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n°19
PANorAMA Grand Angle - Réformes du système monétaire international
L'occasion pour EcoRéseau d'enquêter sur le sujet principal du panorama, politique, sociétal ou macro-économique
Qui veut la peau du billet vert ?
la crise financière nous pousse-t-elle à réformer le système monétaire international ? l’Académie des sciences morales et politiques a ouvert le débat dans un colloque organisé début mars. Ecoréseau s’y associe en campant les 5 grands
1- qui CRéE LA monnAiE ?
Notre monnaie ne tombe pas du ciel, elle est créée par notre système bancaire lors d’un acte de crédit. Avant le crédit, elle n’existe pas. on explique au- jourd’hui dans les cours de gestion que le crédit fait le dépôt et non l’inverse. « Ulti- mement et de toutes les façons, la devise vient de la banque centrale. C’est elle qui finance tout », explique Jean-Baptiste Bersac, qui travaille sous la direction du professeur Jacques Sapir à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, auteur de L’irrésistible ascen- sion de la devise (ilv éditions). les banques centrales sont des inventions étatiques destinées à créer et injecter des liquidités dans le pays, comme des euros, des dollars ou des francs. le plus souvent, ces opérations sont destinées à financer la puissance publique. Dans la
plupart des pays développés, ces monnaies sont légales et obligatoires. « Notre devise ac- tuelle est la principale monnaie acceptée en paiement au Trésor de son Etat, à commencer par le paiement des taxes. C’est pour cette raison que nombre de personnes sur le territoire ont « confiance » en la valeur de cette monnaie : elle est in- dispensable au paiement des impôts, eux-mêmes obliga-
pièces ou objets en or et en ar- gent, sel, blé, troc, quand il ne s’agissait pas d’hommes (es- clavage), de bêtes ou de butins issus des trésors religieux. les modes et les besoins variaient selon les régions. Si l’Etat dé- finissait des unités monétaires (la livre tournoi, etc.), sa devise n’était pas légale et obligatoire. Au 19e siècle encore, « la grande masse des moyens de paiement métalliques et com-
question de la liberté monétaire : ne peut-on laisser davantage les populations et les agents économiques choisir les mon- naies d’échange dont elles ont besoin ?
enjeux auxquels devront répondre décideurs et régulateurs dans les années qui viennent.
Le privilège exorbitant conféré au dollar ne garantit pas la stabilité du système monétaire international
2- EST-iL bESoin d’unE monnAiE- éTALon ?
la réponse n’est pas évidente au regard de la liberté moné- taire relative qui régnait
toires », explique Jean-Baptiste Bersac. il n’en a pas toujours été ainsi. En effet, jusqu’à ré- cemment, les sociétés humaines utilisaient simultanément dif- férents modes de paiement pour solder leurs comptes :
L’évènement du 2 mars
merciaux échappe à l’emprise de l’Etat », affirme le professeur Patrice Baubeau, auteur d’une thèse sur Les cathédrales de papier ou la foi dans le crédit (bibliothèque universitaire de Nanterre). voilà qui pose la
jusqu’au XiXème siècle, et qui n’a pas entravé le développe- ment des sociétés. Néanmoins, un étalon monétaire unificateur est souvent nécessaire pour faciliter les échanges. « L’éta- lon-or a été le système moné- taire international le plus achevé, affirme l’ancien di- recteur du Fonds monétaire international de 1978 à 1987, Jacques de larosière. Il était un système de discipline col- lective partagée. L’étalon-or avait empêché les gouverne- ments de financer leurs dé- penses par l’inflation. » Chaque billet émis par un Etat était en effet échangeable contre son or, ce qui le forçait ainsi à limiter sa propre création de devises. Cependant, la course aux armements et l’ex- plosion des financements qu’elle suppose dans la pre-
Vision américaine du grand mécano monétaire mondial...
