Page 78 - EcoRéseau n°20
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n°20
aRt DE ViVRE & PatRiMoiNE La Sélection culturelle
Choix culturels et artistiques de la rédaction, sans prétention aucune
Expo
n Tatoueurs, tatoues
A travers les âges et le monde, l'exposition « Tatoueurs, tatoués » retrace l'histoire de cet ornement ancré au plus profond des chairs. Des peuples amérindiens et Maori en passant par les acteurs du théâtre Kabuki ou les marginaux français du premier XXe siè- cle, l'exposition passe en revue les enjeux inhérents à la pratique : masques de combat,
signes de contestation, ornements mystiques, etc. La diversité des supports est d'ailleurs au service de la diversité du propos : écrits théoriques, instruments de tatoueurs à travers les âges, mains mo- mifiées, imitations en latex du corps humain ultra réalistes, sup- ports vidéo, tableaux, gravures, costumes... Notons à l'occasion que l'exposition peut choquer les plus jeunes, photos de Yakuzas nus et bouts d'épiderme vieux d'un siècle à l'appui. Bref « Tatoueurs, Ta- toués » plaît par sa pédagogie et sa scénographie didactique. Et même à ceux à qui il manquerait une ancre de bateau ou un « I Love you Maman » sur l'épaule. En fil rouge, la salle, dédiée à cette forme d'art à part entière, illustre dans un mouvement d'aller-retour his-
torique comment le tatouage fut primitivement signe d'intégration pour devenir une expression de la marginalité et du voyou combattues par les autorités – qu'il s'agisse d'institutions religieuses ou politiques – avant de redevenir un art démocratisé dans chacun des continents, grâce notamment aux voyageurs et explorateurs qui ont remis au goût du jour cette forme d'expression corporelle primitive pour en dépasser les codes. Musée du quai Branly - Paris. Jusqu'au 18 octobre 2015
n Les maîtres de la sculpture - Côte d'Ivoire
Sénoufo, Lobi, Dan ou Baoulé... Partez à la découverte de tous les
peuples de Côte d'Ivoire et de ses régions limitrophes le temps d'une
visite au Musée des arts primaires, rassemblant 200 œuvres sculp-
tées aux XIXe et XXe siècles. L'exposition vous plonge dans la vie
d'artistes méconnus aux sobriquets étonnants, tels que le Maître
des jolis seins ou celui des grandes mains, pour sortir la sculpture
africaine de son image artisanale et de nos préjugés en la matière.
Aussi, les différentes installations se consacrent-elles à la manière
de concevoir ces objets d'arts et à leurs usages durant la période co-
loniale : masques rituels, objets d'art gratifiant un haut dignitaire, porte-bonheur, mo- bilier décoratif... Plusieurs vidéos viennent inscrire la fabrication dans un contexte créatif juste saisissant : les artistes à même le sol, munis d'outils rudimentaires s'adon- nent au martelage de la feuille d'or ou à la technique de la cire perdue pour mouler du métal avec une finesse qui n'a rien à envier à leurs homologues occidentaux de l'époque. Pour finir, l'exposition vous plonge dans des installations d'artistes contemporains, dits de la génération des artistes africains « transnationaux », comme legs à la créativité des sculpteurs d'Afrique de l'Ouest. Une exposition à voir pour sortir de notre ethnocen- trisme et ainsi arguer que l'Afrique est bel et bien rentrée dans l'Histoire.
Musée du Quai Branly – jusqu'au 26 juillet
n L'usage des formes
La nature est inhumaine. Face à ce postulat, les hommes ont façonné outils et instru- ments en tant que médiateurs entre eux et le monde dans lequel ils évoluent. Au croi-
sement de l'artisanat d'art et de la création artistique à part entière, l'exposition interroge le rapport de l'homme à l'outil, le rapport de l'homme à la nature. En ce sens, l'outil ne saurait se résumer à un simple prolongement de l'homme utile à peser, me- surer, couper, quantifier, extraire de l'information,... Le question- nement de l'exposition passe par le détournement des objets pour dépasser leur condition utilitariste : A l'image de la représentation absurde d'un fusil à kangourous dont le canon épouse les formes d'une sinusoïde pour suivre l'animal dans ses moindres rebonds. Tordu ! Idem avec le marteau au manche torsadé qui, de fait, ne peut plus remplir son usage « d'exo-corps » dont la préhension et l'ergonomie permettent l'usage habituel. Mais les différentes ins-
tallations ne sont pas uniquement dédiées à la décontextualisation des objets. La fin de l'exposition se concentre sur les dimensions magique et symbolique telles que les usages du compas : instrument d'écolier, de navigation, d'architecture certes, mais signe de rattachement de la franc-maçonnerie et des compagnons du devoir. En définitive, une exposition à comprendre comme une clé d'entrée des courants philosophiques fai- sant du travail de l'homme, la négation de la-sa?- nature et l'accès à la culture.
