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n°19
rH & ForMATioN Carrières & Talents - Formation continue aux métiers d’ingénieurs
Analyse d'une formation et de sa capacité à satisfaire les besoins des entreprises
Fabrique de caméléons
Sles écoles souhaitent toujours constituer des ingénieurs-managers, mais aussi des créateurs, des designers voire même des philosophes. Ce qui oblige à une sophistication de la formation continue.
’il lit aujourd’hui le à 45 ans, l’actuel participant l’obtention d’un MS décidé génieur-manager. Cela va Prince de Machiavel, d’un Exec-MBA cultive-t-il par son employeur et ses der- bien plus loin...Analyse.
Nicolas l., ingénieur toujours le sentiment d’être nières participations à des
dans le secteur énergétique, un éternel étudiant. Des dé- MooC dédiés à l’entrepre- RESPonSAbiLiTé
ne le fait pas pour son simple loisir. inscrit dans un Exe- cutive MBA, il sera rapide- ment interrogé prochainement sur les transferts possibles entre politique et management à l’échelle d’une ETi. Une vraie plaie pour Nicolas, ha- bitué à des concepts normatifs au sein de son bureau d’études, loin des sciences humaines et de leurs incerti- tudes. Mais, une nécessité au demeurant pour combiner ses compétences techniques à une vision stratégique de l’entreprise à l’heure de sa promotion en interne. Aussi
jeuners à la cafétéria de l’école de commerce en pas- sant par l’odeur rance carac- téristique d’une journée de réflexion en amphithéâtre, le cadre dynamique réinvente au quotidien ses madeleines de Proust estudiantines. Après une formation initiale menée dans une grande école dont il était sorti major de pro- motion en 1993, Nicolas pen- sait à tort que ladite formation et son réseau d’anciens se suffiraient à eux-mêmes pour mener sa carrière à son terme. Mais sa récente spécialisation dans les Smarts Grids par
neuriat pour ourdir une échap- patoire à la vie salariale le ramènent inlassablement à cirer le banc des écoles. Ni- colas, comme tant d’autres, a donc épousé un mode de vie qui cristallise les liens entre les différents acteurs de l’enseignement supérieur, afin de pourvoir les entre- prises en profils scientifiques hybrides, à la croisée des sciences humaines, du ma- nagement et de l’innovation technologique. En 2015, fini de cantonner la formation continue des scientifiques à la double-casquette de l’in-
SoCiéTALE ET TECHnoLogiquE
dES éCoLES
la carte d’identité de l’ingé- nieur évolue au gré de ses progressions de carrière. les programmes et les formations également. Au cœur des mu- tations inhérentes aux grandes écoles, la responsabilité so- ciale et sociétale des futurs scientifiques, techniciens ou ingénieurs, elle aussi, entre progressivement sur le devant de la scène. En ce sens, l’école et l’université sont autant de leviers d’aménagement du territoire à l’échelle du dé- partement ou de la région, voire même du pays. il im- porte ainsi à chaque école d’aborder des problématiques transversales pour une dura- bilité des modes de vie- trans- ports, énergie, ville durable, bâtiment, santé,...- et d’anti- ciper l’émergence de nou- veaux métiers et secteurs dont les enjeux sont à peine effleurés aujourd’hui, à l’image des médecins tech- nologues, des professions
Le nouvel ingénieur construit, gère, crée, prend les choses en main... sans tomber dans la caricature...
ple, tous les formats existent. De la gratuité d’un MooC aux MS, tous les choix sont permis en matière de spé- cialisation à ces nouveaux métiers. outre la formule di- plômante en cours du soir dispensée par le CNAM (cen- tre national des arts et métiers) accessible à des profils bac + 5, l’ENSAE-ENSAi pro- pose, par exemple, un certi- ficat de formation de 12 jours
nières de les penser. De ce constat émerge un nouvel impératif éducatif qui renforce les liens entre écoles d’ingé- nieurs et leurs consoeurs, les iAE (institut d’administration des entreprises), les univer- sités de sciences humaines et sociales ou encore les ins- tituts de sciences politiques. « Les métiers de l’ingénierie et leurs modes d’intervention subissent des évolutions ra-
Les formations scientifiques intensifient leur efforts pour conférer à leurs étudiants une agilité intellectuelle
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Avril 2015
liées aux smarts grids, aux mégadonnées, aux interac- tions entre les sciences dures, les arts, la culture et la tech- nologie audiovisuelle. oui, l’énumération donne un peu le tournis. « Les nouveaux métiers qui émergent sur le marché, à l’image des data- scientists, ou des ingénieurs- designers, attestent de la re- cherche d’expertises inno- vantes, souhaitée par les en- treprises », complète romain Doutre, Manager Division ingénieurs chez robert Wal- ters France. Pour le traitement des mégadonnées par exem-
pour la somme de 5 500 eu- ros. Télécom Evolution, or- ganisme de formation conti- nue du réseau télécom, pro- pose, lui, une formation de 25 jours – 10 600 euros. Quant à GEM, l’école pro- pose un MS de 15 mois pour les titulaires d’un bac + 4 avec 3 ans d’expériences ou d’un bac + 5. Cette com- plexité des enjeux exige des écoles qu’elles accélèrent leurs échanges avec d’autres acteurs de l’enseignement et de l’économie. or, les muta- tions socio-techniques évo- luent aussi vite que les ma-
pides et conçoivent des si- tuations d’activités plus que des dispositifs techniques. Ces situations intègrent des solutions techniques mais aussi des prescriptions or- ganisationnelles et sociétales, des schémas d’usage, voire une idéologie particulière de la technique, comme l’allo- cation des rôles entre l’homme et la machine par exemple », détaille Alain Storck, directeur de l’UTC (Université technologique de Compiègne). Au-delà du ba- gage généraliste et des pré- requis techniques et mana-


































































































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