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n°19
rH & ForMATioN
Carrières & Talents - Formation continue aux métiers d’ingénieurs
Xvie siècle, pour la bonne éducation de Gargantua. Se rapprochant ainsi de l’utopie éducative de Thélème chère à rabelais, les écoles se gar- dent aujourd’hui de tomber dans l’écueil utilitariste des formations. D’autant qu’elles ne veulent pas cantonner la certification des ingénieurs aux seuls besoins à court terme du monde de l’emploi. « Le cursus de tronc commun HuTech (Humanités et Tech- nologie), porté par le dépar- tement “Technologie et Sciences de l’Homme” de l’UTC, vise à réconcilier science, ingénierie, techno- logie et sciences humaines et sociales », explique Alain Storck. l’ingénieur doit donc être humaniste et philosophe, apte à intégrer les enjeux so- ciétaux et écologiques à la fois dans ses choix technolo- giques mais aussi dans son mode de management et dans ses prises de décision. Par prolongement, les sciences humaines irriguent ainsi chaque segment de la for- mation continue des écoles. A l’image du MS Génie in- dustriel de l’iNSA lyon, où l’économie expérimentale et l’économie comportementale contribuent grandement à faire évoluer le curriculum des for- mations dédiées au génie in- dustriel. les ponts avec les sciences humaines se déve- loppent. l’enseignement ac- tuel des humanités s’inspire aussi de l’esprit du « Grand Tour », qui, dans la lettre, consistait en une sorte de rite initiatique achevant l’éduca- tion de la noblesse au Xviie siècle. Certes, il ne s’agirait plus comme à l’époque de parfaire l’éducation des aris-
... quand l’ancien ingénieur reste dans son rôle initial et se laisse porter... sans tomber dans la
nager division ingénieurs chez robert Walters France. l’image de cette double com- pétence serait-elle sur le point de vaciller ? Au regard des taux d’insertion de la dernière étude APEC, on ne mesure d’ailleurs pas de différence fondamentale entre un ingé- nieur titré d’une double com- pétence et celui « seulement » doté de son diplôme principal. « La double compétence va améliorer les conditions d’em- ploi, le type de fonction oc- cupée et le niveau de salaires dans les combinaisons de for- mation : ingénieur et IAE, ou mastère spécialisé. Mais il ne faut pas penser qu’aux grandes écoles. Depuis la crise, les recruteurs vont na- turellement privilégier une connaissance secteur plus poussée », explique Pierre lamblin, directeur du dépar- tement Etudes et recherche de l’APEC. Malgré tout, les écoles continuent de recruter des ingénieurs envoyés par les entreprises pour sortir de la technique et quelques an- nées à faire de la r&D. En réponse, les nouvelles for- mations souhaitent ainsi adop- ter une double posture à la fois réceptrice des enseigne- ments liés aux SHS et au management mais aussi tour- nés vers une dimension tech- nique en adéquation avec les avancées technologiques. le département formation conti- nue de Grenoble iNP propose ainsi une nouvelle formation portée par Grenoble iNP et GEM, la formation « Manager technique » avec en options la micro-électronique et l’ef- ficacité des systèmes éner- gétiques. « Ce diplôme est né de l’évolution de nos deux parcours “passage cadre”, Formatech et Midep qui connaît sa dernière promotion cette année, remarque Jean- Marc Dedulle. On a fait évo- luer notre maquette pédago- gique pour que celui-ci puisse être reconnu niveau 1 au RNCP. C’est une formation à l’interface des sciences de l’ingénieur et du management. Ce diplôme intéresse non seu- lement les grands comptes tels qu’Areva, Schneider ou ST Microelectronics, mais aussi les PME pour faire évo- luer leurs salariés techni- ciens vers un statut cadre. » Et Gérard Drouet, directeur des MS et des Msc à Toulouse Business School, d’illustrer: « Les profils ingénieurs conti-
nuent beaucoup de nous sol- liciter sur les compétences managériales, marketing et commerciales. Le MS mana- gement de l’innovation se compose presque à 100% de scientifiques, dont 60% d’in- génieurs ». il ne s’agit donc pas seulement d’ajouter une ligne sur son Cv avec l’école « qui-va-bien ». les profils techniques sont aussi extrê- mement prisés dans la finance. « Dans les domaines de l’in- génierie financière, on exige des compétences mathéma- tiques très poussées. Notre partenariat avec l’INSA nous a ainsi permis de renforcer notre vivier pour ce type de formation », poursuit Gérard Drouet. rappelons enfin que les MBA (Master of business administration) ont été créés pour les profils scientifiques ou techniques en mal de ma- nagement. la véritable ques- tion n’est pas tant de se de- mander si la double compé- tence, ingénieur-manager vaut le coup. il s’agirait plutôt de se questionner sur les motifs qui poussent à le faire et sur la période pour l’accomplir. « 60% de nos participants à l’Executive MBA et 50% des étudiants de l’AMP (Adavan- ced Management Program) ont un background scienti- fique. Formaliser son regard business s’exacerbe vraiment au moment de rejoindre un COMEX. Mais quel que soit le programme, les entreprises veulent transformer leurs ca- dres. Ces formations permet- tent ainsi de réapprendre un mindset différent aux parti- cipants », précise Chantal Poty. Cette nouvelle compé- tence sera mieux valorisée après une première expérience solide. « Souvent, certains ingénieurs font un MBA pour changer de job et de société. Or, il vaut mieux valider son MBA durant son évolution au sein d’une même société et justifier ensuite d’une ex- périence associée au sein de cette même entité, avant d’en-
caricature toujours...
