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n°20
RH & FoRMatioN Carrières & Talents - L’innovation pédagogique
face à face », note William Hurst, directeur de la for- mation continue à l’auden- cia. L’enjeu de l’innovation pourrait donc se résumer à trouver la pédagogie idoine pour dispenser un nouveau savoir à un public cible. aussi, l’arrivée des « Mil- lennials », cette nouvelle génération connectée avant même de savoir parler, im-
« Il y a quelques mois, cer- tains me prenaient pour un fou furieux. J’expliquais que bientôt un DRH aurait à faire le choix entre un candidat diplômé et un can- didat bardé de certifications obtenues par validation de MOOCs portés par de grandes marques. Au- jourd’hui, on vient me de- mander ce qui fait la diffé-
en faire des programmes novateurs tant dans le contenu que dans la manière de les dispenser.
tions pionnières en 3D en partenariat avec Centrale, le Strate College et Dassault Systèmes. « Dans ces bâti- ments modulables, se ren- contrent des profils aux com- pétences et aux cultures dif- férentes. On y crée des se- rious games, des contenus vidéo, des études de cas. La technologie 3D vient ici sti- muler la pédagogie », ex- plique Jean-Michel Blanquer.
temps peu conciliable avec les formations classiques. » Et Vincent Van Peteghem, responsable de l’innovation pédagogique à l’EDHEC, de compléter : « Les nou- velles technologies amènent de nouvelles façons d’en- seigner telles que la classe inversée où le professeur devient davantage un tuteur et un coach plus qu’un en- seignant dans son acception
être bouleversée par des ac- teurs d’un autre genre. Même si les géants de la data et du contenu livresque n’ont pas encore atteint le firmament des formations de nos écoles, il n’empêche que ces entre- prises globalisées pourraient clairement piétiner leurs plates-bandes à en croire le directeur de GEM Jean-Fran- çois Fiorina, dont le blog éponyme se fait l’écho des derniers questionnements en la matière : « Amazon dis- pose de la plus grande base de données livresques de la planète. En faire une base de connaissances mondiales, négociée avec les éditeurs et les autres partenaires, ca- pables de personnaliser une offre selon les besoins des lecteurs ou de l’apprenant, ouvre des perspectives sans limites. » Commencez la mixture avec un chapitre sur le e-marketing, puis ajoutez deux pages sur la vie de Steve Jobs, saupoudrez de trois autres au sujet de la fondation Bill Gates. Enfin assaisonnez de quelques maximes de Ghandi pour l’inspiration. Servez aux ouailles étudiantes affamées le « hors d’œuvre » péda- gogique pendant qu’il est encore chaud ! Pour Google, l’atout est d’un autre regis- tre : « Eléments essentiels d’analyse des comporte- ments et des choix, l’ensem- ble des données personna- lisent et poussent actuelle- ment, de manière automa- tique et très efficace, des in- formations, des offres de
Dans le cadre de l'Imagination Week, les étudiants élaborent de nouveaux cours
OUVRIR LA BOÎTE DE PANDORE DE LA PÉDAGOGIE
Le fablab et la technologie 3D deviennent à l’école de commerce ce que la barbe et les pantalons feu de plan- cher sont aux hipsters. Les
plique-t-elle une autre ma- nière d’enseigner en phase avec les usages technolo- giques de son époque. En particulier à l’heure, où les MooC, les SPoC, les « Learning Pills » – de l’EDHEC pour ses alumni –, les MBa online et l’en- semble des plateformes nu- mériques font du monde, plus qu’un ensemble de des- tinations business prisées pour les étudiants, un cam- pus connecté. il est d’ail- leurs possible aujourd’hui d’accéder en ligne et gra- tuitement à certains cours de MBa dispensés par la crème mondiale de l’ensei- gnement. Pour les curieux, surfez sur les pages Face- book de ces prestigieuses écoles. Par ailleurs, d’autres enjeux découlent de ces technologies. Comme celui de la pertinence de ces for- mations numériques au mo- ment de passer les premiers tamis d’une direction RH.
rence entre les deux pro- fils », remarque Jean-Fran- çois Fiorina. Et Christophe Roquilly, doyen du corps professoral de la recherche à l’EDHEC, de nuancer : « Est-ce que les entreprises sont prêtes à s’engager uni- quement sur du virtuel ? Pour l’instant les avis di- vergent ». D’autant que le succès des MooCs est en- core incertain. La question divise, mais une chose est sûre : pour aller plus loin dans l’innovation, les porte- paroles s’accordent sur le nécessaire besoin de bien situer l’innovation sur la chaîne de valeur éducative. Cette dernière se définit en plusieurs étapes : la construction de savoirs- contenus que l’on rend ac- cessibles par une pédagogie appropriée puis leur diffu- sion à différents publics ci- bles. L’effort à mener se si- tue donc au niveau de l’in- génierie des formations pour
Cas d’école
Règle capitale pour le prof dans un Mooc : toujours faire ses interventions devant une biblio- thèque, pour avoir l’air plus intelligent...
