Page 28 - EcoRéseau n°19
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n°19
ClUB ENTrEPrENDrE Interview croisée - Réseaux d’accompagnement des entrepreneurs
Des accoucheurs aux développeurs
Ces réseaux qui détectent, forment, financent et suivent les entrepreneurs doivent désormais les aider à se développer...
Quelles évolutions observez-vous au fil des années dans la création d’entreprise ?
diplômés et pas forcément décrocheurs, pour les inciter. 10% des 5800 créateurs que nous aidons viennent déjà des quartiers. Nous assistons aussi à une renaissance des coopératives. il y a 20 ans les coopératives ouvrières fleu- raient le XiXe siècle ; au- jourd’hui de plus en plus de sociétés sont reprises par leurs ouvriers. De même l’émergence de la finance
Dans chaque numéro, EcoRéseau s'intéresse à deux dirigeants/entrepreneurs qui ont un point commun ou une différence fondamentale, afin de connaître leur opinion sur la stratégie, l'innovation, la communication et de montrer
qu'il existe plusieurs manières de manager
DP : Premièrement l’inno- vation, pas forcément dis- ruptive, n’a jamais été autant au centre des préoccupa- tions. Et la technologie ap- partient plus au processus de création. Cela change la na- ture des gens que nous croi- sons, toujours plus diplômés,
La co-construction est privilégiée, quand il y a 15 ans nous fuyions les équipes de créateurs David Pouyanne
et leurs attentes en matière d’accompagnement. Deuxièmement la co- construction et le collabora- tif sont privilégiés aujourd’hui quand nous fuyions les équipes de créa- teurs – « sources de pro- blèmes»–ilya15ans. Troisièmement des phéno- mènes de modes surviennent dans la création : au début des années 2000 la bulle in- ternet a évidemment créé des vocations sur le Net, puis il y a eu les services à la per- sonne. Nous vivons au- jourd’hui l’ère des applications mobiles.
participative est une bonne nouvelle pour les projets d’ESS que nous soutenons. Enfin nous assistons à une renaissance des territoires ruraux et périurbains dyna- misés par des entrepreneurs (commerces, boulangeries, coiffeurs...).
©Patrick ALVES PHOTOGRAPHY
miliaux, beaucoup de temps et d’énergie... et le brin d’in- conscience nécessaire pour se lancer !
Quel est le positionnement des différents grands réseaux d’accompagnement ? DP : Pôle Emploi, les collec- tivités territoriales apportent du soutien et de l’aide. il faut aussi compter les acteurs fi- nanciers, comme Bpifrance, CDC... Existent bien sûr les réseaux consulaires qui ont un rôle de formation – aidant par exemple l’artisan en herbe à obtenir un diplôme – et d’aiguillage vers nos structures. il y a aussi les ré- seaux associatifs – dont les cinq principaux sont BGE réseau, réseau Entrepren- dre, France Active, initiative France et l’Adie. BGE ré-
©DR
représentant chacun en po- tentiel 13 emplois, accompa- gnant avec nos membres des entreprises à fort potentiel de croissance. Nous accordons des prêts d’honneur de 30000 euros en moyenne,
CS : le profil du public que nous soutenons s’est trans- formé, passant de travail- leurs sociaux à l’expérience personnelle forte – mais sans vraie connaissance du mana- gement – à des diplômés d’universités et grandes écoles. Nous ressentons aussi sur le terrain que les jeunes sont de plus en plus tentés par la création d’entre- prise. or les études montrent que 37% d’entre eux ont envie de se lancer, mais que seulement 6% passent à l’acte. Notre but est donc aussi d’aller voir les jeunes dans les quartiers populaires,
GS : la moitié du public au- quel nous nous adressons est la génération Y, qui n’a plus les mêmes préoccupations que la précédente. les jeunes accordent plus d’im- portance à leur qualité et rythme de vie, étant prêts à gagner moins d’argent s’ils sont plus libres. De même ils sont plus tournés vers le nu- mérique en ce qui concerne l’apprentissage, besoin au- quel nous répondons avec notre bureau virtuel. Ces créateurs sont désormais tournés vers la collaboration. Nous organisons donc des speed meetings, forums, ate- liers : un de nos experts donne par exemple des conseils sur les réponses aux appels d’offres publics.
seau intervient plutôt en amont de la création, for- mant et s’occupant des rela- tions avec les organismes sociaux... l’Adie, qui est une banque, se tourne plutôt vers les gens qui sont en dif- ficulté sociale et apporte son aide par microcrédits et prêts rémunérés. France Active fi- nance et garantit dans l’éco- nomie sociale et solidaire. initiative France accom- pagne et finance des créa- teurs/repreneurs qui ont un effet masse en volume mais un faible potentiel en termes d’emploi : 96% créent seule- ment leur emploi. ils traitent 7000 dossiers, chacun syno- nyme de 1,8 emploi en moyenne. réseau Entre- prendre garde les grands principes édictés par son fondateur, André Mulliez : nous traitons 900 dossiers,
entrepreneur turc fondant une société maraîchère près de Montpellier, avoir discuté avec un frère et une sœur sans emploi créant une so- ciété d’ambulance, j’ai com- pris que la spécificité de
28 Avril 2015
CS : Après être allé sur le terrain, avoir rencontré un
DR : les jeunes prennent conscience qu’entreprendre au démarrage de leur vie professionnelle est en réalité une période favorable : en- core peu d’engagements fa-
mais dont l’effet de levier est de 20. Cela signifie que les lauréats peuvent obtenir 600000 euros auprès d’ac- teurs financiers qui se fient à la sélection de réseau Entre- prendre.
France Active était de soute- nir des chômeurs-créateurs (5800 l’an dernier), tout en accompagnant et finançant des acteurs de l’ESS (asso- ciations, coopératives, entre- prises solidaires, soit 1100 l’année dernière). Nous cou- vrons toute l’ESS, des pe-
David Pouyanne,
est depuis 2011 le 4e président du Réseau Entreprendre, fort de 80 implantations, 160 salariés,
et 5 000 membres bénévoles accompagnateurs
qui paient chacun une cotisation
de 2 000 euros en moyenne.
Christian Sautter,
ex-ministre de l’Economie sous Lionel Jospin,
est président depuis 2000 de France Active, réseau spécialisé dans l’Economie sociale et solidaire (ESS), qui, après 26 ans d’existence est fort de 550 salariés et 2 000 bénévoles.
En 2014 il a créé ou consolidé 33 000 emplois
37% des jeunes veulent entreprendre, seulement 6% passent à l’acte. Notre but est d’aller les convaincre Christian Sautter

