Page 57 - EcoRéseau n°20
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n°20
Luc de Brabandère(1), senior advisor chez BCG, consultant en innovation, distingue les deux concepts et donne sa vision de la vraie rupture
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Le baromètre de l’innovation
StRatÉGiE & iNNoVatioN NUMÉRiQUE Strategy review
L’innovation autrement
«AU-DELÀ DE L’INNOVATION, LA CRÉATIVITÉ »
par
« Pourquoi l’iPod n’est pas né chez Sony, qui avait déjà inventé le baladeur et qui avait des budgets de R&D en milliards ? Pourquoi PayPal n’est pas sorti de Visa ou Mastercard ? Youtube chez tF1 ou la BBC ? Comment ces acteurs ont-ils pu rater de telles occasions ? J’ai dû animer plus de 1500 brainstor- mings, et je me suis aperçu qu’il y en avait très peu où une nouvelle idée était née. J’ai plutôt des souvenirs de brainstormings dans lesquels une vieille idée ou une idée existante, tout à coup, a pris du sens. L’essentiel des idées est bel et bien déjà présent. il importe de faire la différence entre l’innovation et la créativité. L’innovation est la capacité d’un groupe à changer la réalité des choses. La créativité est la capacité d’un individu à changer sa manière de voir les choses. il peut y avoir innovation sans créativité, quand par exemple la société copie une autre pour offrir un nouveau produit/service. il peut y avoir créativité sans innovation, quand les gens d’une société s’inventent un nouveau cadre de pensée, changent leur perception, mais ne concrétisent pas le changement par un produit ou un service.
Pascal Junghans
Le plus dur reste quand même d’inventer un nouveau cadre de pensée. Quand Bic passe du stylo une couleur au stylo quatre couleurs, c'est une innovation sur le marché de l'écriture, mais qui ne change pas fon- damentalement le modèle sous-jacent de l'entreprise Bic. La vraie rup- ture, celle qui nourrit la croissance, est venue d'une nouvelle vision du monde. Lorsque Bic a décidé que son métier n'était pas seulement les stylos jetables, mais l'univers des objets en plastique jetables, tout changé : Bic s'est mis à produire des briquets et des rasoirs. L'inno- vation, c'est faire mieux en restant dans le même business model ; la créativité, c'est quand on se met à penser un système neuf, un nou- veau modèle. Dans le mot business model, c'est le deuxième terme qui reste le plus important. »
Une loi éthique et pratique
Enseignant à l'international - University of Monaco et à l'université de troyes Membre du conseil scientifique du Conseil supé- rieur de la formation et de la recherche stratégique.
1- "La Bonne idée existe ! Cinq étapes essentielles pour la trouver", de Luc de Brabandère, éd. Eyrolles, 2013
Matthieu Camozzi
Dates & Events : ça cogite dur...
4 19 et 21 mai 2015 : Assises Nationales des
Energies Marines Renouvelables à Nantes
Cette demi-journée de colloque, labellisée COP21, sera l’occasion d’évoquer, en présence de 50 experts interna- tionaux, les conditions qui permettront à la France de conforter sa place parmi les pays leaders en matière d’énergies marines renouvelables. Notre pays a en effet la possibilité, en rassemblant les conditions nécessaires à la baisse des coûts de production, et à la structuration d’une filière industrielle française, de bénéficier de re- tombées économiques et de création d’emplois à la hauteur de cette ambition.
4 24-25 juin 2015 : Innovative City à Nice
Cet événement est majeur en Europe dans le domaine des villes innovantes, connectées et durables. Au pro- gramme brassage des métiers, des idées et des initiatives, création et développement d’écosystèmes d’affaires pour la réalisation de projets, témoignages et échanges d’expériences. L’intelligence des réseaux physiques est devenue une réalité. Ce sont maintenant les applications et les usages, aux nœuds des différents réseaux, qui donnent un avantage concurrentiel et dynamisent les territoires. Des applications et services adaptés aux ci- toyens, maitrisés par la collectivité, sécuriseront et fidéliseront les usagers tout en développant une nouvelle économie « servicielle ». L’expérience de la smart city se révèle au travers d’applications quotidiennes : les « City Apps », signature de l’édition 2015.
4 1,2,3 juillet 2015 : Innorobot à Lyon
Evènement dédié aux robots et aux innovations technologiques disruptives. Les fabricants de robots, start-up, sociétés d’hardware et software qui gravitent autour, les laboratoires de recherche, etc., peuvent nouer des par- tenariats internationaux mais aussi donner un aperçu de ce que sera le monde de demain en compagnie de ces machines humanisées....
Les députés ont adopté en première lecture la proposi- tion de loi, déposée par le groupe socialiste, sur la créa- tion d’un devoir de vigilance des sociétés-mères vis-à-vis de leurs filiales et de leurs sous-traitants à l’étranger. En clair, les entreprises employant plus de 5000 salariés en France (ou 10000 dans le monde) de- vront s’assurer que leurs filiales et sous-traitants res- pectent les droits fondamentaux humains et environnementaux définis par l’oCDE, même si ces droits ne figurent pas dans les lois des pays concernés. a l’origine de cette proposition de loi, le drame de Rana Plaza au Bangladesh, en 2013. 1138 ouvriers du textile ont été tués et plus de 2000 autres blessés en raison de conditions de sécurité dramatiques dans des ateliers travaillant pour des marques occidentales bien connues.
Une proposition de loi vise à obliger les entreprises à s’assurer de l’éthique de leurs sous-traitants à l’étranger. Voici pourquoi ce texte est nécessaire.
Les réactions sont évidemment convenues. Le Medef exprime son inquiétude. a gauche, on se félicite de cette loi. a droite, on incrimine l’insécurité juridique. Et curieusement, on dénonce un texte franco-français. Ce qui est vraiment faux. Des législations équivalentes existent dans plusieurs pays occidentaux, dont notam- ment le Royaume-Uni, même si outre-Manche la loi vise uniquement la corruption.
Mais au-delà de la loi, les observateurs et spécialistes du commerce international le savent bien, les entre- prises anglo-saxonnes, les plus modestes, notamment dans les secteurs des produits grand public comme le textile, réalisent systématiquement des enquêtes très pointues sur leurs sous-traitants pour vérifier si les ate- liers respectent des normes de sécurité suffisantes ou si des enfants y travaillent. il y a certainement de belles intentions éthiques derrière tout cela. Mais surtout un intérêt bien compris : éviter la violente campagne dé- truisant le capital image patiemment construit. La pro- position de loi française n’est donc qu’une adaptation aux réalités internationales, évitant des déconvenues aux entreprises hexagonales qui devront, via un plan de vigilance, mener des enquêtes de terrain pour s’as- surer du respect des obligations. Le détail de la loi et surtout des décrets d’application devrait être connu dans quelques semaines.
Mai 2015 57