tocrates par le voyage et de parcourir le monde pour conserver son rang. Mais les séjours à l’étranger sont tou- jours autant d’occasions d’ap- prendre à être à l’aise dans des contextes sociaux et cul- turels divers. « La quatrième année spécifique à l’X est toujours l’occasion pour ses participants de partir en école de commerce. L’objectif pour nous, c’est de confronter les élèves à une culture différente. Nous invitons les élèves à
ment lorsque les profils scien- tifiques sont amenés à épouser une carrière de gestionnaire : « Parce qu’il grandit dans l’entreprise, l’ingénieur se doit d’intégrer une vision de marché. En particulier lorsque ces opportunités de carrière l’amènent à rejoin- dre un comex, explique Chan- tal Poty, directrice des pro- grammes exécutifs à l’EM lyon. On ne l’attend plus seulement sur son expérience technique et cela demeure
ingéniEuR-mAnA- gER : unE doubLE CASquETTE PASSéE dE modE ?
La création d'entreprises n'est plus le seul fait des écoles de commerce
Dans ces conditions, il est légitime de revenir sur la principale liaison des relations écoles d’ingénieurs et business schools : la fameuse double compétence ingénieur-mana- ger. « Une tendance de fond est à l’œuvre depuis une quinzaine d’années : les écoles d’ingénieurs dévelop- pent des parcours très orientés
privilégier certaines destina- tions : le Brésil par exemple. Côté élèves c’est encore ti- mide, mais les entreprises de- mandent de plus en plus d’in- génieurs confrontés à d’autres cultures et pas seulement la culture anglo-saxonne », il- lustre Frank Pacard. Cette question du multiculturalisme d’affaires resurgit inévitable-
une nécessité pour un di- plômé ingénieur de changer de point de vue. Qu’il s’agisse de nos programmes en marketing international ou en stratégie internationale par exemple, les profils scien- tifiques viennent y chercher à un moment de leur carrière une ouverture à la compé- tence managériale. »
vers le management général et l’entrepreneuriat, avec en toile de fond l’idée que les ingénieurs sont po- tentiellement de futurs chefs de service. On forme donc des profils se caractérisant par une forte agilité intellec- tuelle, aux dépens parfois des compétences techniques », nuance romain Doutre, ma-
Programme innovant
La Coding Academy pour combler la pénurie de développeurs
La France manque de plusieurs dizaines de milliers de déve- loppeurs. Et l’innovation ne se cantonne pas qu’aux seules start-up. Ionis Education Group et Epitech, école de l’innovation et de l’expertise numérique, viennent ainsi d’annoncer la naissance de leur dernier rejeton : la Coding Academy. Visi- blement il n’y pas que l’école 42 pour redistribuer les cartes dans la formation au digital. Nouvelle approche académique pour former des profils à l’innovation, la Coding Acamedy lancera sa première session, « Code & Go » de 30 à 50 per- sonnes de la mi-avril à la fin août. « Le digital est au cœur de toutes les mutations et les logiciels sont là pour y jouer un rôle d’accélérateur. La Coding Academy ambitionne de répondre aux questions liées à l’apprentissage du numérique, à la transmission des compétences et à la transformation
des profils éloignés de l’informatique qui n’ont pas l’opportunité de s’engager dans des cursus longs », présente Emmanuel Carli, DG d’Epitech. Le nouveau programme entend répondre aux besoins des entreprises en développeurs opérationnels. « On est parti du constat que l’enseignement intensif dans des technologies spécifiques, les “bootcamps”, n’est pas la bonne manière de faire car le monde du numérique est dés- ormais open source et worlwide tout en évoluant H24, 7j/7 ! D’où notre volonté de nous éloigner de tout technocentrisme. » Le programme se subdivise en trois axes d’apprentissage : les fondations (programmation langage C, méthodologie) le back-office (Introduction Serveur, autres langages, frameworks et plateformes) et front-end avec Java, jQuery et AngularJS.
un changement de
visager.
structure, conclut romain Doutre. Le candidat pourra ainsi prouver non seulement la mise en pratique de ses compétences acquises durant le MBA, mais en plus sa fi- délité à une entreprise qui lui aura permis de le faire. »
Geoffroy Framery
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Avril 2015


































































































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