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ple les Fin- landais
drière.
de Rovio Entertainment à faire appel à Cube Creative lorsqu’ils veulent décliner leur jeu vidéo Angry Birds en série animée ? ou qui explique la réputation du cinéma d’animation hexa- gonal ? il ne trouve pas sa source dans des capacités d’innovation supérieures, mais plutôt dans une « french touch » de l’ani- mation, presque un état d’es- prit à la fois d’auteurs et de
dustrielle ». « Nous sommes moins normés que les Amé- ricains, avec davantage de diversité et d’inventivité dans l’esthétique, les sujets et les approches, poursuit le directeur du Festival d’annecy. Et en même temps, nous avons su in- dustrialiser, professionna- liser ce secteur, avec de la méthodologie, de la R&D et ce qu’il faut pour que les œuvres puissent voyager
public n’étant pas extensible à l’infini.
Elle attire d’ailleurs de nom- breux étudiants étrangers, qui apprennent le français pour venir y étudier ! » Forte d’un attachement ar- tistique et d’une riche his- toire cinématographique, la France a ainsi su transmettre ce savoir, former à de nou- veaux métiers et ainsi ne pas dilapider l’héritage. a tel point que les studios an- glais et américains n’hésitent pas à piocher allègrement
techniciens. « Cette singu- larité est complexe, observe Patrick Eveno. Elle est le fruit d’un héritage culturel et graphique propre à notre pays, et d’une approche très littéraire du cinéma. » De là à parler d’un cinéma d’animation d’auteur, il n’y a qu’un pas que les profes- sionnels interrogés n’hési- tent pas à franchir, tout en insistant sur le fait que ce- lui-ci n’est pas pour autant déconnecté des réalités éco- nomiques et du marché. Un
dans le monde. » Pour Pa- trick Eveno, le grand chan- gement a eu lieu suite au succès commercial de Ki- rikou et la sorcière, de Mi- chel ocelot, en 1998. Et d’ajouter que le nombre de projets ne cesse d’augmen- ter : en 2013, huit ou neuf films entraient en production en France, soit deux fois plus que quelques années plus tôt – ce qui laisse crain- dre une potentielle satura- tion du marché dans les an- nées à venir, ces œuvres
tation à un niveau mondial de l’animation française. « Historiquement, deux des meilleures écoles, les Go- belins et Supinfocom, se si- tuent en France, et elles ont ouvert la voie à beaucoup d’autres au cours de ces 10 dernières années, précise Guillaume Cassuto, auteur et designer graphique tra- vaillant depuis plusieurs an- nées à Londres. Partout dans le monde, il existe bien sûr d’autres excellentes écoles, mais le nombre et
dans ce foisonnant vivier
... aux plus méchants
Décryptage - Secteur de l’animation et des effets visuels StRatÉGiE & iNNoVatioN NUMÉRiQUE
studio Illumination Mac Guff, basé à Paris, qui en tant que filiale du groupe Universal a fabriqué 97% du long-métrage d’anima- tion 3D Moi, moche et mé- chant 2. » avec, outre la réussite visuelle que l’on sait, un box-office interna- tional d’un milliard de dol- lars. La preuve que le pays possède les graphistes, les infrastructures et l’expé- rience pour faire non seu- lement de beaux films d’ani- mation... mais également des films qui marchent ! Mais comment définir ce savoir-faire français si convoité ? Celui qui pousse par exem-
dosage assez subtil, en somme, entre une approche esthétique et « in
sortant souvent aux mêmes périodes (vacances sco- laires) et le
la diversité des formations disponibles sur notre terri- toire sont à relever. » Un enseignement dans lequel sont très impliqués les pro- fessionnels, permettant à cet apprentissage de ne pas être seulement théorique ou tech- nique mais bien connecté aux besoins du marché et des entreprises. « L’offre de formation à l’animation en France est extrêmement riche et diversifiée (anima- tion 2D et 3D, conception, effets spéciaux, réalisation,
Trois questions à Guillaume Cassuto, auteur et designer graphique diplômé de Supinfocom et travaillant actuellement à Londres pour la chaîne Cartoon Network.
