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Grand Angle - Réformes du système monétaire international PANorAMA
l’étranger. Et ce recyclage des dollars donne aux Etats-Unis une force de frappe financière exceptionnelle, qui sert ses in- térêts particuliers. A titre d’exemple, les encours sous gestion de Blackrock, le plus grand fonds d’actions au monde, sont deux fois supé- rieurs à la totalité de la capi- talisation des entreprises du CAC 40, et il les rachète petit à petit... Difficile de rivaliser
4- un SySTèmE d’éCHAngE ALTERnATiF PEuT-iL voiR LE jouR ?
ganisation centrale qui dis- poserait d’un dispositif de sanctions ». Mais qui contrô- lerait une entité supranationale aussi puissante ?
poussé les taux d’intérêts du pays à des niveaux élevés afin de rapprocher le franc du mark, un effort nécessaire de cohé- sion monétaire avant la fusion des monnaies germaniques et françaises dans l’euro. la zone de la Trilatérale – Etats-Unis, Japon, zone euro – connaitra- t-elle le même sort, avec l’ai- mable attention du dominant américain ? En clair, verra-t- on dans les prochaines années la création d’une monnaie commune « occidentale », qui écraserait le marché des changes mondial ? Mystère... Si les deux auditeurs confir- ment que Washington n’est pas prêt à lâcher sa domination monétaire, ils ne disent mot des efforts de la Chine et de la russie pour sortir du sys- tème dollar. le premier opère ainsi une politique très vo- lontariste pour attirer les ca- pitaux mondiaux vers le yuan : ouverture à Hong Kong d’un marché obligataire en yuan pour les entreprises étrangères, accumulation d’or afin de dé- passer les réserves américaines et donner davantage confiance dans le yuan, etc. Moscou a quant à lui répondu vigou- reusement aux sanctions fi- nancières lancées par Wash- ington pour priver la russie de dollars. En avril dernier, le président de la grande banque vTB annonçait que la priorité actuelle du système bancaire et du gouvernement russes était de « passer im- médiatement au rouble dans les opérations extérieures ». En août, le producteur Gaz-
Travaux soumis aux Nations Unies
Réconcilier éthique et finance,
exercice ardu
Les éditions Hermann parrainent cette manifestation de l’Académie des sciences morales et politiques parce qu’elles en publient les travaux, mais aussi parce que son P-Dg, Ar- thur Cohen, a présidé les travaux de la commission visant à améliorer l’éthique des acteurs financiers, à laquelle ont ac- tivement participé Jean Baechler, Jacques de Larosière et Jean-Claude Trichet ainsi que 750.000 professionnels dans le monde et des centaines de chercheurs. Ces réflexions ont débouché sur le rapport « Ethique et Finance - Recherche de solutions pratiques pour l’assainissement des comporte- ments financiers et la définition en 2015 des futurs Objectifs pour le Développement des Nations Unies », remis aux Na- tions Unies en juin 2014: «Il s’agit avant tout d’un lobbying intellectuel [...] Le rapport propose des mesures directement applicables par les banques (privées, d’investissement et de détail) et qui n'engendrent pas pour elles de coûts supplé- mentaires. Nos recommandations ne sont nullement mar- quées idéologiquement et transcendent les normes contingentes en vigueur dans certaines zones géogra- phiques. L'éthique, telle que nous la concevons, bénéficie certes aux citoyens consommateurs de produits et services financiers, mais aussi aux professionnels eux-mêmes. Le pro- chain rapport sera spécifique aux banques de détail et à leurs opérations courantes », explique cet éditeur-philo- sophe qui assure que « le secteur financier ne peut que s'en- richir des apports de la pensée normative ». Celui qui a été introduit par la Cifa, ONG qui a un pouvoir consultatif aux Nations Unies, s’est engagé à porter le rapport, ainsi que les propositions formulées le 2 mars, à la 3e Conférence Inter- nationale sur le Financement du Développement organisée par les Nations Unies en juillet 2015 à Addis Abéba.
Matthieu Camozzi
de Bâle suggère que le montant de fonds propres soit ramené dans notre cas à 1 euro en 2019, soit une multiplication par cinq. Autre innovation ma- jeure, les banques vont être te- nues de posséder des liquidités suffisantes pour faire face aux retraits de leurs clients durant 30 jours. Pour respecter ces nouvelles réglementations, dont certains détails sont encore en discussion, les banques devront sans doute réduire considéra- blement les prêts qu’elles ac- cordent dans l’économie, s’in- quiète Michel Pébereau. C’est toute la structure du marché de la dette qui pourrait se re- tourner, et provoquer une ré- cession déflationniste. les
il ne semble faire aucun doute, au vu des interventions de Jacques de larosière et de Jean-Claude Trichet, qu’une partie de l’élite financière mon- diale souhaite diversifier le système monétaire mondial. « Il est peu probable que la première puissance écono-
Quoi qu’il en soit, les deux fi- nanciers jugent un tel montage peu probable dans le contexte de domination américaine ac- tuelle. Alors ? « Il faut trouver une politique plus réaliste pour le moment. Il serait par exemple possible de développer le Droit de tirage spécial du FMI », avance Jean-Claude Trichet. Un Droit de tirage spécial (DTS) composé des six plus grandes devises mondiales, où le yuan chinois devrait faire une « entrée probablement proche ». le DTS est une unité de compte émise par le FMi, mais elle n’est pas une devise. Elle pourrait être utilisée pour effectuer des opérations de compensation entre les dif- férents systèmes bancaires na- tionaux pour tout ce qui a trait au commerce international. « Jean-Claude Trichet confirme ici que le privilège exorbitant conféré au dollar ne garantit pas la stabilité du système mo- nétaire international. Son idée directrice est de créer une monnaie d’ancrage. Il choisit les DTS mais c’est à mon avis un leurre, une manière de dire qu’il faut une autre monnaie que le dollar », analyse Chris- tian Eugène, ancien chef du service de l’endettement à la Banque de France.
