actionnaire majoritaire les etablissements Peugeot Frères – les intérêts des quelques dizaines d’actionnaires familiaux dans le constructeur, a dû batailler, « d’autant plus que sur le plan de la fiscalité, on ne fait rien en France pour favoriser la possession et la transmission du capital fa- milial ». Sous sa patte, le groupe gestionnaire des intérêts familiaux s’est financiarisé, ce qui n’a pas fait l’unanimité dans la famille. « La création de valeur est
nécessaire pour fédérer la famille et maintenir notre présence dans l’automobile, qui est une activité terriblement cyclique », estime-t-il. Car les crises ne manquent pas : dans les années 70 et 80, c’est le choc pétrolier puis la reprise en catastrophe de Citroën, suivi du rachat des activités européennes de Chrysler. Ces évènements nécessitent des aug- mentations de capital qui diluent alors la part de la famille dans l’entreprise à moins de 25%. dans les années 90 et 2000, les intérêts familiaux dans l’actionnariat de Peugeot-Citroën (devenu PSA) remontent à 31%. Mais en 2008, les ventes des constructeurs français chutent d’un quart avec la crise. en 2012, sous la direction éphémère de Philippe Varin, une alliance est conclue avec l’américain General Motors, qui achète 8% des parts. las... en vertu des sanctions américaines, le groupe de détroit – dont l’etat fédéral états-unien était alors actionnaire – impose à PSA de cesser de commercer avec l’iran, pays qui représentait 20% des ventes en volume. en décembre 2013 GM cède ses titres et laisse Peugeot au bord du gouffre. en urgence, l’augmentation de capital de trois milliards d’euros, souscrite à parité par le partenaire chinois dongfeng et l’etat français, sauve le constructeur, mais dilue la famille à 14%. Robert Peugeot a diversifié les actifs de la société de gestion familiale. « En 2002, notre actif historique représentait 90% du patrimoine géré par FFP, contre un tiers actuellement. Nous avons réalisé des investissements dans Zodiac ou Seb, ainsi que dans du non coté. » Parfois de manière très durable. les trois grands actionnaires de PSA ont signé un accord sur dix ans qui leur interdit de monter au-delà de 14%. en 2024, la famille Peugeot aura le choix de poursuivre ou non son histoire dans l’automobile. la réponse est connue...
uSaint-Gobain, la doyenne
uOrange, après le monopole public
un quart des salariés en France, la moitié des grands
centres de recherche dans le pays, des partenariats
avec l’école Polytechnique ou Paristech... Après 350
ans d’existence, la multinationale n’a pas coupé ses
racines. C’est en octobre 1665 que, par la volonté de
louis XiV et de son ministre Colbert, 25 manufac-
tures sont créées avec l’aide de l’etat, dont celle des
glaces de miroirs. Grâce à ses avantages fiscaux et commerciaux, elle devient l’un des principaux producteurs européens (qui a équipé la fameuse galerie à Versailles), mais doit s’adapter après la perte de son monopole national suite à la Révolution : diversification dans la chimie, fusion avec un grand concurrent français, implantations en Allemagne et en italie... le capital, lui, change de propriétaires mais conserve une racine française : « Contrairement aux idées reçues, l’entreprise n’a pas été familiale ou d’Etat. Ses capitaux ont toujours été privés, sans appartenir à une famille », souligne Marie de laubier, histo- rienne de l’entreprise. la manufacture, qui prend le nom de Saint-Gobain en 1959, accompagne la transformation des constructions. on bâtit alors de moins en moins avec du bois et des pierres, mais avec du béton, du mortier, des ma- tières composites et du verre... une ancienneté qui génère une forte culture, malgré le gigantisme (41 Mds de CA) : « L’association AINF a entrepris un classement des entreprises centenaires contenant plusieurs critères de réussite – le fort attachement des salariés à l’entreprise, la nomination de dirigeants ayant effectué une grande partie de leur carrière au sein de la compagnie. Saint- Gobain coche l’ensemble de ces critères », souligne Marie de laubier.
