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n°19
STrATÉGiE & iNNovATioN NUMÉriQUE Business Story - LDR Médical, de Troyes aux Etats-Unis Retour sur l'histoire d'une entreprise française que les innovations portent vers les marchés internationaux
De Troyes au Nasdaq
Fondée il y a 15 ans par trois passionnés, la PME auboise, spécialiste des implants du rachis,
l e mal du siècle. Dou- loureux pour les pa- tients, le mal de dos est aussi une promesse d’in- novation pour ceux qui ima- ginent des solutions pour le soulager. Christope lavigne, Hervé Dinville et Patrick ri- chard s’y sont essayés il y a 15 ans. Passionnés par la co- lonne vertébrale, les trois spé- cialistes travaillent déjà dans le secteur des implants ra- chidiens, et décident alors de créer une entreprise qui porte leurs initiales, lDr Médical. l’histoire commence un peu avant l’an 2000 avec une idée : développer des pro- thèses du rachis plus mobiles. ils ne vont pas seulement les améliorer, ils vont les révo- lutionner. À cette époque, ils
désormais cotée au Nasdaq compte aujourd’hui plus de 300 salariés. récit.
ne le savent pas encore.
tique sont souvent plus ouverts aux innovations, impossible de faire entrer sur le territoire un produit sans l’approbation de la très puissante Food and Drug Administration (FDA, Agence américaine des pro- duits alimentaires et médica- menteux). l’étude clinique qui permettra de décrocher le sésame pour la première prothèse de disque cervicale à deux niveaux commence donc pour lDr. 600 patients sont opérés et suivis scienti- fiquement. les sous-traitants français sont encore plus stric- tement contrôlés. « Leurs exi- gences sont beaucoup plus grandes que les normes eu- ropéennes », souligne Éric vigneron qui accueille les re- présentants de la FDA à plu- sieurs reprises sur le site de fabrication des implants à Troyes (Aube). les investis- seurs aubois et champarden- nais ne suffisent plus. le groupe rothschild, qui s’était également intéressé au projet, non plus. Pour soutenir le dossier d’homologation, l’en- treprise lève un capital de 25 millions de dollars auprès d’un capital risqueur califor- nien. Un pari qui aboutit en août 2013 : la FDA approuve le produit. la Mobi-C devient alors la première prothèse de disques cervicaux à plus d’un niveau implantable sur le sol américain. l’ascension est programmée. Quelques mois plus tard, en octobre, lDr fait son entrée à la Bourse américaine, à 15$ l’action. le cours de la petite française au Nasdaq s’envole de 29% dès la première journée. le chiffre d’affaire de lDr avoi- sine alors les 112 M$. En 2014, il atteint « 141 M$ », en hausse de « 26,6% » selon le dernier communiqué du groupe.
un nouveau siège social, plus grand, est en construction en banlieue de Troyes et les in- génieurs r&D travaillent sur les implants de demain, encore plus faciles à poser. Pourtant, les produits ne sont toujours pas remboursés en France. « Les études américaines montrent que le produit LDR est deux fois plus rentable que les autres, car le patient se remet plus vite, consomme moins de médicaments, et consulte moins de spécialistes, mais en France, on continue de rembourser les anciennes méthodes car les gens ont très peur de prendre des dé- cisions innovantes qui pour- raient engager leur respon- sabilité », avance Thierry Du- four. Une dizaine d’hôpitaux en France, dont celui d’or- léans où il exerce, ont choisi d’investir dans les produits lDr. « Il est scientifiquement prouvé que le patient va mieux, il est donc normal que LDR cartonne aux États- Unis : les Américains ont beaucoup de défauts, mais ils savent compter ! Ils ont compris que ces produits ont de l’avance », tranche le neu- rochirurgien, qui parcourt dés- ormais le monde pour former les spécialistes de nombreux pays à la pose de ces roY- T, Mobidisc, Easyspine, C- Plate et autres implants que l’on espère ne jamais voir de près. « C’est tellement sympa de dire à un patient « je vais vous guérir », cela n’existe pas ailleurs », se réjouit le chirurgien, qui perçoit chez les fondateurs un esprit « meil-
PREmiERS TâTonnEmEnTS
« La première fois que Patrick Richard est allé voir un chi- rurgien en lui présentant le projet, celui-ci lui a répondu, « vous êtes fou » », raconte Éric vigneron, qui a vite re- joint les trois fondateurs en tant que directeur général ad- joint. la pose d’implants à proximité de la colonne ver- tébrale ou de la moelle épi- nière est en effet toujours ris- quée. Pourtant, ils n’aban- donnent pas et s’entourent de chirurgiens pour concevoir un produit adapté à leurs at- tentes. En 2002, la PME troyenne édite sa première facture. la prothèse dévelop- pée par lDr permet désor- mais au chirurgien d’intervenir sur les cervicales sans devoir les « fusionner », en restaurant leur mobilité. « Les propriétés biomécaniques de leurs im- plants ont été faites en tenant compte de la nature », détaille Thierry Dufour. le neuro- chirurgien du centre hospita- lier régional d’orléans, col- laborateur de lDr sur la par- tie clinique, fut le premier au monde à poser une prothèse lDr Médical. « Ce n’est plus le patient qui s’adapte à
58 Avril 2015
« Quelque chose me dit que je vais bientôt faire connaissance avec les produits LDR... »
la prothèse, mais bien la pro- thèse qui s’adapte au patient : ils ont réussi à comprendre cela et à inventer une prothèse maligne », se réjouit-il. « Nous avons beaucoup réfléchi à la
les implants en forme de « boule » des années 60, ce sont désormais deux plateaux en chrome-cobalt qui entou- rent un noyau en polyéthylène. le plateau s’appuie sur le
RêvE AméRiCAin
Les études américaines montrent que le produit LDR est deux fois plus rentable que les autres, car le patient se remet plus vite
ce ». Au-
Forte de cette innovation, lDr voit plus grand. Chris- tophe lavigne déménage à Austin (Texas) pour tenter de pénétrer le marché américain,
leur ouvrier de Fran. jourd’hui, l’entreprise compte huit entités (USA, Chine, Brésil, Allemagne, Belgique, Espagne et Corée du Sud) et plus de 300 salariés à travers le monde. 200000 patients, dans 36 pays du globe, vivent aujourd’hui avec ces prothèses conçues en France.
“visserie” pour obtenir des produits qui conviennent aux os plus ou moins durs des patients », décrit Éric vigne- ron dans une intervention à la technopole de Troyes. Fini
noyau et garde toute sa mo- bilité. Une « soudure » qui permet au patient de retrouver des postures que le mal de dos lui empêchait d’adopter.
le terrain de jeu des géants Johnson & Johnson et Med- tronic. « C’est le premier marché mondial », expliquent alors les fondateurs. Mais, si les chirurgiens outre-Atlan-
FAiRE ACCEPTER L’innovATion
« Une année fructueuse », commente Christophe la- vigne dans le même com- muniqué. Pendant ce temps,
Lucie Tanneau


































































































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