Page 16 - EcoRéseau n°19
P. 16

www.ecoreseau.fr
n°19
PANorAMA Grand Angle - 3 figures de la finance évoquent un nouveau système monétaire
les 3 sages parlent
© Jean-Loup Chaumet
Q« Des bienfaits d’un changement »
Jacques de larosière, Michel Pébereau et Jean-Claude Trichet se sont exprimés à l’institut de France le 2 mars 2015, au nom de l’Académie des sciences morales et politiques sur un éventuel nouveau système monétaire mondial. Evénement éclairant dont EcoRéseau est partenaire. Propos recueillis par Arthur Cohen
l’ex-directeur du FMi et ex-Gouverneur de la Banque de France Jacques de larosière expose les avantages indéniables qu’il y aurait à recréer
un système monétaire international. il en va d’une croissance pérenne.
uels qu’en soient ses principes et ses Tout système monétaire international a aussi modalités de fonctionnement, un sys- un effet harmonisateur des politiques monétaires : tème monétaire international est un l’existence d’une valeur-étalon, quelle qu’elle
« la création de monnaie [comme] un outil de croissance ». il faudrait de plus que les grands pays coordonnent leur politique économique et monétaire et que les principales banques centrales collaborent davantage. C’est pourquoi,
corps de règles cohérentes auquel la quasi- soit, exerce « une pression unificatrice sur les
américaine n’a pas eu d’autre choix, en août 1971, que d’abandonner la convertibilité en or du dollar, amenant, dès 1973, toutes les devises à flotter (sans parité fixe ni stable).
totalité des États accepte de se soumettre. Un tel système peut reposer sur la conversion fixe
© Jean-Loup Chaumet
des monnaies en une valeur-étalon, sur une parité fixe entre plusieurs monnaies et une monnaie de référence, ou sur une parité stable entre les devises nationales et un panier de de- vises ; mais quelle que soit sa forme, tout système monétaire comporte de nombreux avantages dont le plus évident est de stabiliser
politiques monétaires de chaque État appar- tenant au système », observe Jacques de laro- sière. Par exemple, en proscrivant des situations de déficits courants prolongés, un système monétaire interdit aux décideurs nationaux d’instrumentaliser leur politique monétaire au profit de leurs objectifs économiques et les force à adopter des politiques monétaires et économiques compatibles.
Faut-il conclure de l’échec successif de ces deux systèmes qu’il faille renoncer aux nom- breux avantages qu’offre un véritable système monétaire international ? Certainement pas, affirme avec audace l’ancien Directeur général du FMi qui, réaliste, considère que « les condi- tions pour réparer le système monétaire inter- national ne sont pas réunies aujourd’hui ». En effet, pour rétablir un ordre international, il faudrait au préalable que les États acceptent de réduire leur endettement et cessent de concevoir
évolue
Pour ce faire, il faudrait au préalable que les États cessent de concevoir la création de monnaie comme un outil de croissance
l’étalon-or, qui a prévalu durant toute la deuxième moitié du XiXe siècle et jusqu’en 1914, est l’exemple le plus achevé de système monétaire international : la convertibilité en or des monnaies induisait la fixité de leur parité et, de facto, un certain équilibre. Grâce à ce système, pendant plus de 50 ans, l’inflation a été maîtrisée (0,5% en moyenne) et la croissance satisfaisante (le PiB/habitant a augmenté sur toute la période davantage qu’entre 1972 et aujourd’hui). la valeur or ne pouvant être émise arbitrairement, les États n’étaient pas maîtres de décider de leur change. Bien sûr, « ce système était loin d’être parfait : son asy- métrie avantageait les pays créditeurs et obligeait les débiteurs à reconstituer rapidement leurs réserves d’or », concède le haut fonc- tionnaire. Toutefois ce n’est pas cette imperfection qui en explique l’effondrement, mais l’ampleur de l’effort de guerre et des dépenses militaires qui a placé les pays belligérants devant la né-
il semble vraisemblable que le monde. lentement vers « un système oligopolaire » dans lequel de plus en plus de devises (le dollar, l’euro, la livre sterling, le yen, mais aussi le renminbi et d’autres) compteront. Mais c’est aussi pourquoi il est capital de contrer cette tendance chaotique et de recréer un véritable système monétaire international, dont la mise en œuvre favorisera une croissance mondiale stable, pérenne et équilibrée.
le marché des devises. Cette stabilité rassure les acteurs – publics et privés – qui éprouvent moins le besoin de se garantir contre les risques de change et réduit en conséquence la fantaisie des concepteurs de produits structurés dont un très grand nombre est proposé pour prémunir les acquéreurs contre l’évolution inattendue des cours d’une ou plusieurs devises par rapport aux autres. limitant de fait la complexité parfois excessive de certains produits structurés, tout véritable système monétaire a l’immense avantage de clarifier et d’assainir le marché.
cessité de recourir massivement à l’emprunt, et donc à interrompre la convertibilité en or de leur monnaie. C’est d’ailleurs ce même méca- nisme de l’endettement causé par l’explosion des déficits publics et privés qui a aussi causé l’échec de cet autre grand système monétaire international, mis en place par les accords de Bretton Woods et dans lequel l’étalon n’était plus l’or mais le dollar (devise elle-même convertible en or). Face aux dépenses nécessaires pour soutenir l’effort de guerre au vietnam et une politique sociale progressiste, l’administration
16
Avril 2015


































































































   14   15   16   17   18