depuis l’invention du télégraphe dans les années 1840 puis celle du télé-
phone, le nombre de communications à distance a explosé. les etats ont ac-
compagné le mouvement : dès 1878, le gouvernement créait le ministère des
Postes et télégraphes, qui deviendra beaucoup plus tard orange. le déve-
loppement fulgurant de la transmission électrique a nécessité de très lourds
investissements en câbles, en fibres optiques et en puissantes antennes. C’est
pourquoi ils sont vite devenus l’apanage de groupes monopolistiques publics
(comme France télécom) ou privés (At&t aux etats-unis par exemple). dès les années 70, le réseau français est totalement intégré, puis les ingénieurs des télécoms mettent au point des techniques novatrices (Minitel, norme GSM...). Ces investissements sont alors financés aux deux tiers par l’ad- ministration des télécoms grâce à la bonne rentabilité du réseau. Mais la Commission européenne souhaite supprimer les opérateurs nationaux, et, suite à une directive, le ministère des Ptt devient en 1988 une société publique indépendante nommée France télécom. l’etat vend une partie de son capital en 1997 sur les Bourses de Paris et New-York. en France, la compagnie est désormais obligée de sous-louer son réseau physique – câbles terrestres et sous-marins, une partie des antennes-relais – à de nouveaux opérateurs, qui n’ont pas eu besoin de lancer les très lourds investissements néces- saires en matériel. C’est ainsi que Free, Numéricable et dans une moindre mesure Bouygues télécom ont pu proposer des offres compétitives dans le domaine du fixe puis du portatif. Attaqué sur son marché historique, France télécom rebaptisé orange a vu son CA chuter de 2,5 milliards d’euros dans l’Hexagone entre 2011 et 2013. la société, encore détenue à 27% par l’etat, demeure néanmoins un mastodonte, avec un CA de 41 milliards d’euros, loin devant Bouygues télécom (4,6 milliards), Free (3,8 milliards) et Numéricable (3,2 milliards). la société en a profité pour contre-attaquer depuis 2014, avec des remises de prix très compétitives. 137 ans et toujours jeune...
© Saint Gobain
Entreprise
Date de création
Activité
Histoire
Bolloré
1822
Transport, logistique, énergie...
A partir des années 1980, Vincent Bolloré a réussi la diversification industrielle de l’entreprise familiale, créée par Nicolas Le Marié près de Quimper dans l’industrie du papier. Résultat : 55 000 collaborateurs et 10,8 Mds € de CA en 2013.
Schneider Electric
1836
Distribution électrique
La société fondée par les frères Eugène et Adolphe Schneider au Creusot a connu plusieurs vies, dans l’armement notam- ment, avant de se recentrer avec succès dans le domaine électrique dans les années 1980. 38,2 Mds € de CA en 2014.
Hermès
1837
Luxe
La manufacture de harnais et de selles fondée par Thierry Hermès en 1837 à Paris est devenue un fleuron du luxe français : 11 000 salariés et 3,75 Mds € de CA en 2013.
SEB
1857
Petit électroménager
Rétameur ambulant, Antoine Lescure ouvre en 1857 un atelier à Selongey (Côte-d’Or) où il fabrique sceaux, arrosoirs et moules. Plusieurs innovations ont jalonné son histoire : super cocotte, friteuse sans odeur ou cuiseur-vapeur électrique. 4,253 Mds € de CA en 2014, et 25 000 collaborateurs.
Legrand
1860
Produits électriques
L’atelier de porcelaine de Limoges a bien grandi - 33 000 salariés et 4,460 Mds € de CA en 2013 – grâce à l’innovation tous azimuts : 5% du CA consacré à la R&D chaque année, 4000 brevets actifs.
Bénéteau
1884
Construction navale
Benjamin Bénéteau a créé son chantier naval à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, en Vendée. Il compte aujourd’hui 6 000 salariés pour un chiffre d’affaires de plus de 900 M€.
Crédit Agricole
1885
Banque
La première Société de Crédit agricole est née à Salins-les-Bains dans le Jura. 26,4 Mds € en 2013, et 150 000 collaborateurs.
Michelin
1889
Pneumatiques
L’histoire de la firme au Bibendum créée par les frères André et Edouard Michelin à Clermont-Ferrand est jalonnée par l’innova- tion : guide, cartes, pneu radial...
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28 Juillet - Août 2015
Grands groupes centenaires


































































































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