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n°20
RH & FoRMatioN Carrières & Talents - Le diplôme bachelor
En quête de lisibilité
Lapparu il y a moins de dix ans, le bachelor s’est imposé dans l’esprit des jeunes. Et celui des PME recruteuses ?
e marché de la dié- contours et le contenu. nagement (GEM), membre tétique se porte C’est ce qui ressort d’un de la Conférence des bien. Fort des sondage, réalisé par l’iFoP, grandes écoles, et par ail-
marques Gerlinéa, Gerblé, à la demande d’atout+3 – leurs expert du bachelor.
ou bien encore Céréal, le groupe Nutrition et Santé affiche un taux de crois- sance de 13% en 2014. D’où des recrutements ré- guliers pour ce groupe de 1200 salariés. ainsi, un chef de produit et un chef de secteur sont actuellement recherchés pour le segment de la nutrition des sportifs, isostar. En un mois, près d’une vingtaine de CV ont passé le filtre du cabinet de recrutement. Des ba- chelors sont dans le lot ? Peut-être. ils n’ont pas re- tenu l’attention d’Emma- nuel de La teysonnière, brand activation manager France et international, en charge du recrutement. « Ce cursus est un entre-deux, souligne-t-il. Pas vraiment opérationnel, pas suffisam- ment en tout cas pour oc- cuper un poste commercial, et pas suffisamment élevé non plus pour un emploi dans le marketing. C’est encore nébuleux. »
un regroupement d’écoles de commerce dispensant cette formation et proposant un concours d’entrée com- mun – auprès de plus de 400 patrons d’entreprise. Parmi les 80% déclarant connaître le bachelor, un sur deux ne lui affecte pas le bon nombre d’années d’études. Soit trop ou trop peu. Seuls 16% savent le situer sur l’échiquier de l’enseignement supérieur. Si le sondage date de fin 2012, le constat perdure. « Le monde économique est en peine pour identifier ce cursus, note Guy Gas- coin, directeur de l’Ecole atlantique de commerce (EaC), spécialisée sur l’of- fre bachelor et filiale d’au- dencia. Ce constat prend toute son acuité pour les dirigeants de PME et PMI. » La marge de pro- gression est importante.
« Je veux éclaircir un point sur votre CV : « bachelor » ? Vous avez fait l’émission le Bachelor ? »
D’autres parlent de « fourre-tout ». Et ce constat vaut aussi pour le contenu. Le bachelor de l’ESC Pau est spécialisé sur le management et la relation client. Celui de l’iPaG business school traite de commerce et stra- tégies digitales. Et son offre s’étoffera à la rentrée pro- chaine avec un bachelor comptabilité et communi- cation. L’ESC La Rochelle résume à elle seule la di- versité de ces programmes. Elle en compte trois : un dédié au tourisme, un – dispensé dans la langue de Shakespeare – axé sur l’in- ternational, et un généra- liste. Ressources humaines, marketing, droit, achat, sciences de gestion, négo- ciations... Les fondamen- taux composent le cœur du programme, associés à des périodes de stage nom- breuses, voire même à une année de césure ou à l’al- ternance. Pour parodier un slogan publicitaire, « il a tout du... programme grande école », mais la classe préparatoire et les concepts en moins.
tout comme Emmanuel de La teysonnière, pas moins de 20% des recruteurs igno- rent ce qu’est le bachelor, en méconnaissant les
UN FORMAT MALLÉABLE
« C’est quoi un bache- lor ? » Yann Estevenon, étudiant en deuxième année à l’Ecole atlantique de com- merce (EaC), est habitué
Le monde économique est en peine pour identifier ce cursus
à la question. Elle arrive très tôt dans les entretiens lors de ses recherches de stage. « Je dois trouver des
C’est la version française. La V.o, calquée sur le mo- dèle nord-américain, est en quatre ans. on parle alors
bien encore SKEMa se sont alignées sur ce mo- dèle.
« Avec le bachelor, on a
synonymes comme licence ou bac+3 pour bien situer ma formation. » Ce format en trois ans est très répandu.
de BBa, pour Bachelor in Business Administration. L’EDHEC, l’EM Lyon, l’ESSEC, l’iNSEEC ou
tout et son contraire. » Ces propos, on les doit à Jean- François Fiorina, à la tête de Grenoble Ecole de ma-
Lexique
Se repérer dans ce labyrinthe de l’enseignement supérieur n’est pas aisé. Et c’est encore plus compliqué avec les ba- chelors, en raison même du peu d’ancienneté de ce cursus. D’où un point de vocabulaire pour en recruter en toute connaissance de cause.
Visa : cette distinction est l’apanage des écoles de com- merce de premier plan. Ou plus exactement de leurs di- plômes. Qu’est-ce que cela signifie ? Un diplôme visé a reçu un satisfecit de l’Etat, via la Commission d’évaluation des formations et des diplômes de gestion (CEFDG). C’est un gage de sérieux. Même si leur réputation n’est plus à faire – c’est le cas des ESSEC, EDHEC ou bien encore SKEMA... – ces établissements aiment revendiquer cette cocarde ministérielle. 30 programmes de bachelor sont aujourd’hui visés. L’intérêt pour le recruteur ? Avec les fusions, absorptions, changements de nom, le paysage
des écoles de commerce évolue, brouille un peu les pistes. Aussi, le visa constitue-t-il un critère essentiel pour se repérer. Jean-François Fiorina, à la tête de Grenoble Ecole de management (GEM), dit de lui que « c’est le juge de paix ». Mais, deux promotions doivent avoir été mises sur le marché pour en faire la demande. Soit six ans d’attente avant de prétendre au Saint-Graal !
Titre du Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) : appendice du ministère chargé de l’Emploi, le RNCP intervient dans le domaine de la formation. Toutes les formations. Son tamis pour les évaluer ? Les compétences, et non le nombre d’années d’études, avec à la clé des niveaux de 3 à 1. Qui met en avant cette distinction ? Celles qui n’ont pas le visa, précisément. Claire Souvigné, directrice de l’INSEEC Bachelor, commente : « la compétence n’attend
pas le nombre des années ! ».
Accréditation : les grandes écoles n’ont que ce mot à la bouche. A grands coups de communiqués, elles annoncent leurs nouvelles accréditations, leurs attributions comme leurs renouvellements. Qu’elles s’appellent Equis pour l’européenne, AMBA ou AACSB pour les anglo-saxonnes, ces distinctions sont délivrées, non pas à un programme, mais à l’établissement. Et si le bachelor a vocation à produire des cadres intermédiaires, directement opéra- tionnels, les accréditations soulignent l’excellence acadé- mique et l’ouverture à l’international. Une distorsion que dénoncent les responsables des écoles de milieu de tableau, qui n’en ont pas. « Ce mode de fonctionnement est en total décalage avec ce qui se pratique à l’étranger, note encore Claire Souvigné. Encore un exemple de l’ex- ception culturelle française », déplore-t-elle.
76 Mai 2015
Un verbiage dans le monde des bachelors


































































































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