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n°19
rH & ForMATioN Réseaux et influence - Les dîners du Siècle
Décryptage d'un groupement ou cercle en particulier, de son dynamisme et de sa capacité à favoriser le networking
A table !
l e point commun en- tre Nicolas Sarkozy, Martine Aubry, Da- vid Pujadas, l’historien Pierre rosanvallon ou encore le chef d’orchestre Jean-Claude Casadesus ? Tous se sont assis au moins une fois aux tables du Siècle. raillé comme étant « le spectre » – le syndicat du crime en- nemi juré de James Bond – par les Guignols de l’info ou vilipendé par le reportage sur « les nouveaux chiens de garde » réalisé par Gilles Balbastre et Yannick Ker- goat, le Siècle regroupe au- jourd’hui plus de 700 mem- bres qui forment notre élite. Plus qu’une peinture suran- née de l’oligarchie contem- poraine, sa vie associative entend faire rencontrer les meilleurs de chaque camp politique et de chaque facette du pouvoir pour des éclai- rages mutuels. Ne prétendant pas être un cénacle enfermé dans sa tour d’ivoire, le Siè- cle fait surtout sauter de nombreux verrous lors de ces repas où la séparation des pouvoirs est floue et les contours de l’élite difficiles à circonscrire. Décryptage.
EcoRéseau vous convie dans cette antichambre du pouvoir.
par Gérard Worms, ancien
mée et les intellectuels qui y ont désormais une plus grande place.
Constamment décriés, les dîners du Siècle perdurent. Secrets et quasi-impénétrables pour les non initiés, ces rassemblements mensuels de nos élites fascinent autant qu'ils consternent.
président du Conseil d’Ad- ministration de 1999 à 2001, lors d’un entretien avec l’his- torienne. la soirée se termine généralement vers 22h45. raisonnable, même si un « after » au bar est prévu pour jouer les prolongations !
CommEnT
S’y inTRoduiRE ?
le Siècle se donne égale- ment pour mission d’être un tremplin pour les talents dont l’origine sociale et le par- cours ne leur permettent pas de « réseauter » dans les antichambres du pouvoir. Malgré des intentions loua- bles, le système de coopta- tion reste hyper-select dans une association où l’on ne peut pas s’introduire soi- même. les membres sont élus par leurs pairs par scrutin à bulletin secret, après deux séries de votes. Dans ses tra- vaux de recherche, Anne- Marie Fugier reprend les pro- pos de Gérard Worms : « Ce n’est pas l’Académie Fran- çaise mais la procédure est lourde. Il suffit que l’un d’en- tre nous dise : « Vraiment, je ne crois pas que celui-là puisse siéger parmi nous » pour que nous suspendions l’examen en cours ». Un tri sélectif qui se caractérise aussi par la volonté de ras- sembler des profils amenés à connaître un avenir brillant. la suite n’est pas non plus aisée. le nouveau convié sera finement observé lors de son premier repas. Last but not least, si la personne incarne l’esprit de l’institu- tion, cette dernière aura le privilège d’être invitée à plu- sieurs reprises. « Ce n’est qu’à l’issue d’un an de pré- sence et d’au moins quatre dîners que le Conseil d’ad- ministration peut statuer sur une éventuelle admission comme membre actif », sou-
SoRTiR dE LA PoLiTiquE PoLiTiCiEnnE
Au XiXe siècle, les femmes fréquentaient les salons ; les hommes, les cercles, les res- taurants et les cafés. Si au- jourd’hui, les sociabilités se sont entremêlées pour ne plus cantonner la femme de bonne famille à son rôle de ménagère et de metteur en scène de la vie sociale, les fondements et les missions de ces dîners rassemblant les élites demeurent. l’esprit de salon tombé en désuétude dès avant la fin de la Seconde guerre mondiale, le constat de cloisonnement de la so- ciété politique avec notam- ment la société civile s’est rapidement fait sentir au sein des élites. « Opérer ce dé-
quid dE L’oRgAniSATion ? organisés à l’origine au do- micile de Bérard-Quélin, si- tué cité vaneau, les dîners
« Quel verre pour le vin ? Un couteau pour le foie gras ? Oh je suis mal... »
unE SoCiéTé APoLiTiquE ET