Paris, Palais de Tokyo - Jusqu'au 17 mai 2015
Livres
n Dear White People, de Justin Simien
Dear White People est un OFNI, un objet filmique non
identifié. Car le premier film de Justin Simien, ancien
attaché de presse de 31 ans, n’entre pas dans les codes
actuels d’Hollywood : castings de stars, scénarios pré-
fabriqués et franchises de super-héros. Et pour cause,
Dear White People s’est appuyé sur le crowdfunding, à
hauteur de 40000 euros, pour se lancer. Interrogé par
Libération, Justien Simien précise : « Le système n’est
pas fait pour encourager les minorités à raconter leur
histoire, y compris les femmes. Hollywood rattrape
lentement son retard. Les exécutants doivent rendre
des comptes, engranger des bénéfices, le système de
financement exclut ce genre de films : ils nous disent
droit dans les yeux qu’ils ne veulent pas de longs mé-
trages avec un casting qui ne s’adresse pas à un public
international. Il n’y a pas non plus d’aides financières pour inciter au changement. » Alors que des actes xénophobes secouent régulièrement l’Amérique post-raciale de Ba- rack Obama, cette satire grinçante du milieu estudiantin explore la blackness et ses questionnements parfois contradictoires – lutte, imitation des codes Wasps, commu- nautarisme... Le tout avec une réalisation clipesque originale et décalée. Dear White People a remporté un prix du jury au festival du film de Sundance 2014.
n Mangement, par Frédéric Rey-Millet
« Les nouvelles règles du jeu pour redonner le sourire
aux managers ». Derrière un sous-titre alléchant, Fré-
déric et Isabelle Rey-Millet, nous livre un écrit résolu-
ment optimiste qui se concentre notamment sur les
effets vertueux du bien-être au travail. Loin de notre
couple d'auteurs,l 'idée de partir dans une harangue
bien pensante sur le management hors du temps et de
la réalité. Au contraire. L'ouvrage se veut pragmatique
et prend la forme d'un guide d'incitations, un préalable
littéraire avant le passage à l'acte. Frédéric Rey Millet,
serial entrepreneur et cofondateur d'EthiKonsulting,
cabinet de conseil en innovation managériale et Isa-
belle Rey-Millet, directrice du département Manage-
ment d'EthiKonsulting témoignent de leur expérience
managériale à l'heure ou conduire et animer une équipe
revient davantage à adopter une posture face à elle dans
un contexte où les modèles hiérarchiques oppressants vacillent. Pour ce faire, les deux auteurs proposent 8 clés d'entrée pour optimiser ses techniques managériales dont no- tamment l'observation de ses équipes et les apprentissages que l'on peut en tirer, les manières de réduire le hiatus entre intention et action ou encore l'appropriation d'outils pour l'aide à la décision.
Frédéric Rey-Millet, Isabelle Rey-Millet, Management Game, Editions Leduc, 2015. 24€/320 pages
n Et pendant ce temps, les patrons se marrent !!
Ancien énarque, PDG de Coface pendant 19 ans, ancien directeur au ministère des Fi- nances et directeur général international révolu d'Aérospatiale, François David fait par- tie de ces patrons qui ont côtoyé pléthore d'autres grands patrons, de la PME aux entreprises du CAC. Son dernier livre illustré par la très prometteuse Lulu d'Ardis ne cache pas sa seule ambition qui capitalise toute l'expérience de l'auteur engrangée sur le savoir vivre des dirigeants. Celle de donner aux patrons quelques conseils pour ap- prendre à relativiser et faire preuve d'humour en toute situation. Premier livre de la collection « Insolences », ce missel de sarcasmes reprend sous la forme d'un abécédaire, les grandes questions et thèmes qui jalonnent le quotidien du décisionnaire. Un livre à la fois grinçant et léger fourmillant de mille et une blague... Au cas où vous souhaite- riez détendre l'atmosphère au début d'un comité d'administration.
Lulu d'Ardis, François David, Et pendant ce temps, les patrons se marrent !! Jacques Marie Laffont Editeur, 2015, 11,90€/176 pages
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Mai 2015