Iseg Marketing & Communication School
technologies. « Au début des années 1990, l’Alliance Mer- cure, qui regroupait plusieurs grandes écoles de commerce, s’est vite rendu compte qu’un contenu multimédia de qua- lité coûtait plus cher que du présentiel classique, se rap- pelle Christophe Roquilliy. Notre idée de la pédagogie revient à utiliser le numé- rique et le virtuel de façon vertueuse et qualitative. Au- jourd’hui, notre offre en pur e-learning s’adresse aux per- sonnes souffrant de pro- blèmes de mobilité ou aux sportifs de haut niveau en raison de leur emploi du
d’intelligence collaborative. Phénomène à l’œuvre dans nos séminaires open inno- vation par exemple. »
service ou de la publicité... Pourquoi pas des offres de formation ? », questionne Jean-François Fiorina. En attendant ce cataclysme nu-
Pas d'incubateur ni de "∏Lab" pour les écoles ISEG. Mais ce réseau parisien adapte certains dénominateurs communs de l'in- novation pédagogique, inhérente aux meil- leures écoles, aux exigences des recruteurs. « Outre les aspects technologiques, l'im- portant est la manière avec laquelle nous travaillons pour nous adapter à la génération Z. C'est une génération qui apprécie de pouvoir gérer plusieurs activités en même temps, et d’avoir un certain sentiment de liberté et de choix. Les outils numériques actuels nous permettent ainsi de faire de la pédagogie augmentée. Le "blended lear- ning", lui, permet une acquisition des connaissances tout en menant en parallèle
des projets sur des cas réels d'entreprise. Ceci permet d'aller plus loin qu'en présentiel. Enfin, le volet sur-mesure prend de plus en plus d'importance dans le cursus de nos étudiants : proposer des parcours différen- ciants avec une très grande flexibilité/agilité, c'est ce sur quoi nos écoles travaillent, d'autant qu'elles s'adaptent en permanence aux mutations des métiers de la commu- nication et du marketing – sans perdre de vue que nous formons des profils devant être rapidement opérationnels », analyse Valérie Dmitrovic directrice nationale ISEG Marketing &Communication School.
G.F
GOOGLE VERSUS HEC, BIENTÔT ? Google et amazon futures concurrentes du Mit et de HEC ? aussi difficile soit-il d’y croire, la concurrence qu’induit les progrès du nu- mérique ne viendra pas seu- lement des prestigieuses écoles rivales historiques, étrangères, ou de jeunes pousses hybrides en devenir. La constellation que forment nos grandes écoles peut ainsi
er-
écoles dédient progressive- ment des bâtiments ouverts à l’innovation pédagogique. Et pas seulement des fablabs. Les écoles se mettent aussi à incuber l’innovation pé- dagogique. a l’ESSEC, le Knowledge Lab planche ac- tuellement sur des simula-
a l’EDHEC, le « ∏Lab », prononcé « Pi Lab » souhaite plus que concilier le distan- ciel et le présentiel via son incubateur pédagogique tout en ayant une réflexion rai- sonnée sur les nouvelles
classique. Mais il ne faut pas perdre de vue l’objectif final : la technologie n’est qu’un moyen pour améliorer l’expérience de formation afin de développer une pos- ture de questionnement et
Méthode répandue dans les formats entreprise, le « funny learning » continue sa percée dans la formation initiale
mérique, les écoles s’int. rogent sur le positionnement de ces mastodontes de l’in- ternet : opérateurs de l’édu- cation ou fournisseur des plateformes pour aider les écoles à optimiser/cibler leurs offres, toucher de nouveaux publics, réduire leurs coûts ? Rien n’est moins sûr...
Geoffroy Framery
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Mai 2015


































































































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