Page 72 - EcoRéseau n°19
P. 72

www.ecoreseau.fr
n°19
ArT DE vivrE & PATriMoiNE L’Air du temps - La tendance lourde du running
Etude d'un sujet de loisir ou d'évasion pour en déterminer ses tenants et ses aboutissants, son évolution, ses innovations
Cours toujours !
Entre quête de perte de poids, détox’ mentale et affirmation de soi... Qu’est-ce qui les fait tous courir ?
il y eut le mythe grec Phidippidès portant son message de Marathon à Athènes, la sensation éthiopienne Abebe Bikila remportant les Jo de rome en 1960, puis, dans les an- nées 70 la création des grandes épreuves du genre à New-York, Berlin, Pa- ris... Autant d’actes fonda- teurs – un peu plus impor- tants en tout cas que les footing de Bill Clinton ou Nicolas Sarkozy – pour la course à pied. on aurait pu en rester là. oui, mais non. Certes, les quais de Seine, de Saône ou de Garonne ne possèdent pas la renom- mée de Central Park, mais le coureur à pied est devenu un runner et la vague a pris une ampleur considérable ces dernières années...
connaît bien les pavés pa- risiens et incarne cette ten- dance. « J’ai commencé le sport sur le tard, à 18 ans. Natation, karaté, danse, puis du ski et raquettes quand je suis partie au Canada... Courir ? J’ai toujours pensé que c’était le truc le plus
le côté sublimation reste prégnant : on fait son pre- mier 5km, son premier 10km, son premier semi... », analyse Stéphane George, directeur de New Balance France. le nombre de run- ners augmente, le nombre de courses et d’inscrits aussi.
un défi pour un semi-ma- rathon. J’ai d’abord appris à courir, c’est-à-dire à ne pas le faire n’importe com- ment, à trouver un rythme, à économiser mes forces, puis, tout s’est enchaîné. » Une référence de 3h19 au marathon, avant de mettre
compétences égales, une chef comptable maratho- nienneilyapeu.»leso- ciologue Patrick Mignot, chercheur au laboratoire de sociologie du sport de l’institut national des sports et de l’éducation physique, précise (1) : « La population
eux, sont davantage identi- fiés. Marie Gaymard le re- connaît : « La course ap- pelle la course et les runners sont amenés à en consom- mer. J’ai moi-même com- mencé très fort par trois entraînements par semaine. En fait, il faut courir, mais surtout ne pas en abuser. » Un phénomène de surme- nage classique dans le sport qui a un nom, comme le rappelle Jean-Philippe Al- laire : « La bigorexie est un écueil très connu du milieu, notamment chez les débu- tants ». reste que ce véri- table phénomène sociétal, encouragé par les messages de prévention autour du manger-bouger face à la sé- dentarisation et à la mal- bouffe, a encore de beaux jours devant lui. D’autant que le quantified self qui permet de mesurer, d’ana- lyser et de partager ses per- formances, exacerbe la ten- dance. Car, le runner est un consommateur. « Notre activité textile et accessoires est passée de 10 à 25% du CA en cinq ans », confirme Stéphane George. New Ba- lance est restée en retrait, se contentant d’un partena- riat avec Garmin. Mais Nike, reebok, Asics, Mi- zuno ou autre Brooks frap- pent fort sur les objets connectés. le bon vieux Polar et son podomètre des années 90 ont vu débarquer depuis quelques mois bra- celets, montres, trackers et
vAguE SoCiéTALE
Selon une étude publiée en 2014 par la Fédération fran- çaise d’athlétisme et Kantar Media, ils seraient 7,8 mil- lions à courir régulièrement, près de deux millions à chausser les baskets au moins une fois par semaine. Autant que ça ? « Ce sont des chiffres difficiles à vé- rifier, estime Jean-Philippe Allaire, l’un des organisa- teurs des mythiques 20km de Paris qui fêteront leur 37e édition à l’automne pro- chain. Ce qui est sûr, c’est que depuis cinq ans, la pro- portion de néo-pratiquants qui a rejoint les pelotons a évolué de manière massive. Leur profil ? Pas forcément des sportifs de la première heure, mais des gens qui ont entamé une pratique santé, à la fois pour se sentir mieux dans leur corps et pour évacuer le stress. La moyenne d’âge de ceux qui fréquentent notre course (plafonnée à 30000 inscrits chaque année, NDLR), elle, a diminué. Surtout, la pro- portion de femmes est pas- séede20à30%aucours des cinq dernières années. » Marie Gaymard, 30 ans,
« Et dire que certains courent près du périph’... »
chiant de la terre ! J’ai été obligée de m’y mettre quand j’ai voulu passer les tests d’effort pour entrer dans l’armée de l’air. Je ne suis pas devenue militaire. La course, en revanche, j’y ai pris goût. Désormais, elle structure mes journées, ex- plique la jeune femme qui arpente avec appétit bitume et chemins depuis trois ans, au point de devenir une blo- gueuse respectée via hot- steppers.fr. Ce qui me plaît ?
