Page 80 - EcoRéseau n°19
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n°19
ArT DE vivrE & PATriMoiNE Patrimoine - Banques privées
Focus sur un placement ou investissement afin d'analyser les tendances et évolutions
innover malgré tout
A rtistes, avocats, hommes d’af- faires, médecins... les clients de la banque HSBC, dont les noms ont été révélés début février, n’ont pas seulement cédé aux sirènes de l’évasion fiscale. ils ont d’abord bien souvent été conquis par la relation-client privilégiée offerte par les banques pri- vées par rapport aux banques de détail. « Nos banquiers privés gèrent en- tre 150 et 200 foyers fis- caux, sont disponibles à des horaires élargis, par mail ou par téléphone, et consacrent 70% de leur em- ploi du temps au déplace- ment chez leurs clients pa- trimoniaux, cadres diri- geants ou chefs d’entre- prise », décrit Clément le léap, directeur du marché clientèle privée de la banque
les banques privées doivent inventer des produits encore plus sophistiqués.
Le banquier privé n’aime que les flèches qui pointent vers le haut...
Palatine.
un PRESTigE
à REgAgnER
Mais en dépit d’une clien- tèle fortunée, ce secteur peine aujourd’hui à main- tenir son aura d’antan. En cause : les différentes af- faires des dernières années (HSBC, UBS, etc.) qui ont entaché sa réputation. « Les banques privées sont af- fectées par l’effritement de l’image de la banque en général auprès du grand public, indique Daniel Pion, associé chez Deloitte, res- ponsable du secteur ban- caire. Mais cette consé- quence négative touche au- tant la banque de détail que la banque privée ». Ces scandales, mais surtout l’inflation réglementaire qu’ils ont contribué à créer, ont surtout pesé sur les marges de l’activité ces der- nières années. Depuis les premières révélations de l’affaire HSBC en 2008, l’ensemble des banques pri- vées a ainsi mis en place d’importantes mesures in- ternes pour renforcer leurs procédures de formation, de contrôle, d’audit et de conformité, et redorer ainsi leur blason dans l’opinion. Des coûts difficiles à ab- sorber dans un environne- ment très concurrentiel (cf. encadré) et pénalisé par la lente décrue des rendements de l’assurance vie, qui re- présente encore plus de la
général de Swisslife Banque Privée. Cette si- tuation les contraint éga- lement à se montrer inno- vantes pour se différencier, capter l’intérêt du client et retrouver des marges. » Ainsi, les récentes accusa- tions d’évasion fiscale à l’encontre de certains éta- blissements n’ont pas pro- voqué d’attentisme en ma- tière de produits et de pres- tations. Au contraire, les banques privées redoublent aujourd’hui de créativité pour s’adapter aux constantes évolutions ré- glementaires. « Les outils d’optimisation fiscale évo- luent constamment car les lois changent tous les ans, explique Clément le Léap. À chaque nouveau produit émis, nous veillons à obtenir un rescrit de l’administra- tion fiscale afin de valider son avantage fiscal et éviter tout effet rétroactif. » Des évolutions auxquelles même l’antique contrat d’assu- rance-vie devra bientôt se soumettre, avec la commer- cialisation prochaine des nouveaux contrats Euro- croissance et vie généra- tion ! Ces promesses de rendement passeront néan- moins par une sécurité moindre. « Nous observons une tendance inévitable vers le marché des actions, seul capable de proposer encore du rendement à l’avenir, pointe Tanguy Polet. Les start-up mais aussi les en- treprises à taille humaine, de proximité, ou dans des secteurs de niche comme les nouvelles technologies ou la santé, sont au- jourd’hui privilégiées par nos clients, de même que certains investissements plus exotiques, dans le vin, l’art ou les montres, qui se sont démocratisés. » Une prise de risque devenue iné- vitable dans un environne- ment de plus en plus trans-
Pierre Havez
leurs services sont réputés ultra-personnalisés. Mais dans un marché où les marges s’amenuisent,
SuR-mESuRE ConTRE PRêT-à- PoRTER
Ces établissements dérou- lent ainsi le tapis rouge à une clientèle haut de gamme, en lui donnant ac- cès à des experts juridiques,
fiscaux ou patrimoniaux, ainsi qu’à des gammes de produits à la fois plus va- riées et pointues, offrant des solutions sur-mesure
adaptées au patrimoine ou à la situation professionnelle et familiale de leur client. Private equity, produits structurés, Girardin, contrats de capitalisation, etc. « En cas de transmission ou de succession, le banquier peut mettre en place, avec le concours d’un ingénieur patrimonial, un pacte Du- treil par exemple », précise
seront pas plus élevés en banque privée, mais en re- vanche, ils peuvent aug- menter avec le niveau de personnalisation du contrat, en fonction de l’allocation d’actif et du niveau de risque défini par le client », indique Clément le léap. la rémunération de la banque privée reste ainsi davantage liée au volume
Atomisation du marché
Etablissements et clientèles diversifiés
L’une des particularités du marché de la banque privée en France se trouve dans son extrême atomisation. « Le premier acteur français, BNP Paribas private banking, ne représente que 5% du marché français, observe Daniel Pion. Il côtoie de très nombreux acteurs de types différents : banque de détail classique, filiale d’un groupe bancaire, parfois même en concurrence avec son propre réseau, CGPI, société de gestion de portefeuille, assureur, family office, etc. »
Ces établissements haut de gamme s’adressent à différents niveaux de clientèle, généralement segmentés en quatre catégories :
- mass affluent ou gestion patrimoniale (de 100000 à 500000 euros d’actifs confiés)
- gestion privée (de 500000 euros à 3 millions)
- gestion de fortune (de 3 à 15 millions d’euros d’actifs confiés)
- family office (plus de 15 millions d’euros).
À chaque nouveau produit émis, nous veillons à obtenir un rescrit de l'administration fiscale afin de valider son avantage fiscal et éviter tout effet rétroactif
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Avril 2015
Clément le léap. des encours sous gestion moitié des placements des Bien entendu, ces presta- qu’au prix de facturation clients de banque privée. tions personnalisées pré- des produits proposés. D’où « La diminution de la ren- sentent un coût non négli- des seuils minimums d’ac- tabilité de l’activité des geable, même si ce dernier tifs très élevés à confier à banques privées va entraî- varie selon les contrats et ces établissements avant ner une concentration très les classes d’actifs choisies. d’accéder à leurs services : probable de ses acteurs, « Les frais de gestion d’un souvent autour de 750000 afin de réaliser davantage contrat d’assurance vie à 1 million d’euros. d’économies d’échelle, ana- classique en fonds euro ne lyse Tanguy Polet, directeur
parent.


































































































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