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n°21
PAnORAMA International - Les dispositifs « Techs » de par le monde
Focus sur un pays ou sur une problématique qui concerne plusieurs pays et interpelle la rédaction,
la French Tech n’est pas seule
choisi en toute subjectivité
Cle dispositif lancé par Fleur Pellerin n’est pas une initiative isolée. D’autres stratégies pour favoriser l’émergence des start-up numériques existent chez nos voisins. Tour d’horizon.
ette année, au CES de jeunes pousses. là-bas, la raison pour laquelle cer- de las Vegas pas de financement public : taines régions ou villes se (Consumer Electro- tout se fait par ce qu’on ap- spécialisent dans des sec-
nic Show), la France était pelle des accélérateurs. « On teurs d’activité particuliers.
représentée par plus de 120 entreprises – le plus gros contingent européen – dont beaucoup étaient soutenues par la French Tech. le dis- positif, lancé en 2013 par Fleur Pellerin, semble pour l’instant être un succès. Ce n’est pas le cas d’autres ini- tiatives du même genre prises par d’autres pays. Car la French Tech n’est pas un exemple unique et isolé – même si l’idée d’avoir recours à une vraie marque, avec une notoriété, un label et une identité est assez rare. S’il est difficile, compte tenu de la diversité des solutions adoptées, d’établir une clas- sification efficace, certaines grandes tendances émergent.
Définition
Le côté fourre-tout
de la French Tech
Si la French Tech revient régulièrement dans l’actualité, il est parfois peu aisé de savoir exactement de quoi l’on parle. C’est parce qu’en fait le terme a une utilisation très large : c’est tout d’abord une marque ouverte, disponible pour tous ceux qui travaillent dans ou pour les start-up françaises en France ou à l’étranger. La liste est longue : entrepreneurs, investisseurs, ingénieurs, designers, développeurs, grands groupes, associations, medias, opérateurs publics, instituts de recherche... Mais c’est également le nom porté par le label attribué à des métropoles françaises (au nombre de neuf aujourd’hui) et qui entraîne l’obtention de finance- ments publics. Un fonds d’investissement de 200 millions d’euros, géré par Bpifrance, cofinancera à partir de 2015 des accélérateurs de start-up privés ; et 15 millions d’euros se- ront investis à partir de 2015 par le gouvernement pour ren- forcer l’attractivité de la French Tech à l’international. En fait, le terme de French Tech désigne plus un mouvement ras- semblant diverses initiatives de façon coordonnée qu’un nouveau dispositif en tant que tel.
va créer des petites promo- tions d’une dizaine de start- up, et on va pendant trois mois les mettre sous pression pour qu’elles sortent un pre- mier produit », décrit Didier Tranchier. il y a tout de même un aspect financier : l’idée est que l’argent investi par des personnes privées (par exemple un business angel), qui est passé en dette, est converti en actions lors de la première levée de fonds. l’in- vestisseur profite donc di- rectement de la réussite de son investissement. le pre- mier dispositif du genre, Y Combinator, a notamment aidé à créer Dropbox et AirBnb... Du coup, la plupart des pays ont cherché à créer chez eux la même chose, et des villes comme new York créent des incitations – fis- cales cette fois : des écono- mies sur les charges salariales et sur les taxes locales.
« Pour les activités d’édition, par exemple, il faut aller à New York ; pour les jeux vidéos, c’est la Finlande ou le Canada (Vancouver, Montréal, Québec...)... », énumère Marc Picornell. la French Tech l’a bien com- pris : elle veut créer des en- droit dynamiques avec ses métropoles sélectionnées. Et à une autre échelle, des initiatives privées sont pos- sibles, comme celle prise Xavier niel, sur la Halle Freyssinet, qui veut rassem- bler beaucoup de start-up au même endroit. une sorte d’accélérateur à la française. Comparée à ses homologues étrangers, la French Tech n’a donc pas à rougir. Mais sa bonne réputation souffre de deux défauts. Tout d’abord, le législateur fran- çais prend parfois des déci- sions contre-productives d’un point de vue « soutien
LES FINANCEMENTS PUBLICS
la première veut que de l’ar- gent public – national comme local – soit utilisé pour fi- nancer les jeunes pousses. Dans cette catégorie, la Suède
World Techs...
et la Finlande ont des méca- nismes d’aide publique très avancés et très performants – dont la France s’est inspirée. les pays scandinaves étaient les premiers à créer une vraie politique publique d’aide aux start-up. ils sont du coup très en avance. ils ont été suivis,
avec plus ou moins de succès, par le Chili en 2010, puis la Russie, qui voulait créer une Silicon Valley à 40 km de Moscou... Aujourd’hui, presque tous les pays ont des structures de soutien pour start-up – mais elles ne sont pas forcément spécialisées dans le numérique.
existantes, clé en main, avec des administrateurs, des comptables, des comptes en banque... En une minute, contre un peu d’argent, vous avez votre structure », ex- plique Didier Tranchier, pré-
FAVORISER LES INVESTISSEMENTS PRIVÉS
la deuxième grande tendance favorise elle plutôt la création d’entreprises et les investis- sements privés. C’est le cas notamment en Angleterre et en Estonie. la première, à travers des dispositifs locaux (TechCity pour londres, par exemple) offre un finance- ment largement basé sur des business angels, qui bénéfi- cient d’incitations très géné- reuses pour investir, et une facilité pour créer son entre- prise (on peut créer une struc- ture en quelques minutes sur le Web). l’Estonie, qui a la première joué sur le créneau de la facilité de la création de start-up, a poussé le bou- chon plus loin : « On peut même louer des structures
Vous pouvez louer en une minute des structures existantes, clé en main, avec
des administrateurs, des comptables, des comptes en banque...
aux start-up ». « Tout le monde a peur de se faire ‘‘Uberiser’’ », explique Marc Picornell : ce qui s’est passé pour uber – que l’Assem- blée a essayé d’interdire –
sident d’iT Angels, associa- tion de business angels portés sur les nouvelles technologies et CEO du cabinet de conseil Adelit.
les raisons qui font que les accélérateurs fonctionnent sont multiples, mais la prin- cipale est certainement que les start-up qui y passent se voient offrir une solution de financement, mais également un écosystème et un cours accéléré sur ce qu’est être entrepreneur, etc. « Disposer de financement est intéres- sant, mais ce n’est qu’un le- vier : cela n’assure pas le succès de l’entreprise », sou- ligne Didier Tranchier.
LA SUBTILITÉ DES ACCÉLÉRATEURS
Cette solution apporte de l’ar- gent au tout début du pro- cessus, alors qu’en France, « la vraie difficulté est de passer à la vitesse supérieure, estime Marc Picornell, consultant indépendant en iT et innovation. C’est pourquoi beaucoup de start-up migrent aux Etats-Unis ».
r n’est pas rassurant
Car le pays de l’oncle Sam reste celui qui attire le plus
LA PERTINENCE DE LA SPÉCIALISATION Cette notion d’écosystème est en fait essentielle. C’est
et Deeze.
pour les acteurs du secteur. Ensuite, le programme manque de visibilité. l’An- gleterre, après les dernières élections, a dévoilé un plan pluriannuel de soutien aux start-up. une initiative que devrait imiter notre gouver- nement.
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Juin 2015
Jean-Marie Benoist


































































































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