Page 79 - EcoRéseau n°20
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L’Air du temps - Collectionneurs atypiques aRt DE ViVRE & PatRiMoiNE Etude d'un sujet de loisir ou d'évasion pour en déterminer ses tenants et ses aboutissants, son évolution, ses innovations
Chasseurs de perles... rares
F Les collectionneurs ne sont pas plus nombreux ni plus farfelus qu'avant. Leurs marottes évoluent simplement au gré des modes. Dernière tendance : la pop’ culture et les objets de la vie quotidienne...
inies les collections ra- pièces. « Les collectionneurs tionnelles de montres, sont dorénavant plus présents de bouteilles de vin, sur Internet que dans les foires.
de timbres, et de tous ces Ou alors ils comparent si-
objets trop facilement échan- geables, qui relèvent davantage du support d’investissement que de l’incontrôlable pulsion ! La mode serait aujourd’hui aux accumulations inutiles et décalées. Rien de bien nou- veau pourtant, au contraire. « On peut plutôt se demander si il n’y a pas paradoxalement un retour aux origines des collections, juge ainsi Serge Chaumier, professeur à l’Uni- versité d’artois, qui s’est in- téressé aux collectionneurs et à leurs liens avec la création de certains musées. Sans re- monter jusqu’à Alexandrie, les cabinets de curiosités aux XVIe et XVIIe siècles cher- chaient déjà à impressionner par l’exotisme d’objets issus de cultures éloignées, comme des masques africains ou des plumes amérindiennes, et jusqu’à l’étrange : tétralogie, monstres, chimères... » Ce n’est qu’au XiXe siècle que les collections se sont ratio- nalisées pour devenir des ob- jets d’études culturelles ou scientifiques (peintures ita- liennes, papillons, etc.). Les mises en séries actuelles re- noueraient donc avec la di- versité et l’originalité des dé- buts. Nous accumulons les pin’s, comme nos aïeuls les livres rares !
multanément les prix sur leur smartphone, observe ainsi Da- vid Liaudet. Cela a fonda- mentalement changé le mar- ché car beaucoup préfèrent vendre leurs objets à meilleur prix sur eBay ou Le Bon Coin. »
Le choix d’entasser des aspi- rateurs, des nains de jardin ou des poupées Barbie (Johnny Depp serait incollable sur le sujet...) interpelle néan- moins. Pourquoi tant de col- lectionneurs se tournent-ils vers ces objets apparemment anodins ? « Chaque catégorie sociale développe ses propres collections : art militaire ou objets historiques dans cer- tains milieux par exemple, observe Serge Chaumier. Or, aujourd’hui, la culture s’étend à des domaines de plus en
graphiques (tel cet ancien des- sinateur de chez Michelin), ou des poteaux électriques, David Liaudet, enseignant en art imprimé à l’école des Beaux-arts du Mans, possède entre 8000 et 9000 cartes pos- tales d’architecture des trente Glorieuses. « Pendant très longtemps j’ai ramassé par humour ou par décalage ces cartes postales ennuyeuses dont personne ne voulait, dans des brocantes ou des vide- greniers, mais sans me consi- dérer comme un collection- neur, raconte-t-il. Aujourd’hui
phiques. « Plus que la simple satisfaction de posséder une image, le but de cette collection est de remettre sur le devant de la scène un document oublié comme la carte postale, pré- cise-t-il. Elle est devenue une partie intégrante de mon tra- vail artistique, à laquelle je consacre trois heures minimum de recherche par jour. »
cartes postales recherchées par David Liaudet, qui s’échangent généralement au- tour d’un euro, voire jusqu’à 3 ou 4 euros pour certaines pièces particulières. D’autres objets de collection, d’apparence banale, attirent néanmoins les collectionneurs par leur valeur spéculative. C’est notamment le cas des figurines de tintin. « Au-delà de certaines pièces grand pu- blic, la plupart de nos figurines en plomb numérotées s’adres- sent à des collectionneurs avertis, indique Marie-Chris-
bat tous les records lors de ventes aux enchères à Paris, poursuit-elle. L’aspect spécu- latif incite les anciens collec- tionneurs à continuer et motive souvent les plus jeunes à se lancer. »
de la personne, . Chaumier. Cette « perversité » est ainsi mise au profit d’une passion de façon positive. Mais attention, car elle peut aussi parfois se révéler né- gative dans la logique d’un tueur en série ou d’un Don Juan, qui collectionnent à leur manière ! »
« Névrosée ? Noonnnnn.... »
mon regard sur ma collection a beaucoup changé, car elle est devenue un lieu d’appren- tissage du regard et de l’ar- chitecture. »
Pourtant, même si certains usages changent, les collec- tionneurs de tout et de rien ont toujours existé, évoluant au gré des modes. « Certains collectionneurs changent to- talement d’objets et beaucoup conservent plusieurs collec- tions en parallèle, constate Serge Chaumier. D’autres changent encore de support tout en restant dans le même thème, en s’intéressant par exemple aux armes, puis aux costumes militaires. » Les vi- nyles, qui s’écoulaient par bacs entiers pour quelques francs il y a encore 15 ans, ont aujourd’hui remplacé les fers à repasser, moulins à café et autres dés à coudre, pourtant très recherchés à l’époque ! D’autres objets disparaissent également des vide-greniers, comme les vieux papiers, les illustrations des années 60 ou les vieux numéros de Paris Match ou du Chasseur fran- çais...
plus larges : culture populaire, objets du quotidien, que s’ap- proprient les couches inter- médiaires. »
dont les moyens économiques sont aussi plus importants. « Les collections prestigieuses nécessitent parfois de l’argent, car la rareté a toujours un prix, nuance Serge Chaumier. Mais au départ, les collections d’objets triviaux, comme les représentations de chats ou les images pieuses par exem- ple, ne coûtent pas grand- chose. » ainsi en est-il des
tine Berthezene, de l’espace tintin à Montpellier. Ils vien- nent ainsi de toute la France, mais aussi de Belgique ou de Suisse, pour acheter certaines pièces rares. » Dans son ma- gasin, une grande fusée d’un mètre quatorze s’est récem- ment vendue 1450 euros. « Tintin est l’univers le plus collectionné de la bande-des- sinée, c’est aussi celui qui
POP’ COLLECTIONS
Les vinyles, qui s’écoulaient par bacs entiers pour quelques francs il y a 15 ans, ont aujourd’hui remplacé les fers
à repasser, moulins à café et autres dés à coudre...
À une époque où n’importe quel objet peut devenir le cen- tre d’une collection, ce choix doit pourtant rester mûrement réfléchi ! « L’envie de collec- tionner relève de l’enfance, et correspond souvent à un stade dans le développement
Celles-ci s’emparent ainsi d’objets contemporains qui n’intéressent encore que peu de passionnés, pour débuter une collection originale. alors que certains de ses congénères empilent les cartes postales représentant des cartes géo-
Ce centre d’intérêt spécifique lui a permis de rencontrer des architectes, des historiens et des documentaristes, de par- ticiper à des colloques et des séminaires, et de découvrir de nouveaux fonds photogra-
LE PRIX À PAYER
Ces passions sont en outre devenues de plus en plus fa- ciles à assouvir. En plus des salons spécialisés, vide-gre- niers et autres clubs, internet facilite aujourd’hui la re- cherche et démultiplie les op- portunités d’échanger des
Ces petites lubies semblent d’abord toucher les hommes, davantage attirés par la notion de possession, certes, mais
Pierre Havez
EFFETS DE MODE
pointe Serge
Mai 2015
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