« Des efforts à faire dans le prise de risque »
Les studios d’animation anglais et américains ont la réputation d’engager beaucoup de jeunes diplômés français...
Lorsque je suis arrivé sur le marché de l’emploi, une blague récurrente consistait à dire que si les Français faisaient grève, l’industrie des effets spéciaux et de l’animation s’ar- rêterait net ! C’était évidemment exagéré, mais cela partait d’une certaine réalité : dans la première boîte pour laquelle j’ai travaillé à Londres, un tiers de l’effectif était français. Pour la production sur laquelle je travaille actuellement, bien que l’on rencontre des nationalités très diverses, la part de Français a été estimée à 40%. Dans les effets spéciaux pour le film, ce chiffre va cependant avoir tendance à être plus bas, principalement en raison du caractère technique de ces métiers : on trouvera plus fréquemment des autodidactes, ou des gens qui ont reçu des formations privées très techniques, et ce partout dans le monde. C’est dans les postes plus créatifs, avec un fort engagement visuel, que l’on va, il me semble, trouver plus de gens qui
ont reçu une formation artistique en France.
Pourquoi avoir choisi de partir travailler en An- gleterre ?
Lorsque je suis sorti de Supinfocom, en 2007, je souhaitais allier mon entrée dans la vie active à une expérience enri- chissante sur le plan personnel. La culture anglaise m’attirait et je voyais le fait de vivre à l’étranger comme un vrai plus, tant au niveau de l’épanouissement personnel que de la carrière professionnelle. Par ailleurs, je trouvais les projets des studios anglais plus excitants, souvent plus osés... J’avais cependant obtenu des entretiens en France avant de faire mon choix. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils m’ont conforté dans ma volonté de m’expatrier : l’accueil que j’ai reçu était maladroit, souvent très critique vis-à-vis de la compétition. Même quand on ne me proposait pas de poste, on me conseillait de ne pas aller voir ailleurs. C’était une mentalité très étrange. Les Anglais, eux, savent très bien que les talents tournent : plus vous devenez bon, plus vous pourrez bénéficier à leur entreprise dans un futur potentiel. C’est cet esprit qui peut manquer en France. On voit la réussite avec un œil méfiant, et on oublie parfois que l’amélioration globale peut profiter à tout le
monde.
Manque-t-il autre chose à la France pour retenir « ses » talents ?
Au-delà de cette question d’état d’esprit, il y a indéniablement un déficit créatif en France, comparé aux pays anglo- saxons, qui pousse les « talents » français à s’exporter. Il est assez dur à expliquer. Il me semble qu’il faut chercher du côté du « rayonnement », du marché potentiel. Sauf exception rare, une œuvre en français se limite au public francophone. Les retours sur investissement sont donc beaucoup plus serrés, avec pour conséquence un manque de prise de risques, qui est regrettable mais compréhensible. Si l’on prend l’exemple de la série animée, la France se limite quasi-exclusivement à des adaptations ou à des refontes de séries à succès. Les créations originales qui voient le jour sur nos chaînes sont très rares. Pourtant, chaque année, on voit des propositions excitantes lors des
rencontres professionnelles.
Cette singularité est complexe, fruit d'un héritage culturel et graphique propre à notre pays, et d'une approche très littéraire du cinéma
FORMATION CONNECTÉE AU MARCHÉ
Le savoir-faire n’étant pas inné, la formation reste un moment essentiel. or, en France, celle-ci est, d’un avis unanime, d’une qualité exceptionnelle. C’est même la raison majeure expliquant le rayonnement et la répu-
écriture...), détaille annick teninge, directrice de l’école du film d’ani- mation La Pou-
de jeunes talents (cf. enc. dré). Une situation qui cha- grine certains, mais réjouit les autres. Car environ 500 jeunes diplômés sortent chaque année des écoles françaises ; or le marché national n’est pas en mesure d’absorber un tel nombre de nouveaux professionnels.
Julien Fournier
Logorama peut être visionné ici :
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Mai 2015 59