dès 2008 le cap sur le trail – « après avoir eu le senti- ment de plafonner sur route » – dont l’Ultra Trail du Mont-Blanc, course phare du genre. Un sport porteur de valeurs, aux yeux des autres, y compris dans le milieu de l’entreprise, comme le relève ce cadre sup’ qui disputera le Mara- thon des Sables début avril : « Le runner et à plus forte raison le marathonien ou
se tourne en majorité vers le 10km. Et n’oublions pas non plus qu’il y a, dans cette pratique, une réap- propriation des espaces ur- bains. »
Certaines d’entre elles sont bouclées quatre ou cinq mois à l’avance.
EFFET Commu-
nAuTé indéniAbLE
les réseaux sociaux agissent
comme un levier exponen-
tiel et font de ce sport indi-
viduel une discipline de
moins en moins solitaire et
de plus en plus communau-
taire, où les gens s’organi-
sent en groupe. liberté, fa-
cilité, plaisir de s’entretenir le trailer, incarnent l’effort,
déFERLAnTE dES objETS ConnECTéS les limites du phénomène ? Elles sont difficiles à dé- terminer, d’autant que l’une des grands forces du milieu est sa capacité à se réin- venter quasiment en per- manence : course sur route, course nature et trails, mais aussi Mud Day (challenge d’environ 13 kilomètres avec plus de 20 obstacles inspirés des parcours du combattant), Boost Battle (affrontement entre coureurs de différents quartiers), et autre Color run (course de 5 kilomètres la plus colorée du monde)... les risques d’une pratique assez addic- tive avec la libération des endorphines, la fameuse hormone du plaisir sportif,
body analyzers en to. genres, ou encore textile connecté comme chez Un- der Armour, sans oublier les milliers d’Apps où les géants, Nike en tête, se sont rendus indispensables. Connecté oK, mais atten- tion à regarder devant pour éviter le running... gag !
Le runner incarne l’effort, quelque chose d’exemplaire dans l’imaginaire collectif
us
Un plaisir qui arrive très vite sans avoir besoin d’être très fort. Se prouver que l’on peut faire un 10km, puis battre son temps, et s’aimer mieux... » Des ur- ban runners identifiés comme la cible « Metropo- litan » chez New Balance, dont le running est dans l’ADN. « Pour beaucoup,
de façon simple, progression rapide... Autant de clés du succès. « J’ai tout de suite trouvé un nouveau terrain de jeu », témoigne Bertrand lellouche, directeur finan- cier de New Balance France de 46 ans, tombé dans la course à pied en 2002 après un long parcours sportif. Je me suis fait embarquer dans
quelque chose d’exemplaire dans l’imaginaire collectif. Un peu comme celui qui porte la ceinture noire de judo ou de karaté. Cela pose une personnalité, induit de la détermination, un goût de l’effort, de l’endurance, une résistance à la pres- sion... C’est d’ailleurs sur ce point que j’ai recruté, à
(*) rFi, Emission « 7 mil- liards de voisins » du 23 octobre 2014
Olivier Remy
72
Avril 2015


































































































   70   71   72   73   74