« Recréer un système monétaire international »
L’Académie des sciences morales et poli- tiques souhaite peser dans la réflexion pour définir les nouveaux objectifs du Développe- ment durable des Nations Unies. Elle a donc organisé une conférence sur les moyens de changer le système monétaire. Des interve- nants experts se ainsi rendus à l’Institut de France qui regroupe les cinq académies dont un membre éminent, le philosophe Jean Baechler a déclaré qu’ « une contrainte s’im- pose aux acteurs comme une donnée objec- tive et impérieuse de leurs calculs stratégiques, favorisant l’exercice de la li- berté, la réduction de l’incertitude, le contrôle de l’exubérance et la prévention de la pa- nique ». Dès lors Jacques de Larosière, Michel Pébereau et Jean-Claude Trichet ont réalisé une synthèse de leurs travaux communs, qui
sera portée aux Nations Unies. Ils ont imaginé un nouveau cadre international visant à as- sainir les pratiques des Etats, des banques et des traders, sous l’œil bienveillant de Chantal Delsol, présidente de l’Académie des sciences morales et politiques. Pourquoi un tel débat en ces lieux ? Créée en 1795, l’Académie a pour vocation l’étude de l’homme et de sa vie en société, dans le but d’en perfectionner l’organisation grâce à une meilleure compréhension des règles qui la gouvernent.
sur le marché des changes », constate Jacques de larosière, et ce système a tendance à provoquer des déficits struc- turels chez les uns, des excé- dents structurels chez les autres. Mais un étalon existe : le dollar américain. En dépit du caractère flottant des devises, il demeure la première mon- naie mondiale pour les échanges. Ainsi, par exemple, un pays qui ne possède pas de dollars aura toutes les peines du monde à acheter du pétrole à l’étranger.
ses 20 millions de morts, le Japon connait la terreur d’Hi- roshima et de Nagasaki, la Chine ou le Brésil n’ont pas encore émergé... les Etats- Unis imposent alors le dollar comme devise-étalon à Bret- ton Woods : seule la monnaie américaine est convertible en or, et toutes les autres devises mondiales ne sont convertibles qu’en dollar. le monde entier a donc besoin de dollars. Si, en 1971, Washington fait dé- faut sur ses obligations en or et suspend la convertibilité inventée à Bretton Woods, le dollar demeure. Tous les pays du monde possèdent des dol- lars et s’en servent notamment pour acheter des matières pre- mières.
ème
mière moitié du XX siècle,
3- PouRquoi LE doL- LAR dominE-T-iL LES éCHAngES inTERnA- TionAux ?
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Avril 2015
Matthieu Camozzi
couplée à l’apparition d’un Etat-providence de fait, mar- queront la fin du régime. Au- jourd’hui, l’or ne constitue plus un étalon. le marché des changes se charge de définir au jour le jour une nouvelle parité entre les différentes de- vises étatiques mondiales. on dit qu’elles sont « flottantes » entre elles. Cependant, « l’im- portateur doit se procurer la monnaie du pays exportateur
C’est l’histoire d’un pays sorti intact de deux Guerres mon- diales et qui est momentané- ment devenu l’usine et le gre- nier du monde. C’est l’histoire d’un pays qui a récupéré les deux tiers de l’or mondial en 1945 grâce à ses exportations. En 1945, l’Europe est en ruines, l’Union soviétique – qui a vaincu les puissances de l’Axe (le front de l’Est concentrait les deux tiers des troupes allemandes) – enterre
l’avantage que confère ce monopole aux Etats-Unis est gigantesque : « Les dollars ne sont pas d’utilité à Bonn, à Tokyo ou à Paris. Le même jour [où ils ont été reçus], ils sont reprêtés sur le marché monétaire à New-York [en vue d’en obtenir une rémunéra- tion] », note Jean-Baptiste Bersac. résultat : le gouver- nement et l’économie améri- cains sont de fait financés par


































































































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