financièrement, à moins d’une volonté politique forte. l’avantage que confère le dollar aux Etats-Unis est usé jusqu’à plus soif à Washington : en 2014, la justice fédérale amé- ricaine a infligé de très lourdes amendes à des banques étran-
mique mondiale accepte la mise en place d’un système monétaire avec des contraintes extérieures », concède Jacques de larosière, mais selon lui le monde « va évoluer vers un système oligo-polaire ». « Le passage du format G10
Durant le colloque, Jean- Claude Trichet a lancé une autre information, qui pourrait constituer un début de piste :
5- LES SySTèmES bAnCAiRES oCCidEn- TAux SonT-iLS à bouT dE SouFFLE ?
Toutes les banques centrales importantes ont désormais la même définition de la stabilité des prix. Première étape à la création
« Nous ne sommes pas après la crise mais dans la crise », affirme Jean-Claude Trichet. Et celle-ci pourrait durer, s’in- quiète Michel Pébereau, ancien président de BNP Paribas. En effet, la crise financière a poussé les Etats à réglementer davan- tage les banques commerciales. «LeG20aconfiéàdeuxco- mités d’expert le soin de for- muler des recommandations pour éviter de nouvelles crises », note Michel Pébereau. l’un deux, le comité de Bâle, sou- haite renforcer l’ensemble de la structure de crédit des banques, « mais c’est ici le métier même de prêteur de la banque qui est mis en cause (... ) ; ces dispositifs risquent de peser sur la croissance éco- nomique ». Explications : jusqu’à récemment, quand une banque prêtait 10 euros – ou plus exactement créait 10 euros lors d’un prêt – elle ne devait posséder que 20 centimes de capitaux en propre. or, le comité
gères (dont 8,9 milliards de dollars à BNP Paribas) pour avoir passé des contrats en dollars avec des pays sous em- bargo comme l’iran. Comment l’iran pourra-t-il vendre son pétrole si on ne lui fournit plus de dollars ? Dans le landernau financier mondial, ces évène- ments semblent avoir fait l’effet d’un choc. Durant le colloque, Jacques de larosière et Jean- Claude Trichet ont insisté sur le fait que « le privilège exor- bitant du dollar demeure ». le temps ne manquait pourtant pas pour mettre en place des alternatives : ce monopole dure depuis 44 ans...
au format G20 me semble très important pour le système fi- nancier mondial », affirme quant à lui Jean-Claude Trichet. venant de l’ancien directeur du FMi et de l’actuel président pour l’Europe de la puissante organisation atlantiste Trila- térale, ces affirmations sont à relever. Comment faire ? les deux hommes évoquent un institut d’émission mondial qui émettrait une devise mon- diale « vraiment représenta- tive » pour ajuster les balances des paiements entre les grandes puissances économiques. Jacques de larosière appelle ainsi de ses vœux à une « or-
« Toutes les banques centrales importantes [ndlr : celles de la zone dite occidentale : Etats- Unis, zone Euro, Grande-Bre- tagne, Japon] ont désormais la même définition de la sta- bilité des prix. C’est un phé- nomène passé inaperçu mais qui est très important. » Ces objectifs monétaires contrai- gnants, adoptés en 2012 aux Etats-Unis ou en 2013 au Ja- pon, ressemblent furieusement à ce qui a été appliqué en Eu- rope dans les années 90 dans le but de créer l’euro. Jean- Claude Trichet sait de quoi il parle : alors président de la Banque de France, il avait
prom recevait ses premiers roubles suite à des exportations de gaz en Europe. En sep- tembre, durant le G20, le mi- nistre russe des Finances exhortait les pays émergents à se passer du dollar dans leur commerce extérieur. Et ces derniers mois, le président Poutine signait pas moins de quatre accords – avec la Chine, la Turquie, l’inde et l’Egypte – visant à échanger leurs pro- pres devises nationales afin de se passer du dollar dans leurs échanges extérieurs. la guerre monétaire est définiti- vement déclarée...
quiers mondiaux en
d’une monnaie commune ?
grands ban.
sont-ils conscients ? on s’étonne en tous cas de voir Michel Pé- bereau louer les qualités de l’or, l’ancienne monnaie mon- diale, ou détailler le fonction- nement du bitcoin, une devise complémentaire lancée sur le réseau internet il y a quelques années...
Ludovic Greiling
Avril 2015
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Œ