« A-CommERCiALE » le processus de cooptation perdure aussi depuis sa créa- tion. il s’agit d’avoir une juste représentation des mi- lieux professionnels et des sensibilités politiques. A deux exceptions près : les com- munistes se sont vu interdire l’accès à ces rassemblements jusque 1981, date qui fait écho également à l’arrivée de la gauche à l’Elysée. les « frontalement nationalistes », eux, restent encore au- jourd’hui au banc des refou- lés. « L’association ne se veut ni de gauche, ni de droite mais essentiellement répu- blicaine. Elle a le souci de servir la qualité du débat ci- vique et de soutenir le système parlementaire », complète Anne Martin-Fugier. Tout comme le Siècle ne souhaite pas provoquer de rencontres prétextes à des contacts com-
cloisonnement a été l’objet principal de la création du Siècle, analyse l’historienne Anne Martin-Fugier, spé- cialiste de la sociabilité des élites. Les créateurs ont voulu établir un lieu de ren- contre entre hommes poli- tiques, hommes d’affaires et autres composantes de la société civile comme les in- tellectuels, universitaires, mondes de l’art ou de la science. » A l’origine de l’association, Georges Bé-
Chauveau, à l’occasion du passage au XXie siècle. Aujourd’hui, ces réunions divisent encore. Aréopage de comploteurs ou lieu de rencontre inter-disciplinaire ? A vous de voir, le « Siècle leak » ayant déjà eu lieu en 2010*.
mensuels en 2015 et ont lieu le quatrième mardi du mois. l’apéritif, de 20h à 21h, reste le moment décisif pour bénéficier de l’effet coupe- fil et s’introduire dans un moment d’échanges, régis par une règle tacite, faits d’amabilités et de services dont les dires ne seront ex- ploités hors les murs qui ac- cueillent l’association. « La table idéale réunit un diri- geant d’entreprise, un ban- quier, un haut fonctionnaire,
La table idéale réunit un chef d'entreprise, un banquier, un magistrat, un membre de cabinet ministériel, un politique, un journaliste, un artiste et un intellectuel
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(*) le site Cryptome.org, à la manière de Wikileaks, a publié la liste complète des invités du Siècle du 27 jan- vier 2010.
Geoffroy Framery
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Avril 2015
l’économie et dans l’univers des médias », comme le mentionnait la brochure commandée par le Conseil d’Administration de l’asso- ciation à l’historienne Agnès
Paris, dans les locaux du Cercle de l’Union interalliée. Dans la formule, peu de choses ont évolué quant à l’organisation de l’associa- tion : les dîners sont toujours
sations de style café de com- merce (sic), où il n’y a pas de valeur ajoutée et à l’in- verse, faire parler les gens du secteur qu’ils connaissent bien », selon les propos tenus
l’ostracisassion a perduré pendant 34 ans, de 1949 à 1983... Depuis lors, outre des femmes de pouvoir, l’asso- ciation étend ses entrées à l’Eglise, la magistrature, l’ar-
rard-Quélin, également fon- du Siècle ont ensuite démé- un magistrat, un membre de merciaux. Notons également dateur de l’agence Société nagé à plusieurs reprises : cabinet ministériel, un poli- que l’association n’a pas non générale de presse, ambi- boulevard Saint-Germain, tique, un journaliste et un plus souhaité accueillir en tionnait à sa création en 1944 face au Palais Bourbon, puis artiste ou un acteur de la son sein de femmes à partir de « satisfaire les besoins à l’Automobile Club de vie intellectuelle », dépeint de 1949. Une raison pour la- d’informations spécifiques France, place de la Concorde Anne Martin-Fugier. la soi- quelle, robert Badinter, an- de ceux qui détiennent le pour désormais avoir lieu, rée continuera alors à table cien garde des Sceaux, a fait pouvoir de décision au sein depuis peu, au 33 rue du avec une règle du jeu à res- partie de la courte liste des de l’Etat, dans le monde de Faubourg Saint-Honoré, à pecter : « Eviter les conver- démissionnaires du Siècle.
ligne l’historienne.

