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Grand Angle - 3 figures de la finance évoquent un nouveau système monétaire PANorAMA « Un changement également souhaitable pour les acteurs financiers privés »
Même au niveau micro-économique, l’institution d’un nouvel ordre monétaire international est souhaitable et préférable à des règlementations mal conçues, selon Michel Pébereau, ex-dirigeant de BNP Paribas.
S© Jean-Loup Chaumet
tenir 2,5 fois plus de fonds propres qu’auparavant.
Selon l’ex-banquier, cette tendance politique au renforcement régle- mentaire pèse lourdement sur la croissance économique et tout particulière- ment en Europe : la volonté affichée de l’UE de devenir « la zone où la solidité de l’industrie bancaire est la mieux assurée dans le monde » oblige les banques à réduire leurs encours et à augmenter les prix du crédit, ce qui impacte évidemment la crois- sance. l’ancien P-Dg de BNP Paribas déplore donc « un manque de discernement évident dans l’application des nouvelles réglemen- tations » qui, au-delà de réduire les marges du secteur bancaire, risquent de fragiliser l’économie européenne. la situation française est « encore plus délicate » car le modèle
Un manque de discernement transparaît dans l’application des nouvelles réglementations
financiers doivent progressivement mettre en œuvre les accords Bâle iii. Ces accords préconisent de nouveaux ratios pour limiter les volumes de risque que peut prendre une banque en fonction de ses fonds propres, et imposent l’exercice salutaire et régulier de « stress tests » pour vérifier la santé des ins- titutions bancaires. Au total, pour un même volume d’activités, les banques eu- ropéennes doivent aujourd’hui dé-
de la banque universelle y est fort répandu et le nouveau ratio sur les encours à longs termes menace l’usage des dépôts dans les opérations d’allocation de crédit.
dans lequel le FMI jouerait un rôle déter- minant, s’avère nécessaire ». le FMi devrait continuer à promouvoir la coopération mo- nétaire internationale et la stabilité des taux de change, à prévenir les crises et les déséquilibres, à prêter des capitaux pour aider les États en difficulté ; mais il devrait endosser un rôle supplémentaire de contrôle
En somme, les réactions politiques ci-dessus énoncées, qui confirment une tendance au renforcement réglementaire, ne sont pas les mieux adaptées pour soutenir l’économie
macro-prudentiel de la sta- bilité des taux de change (pour lequel il a déjà une expertise). Autrement dit, « le FMI doit devenir l’Au- torité compétente pour éva- luer et alerter sur les risques
uite à la crise de 2007-2008, les poli- tiques ont renforcé la réglementation du secteur financier, jugé responsable.
rus par les politiques monétaires na-
le G20 s’est activé pour limiter l’ampleur de la récession ; le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire (créé en 1974) et le Conseil de stabilité financière (créé en 2009) ont été amenés à faire de nouvelles préconisations pour maîtriser le risque systémique. Paral- lèlement, de nombreux États ont modifié leur dispositif législatif (Dodd Franck Act aux Etats-Unis, Banking reform Bill au royaume Uni...). Dans l’Union européenne, où l’Autorité bancaire européenne et l’Union bancaire ont été instituées, les établissements
mondiale. Pour preuve, elles obligent les banques centrales, pour relancer la croissance et soutenir l’emploi, à mener des politiques non conventionnelles de facilité monétaire (quantitative easing) – dont on devrait plutôt se méfier car elles permettent la persistance de graves déséquilibres et la constitution de bulles.
encou.
tionales ». Ce nouveau rôle confié à l’orga- nisation internationale lui conférerait la puissance nécessaire pour inciter les banques centrales à coopérer davantage entre elles et limiterait considérablement la tentation, pour les pays à se lancer dans une guerre des changes, dommageable aux échanges internationaux et donc à la croissance mon- diale.
À l’encontre de cette tendance à l’augmen- tation excessive des réglementations dont la mise en œuvre se révèle selon lui, contraire aux effets recherchés, Michel Pébereau plaide pour une solution globale plus équi- librée : « Un ordre monétaire international,
D« DTS, rôle élargi du FMI... des solutions existent »
Pour Jean-Claude Trichet, ex-directeur de la BCE, le système monétaire actuel est responsable, en partie,
de la recréation d’un système monétaire international n’est donc pas seulement financier, économique et politique ; il est aussiphilosophique,etlehaut fonctionnaire reprend l’inter- rogation du philosophe Jean Baechler : « Comment éviter la corruption de la liberté en licence ? »
Il serait souhaitable de recréer une monnaie de réserve internationale, émise par une institution indépendante, comme le suggérait Keynes
donc inadapté pour répondre aux nouvelles situations de crise que peuvent affronter la finance et l’économie mondiales ». Ce système souffre de nombreux défauts dont les plus patents sont son déséquilibre et son asymétrie. Ainsi la monnaie, qui sert de facto de référence (le dollar), reste-t-elle volatile et émise par une administration qui mène une politique monétaire souvent en contradiction avec sa fonction de fournisseur des liquidités mondiales,
entrevoit«deuxmoyensréalistes» pour améliorer le système inter- national : d’abord, il conviendrait de renforcer les Droits de tirages spéciaux (DTS). Emis depuis 1969 par le FMi, le DTS (constitué par un panier des quatre devises que sont le dollar, la livre sterling, l’euro et le yen) représente une créance virtuelle susceptible d’être
© Jean-Loup Chaumet
il aussi faire entrer en son sein le renminbi pour qu’il soit pleinement représentatif ? Mais un instrument seul, aussi pertinent soit- il, ne suffit pas : il importe encore de confier au FMi le rôle de fixer à l’avance les cours pivots corrects des devises desquels les banques centrales ne pourraient s’éloigner qu’avec mesure et modération : cette pression exercée sur les grands émetteurs de monnaies assurerait indéniablement la cohésion de l’ensemble du système monétaire international, et limiterait le risque de corruption de la liberté monétaire
des abus de la crise. Des outils de régulation sont pourtant à portée de main.
epuis le démantèlement du système banquiers centraux) à adopter une attitude favorisant par là la constitution de dangereuses de Bretton Woods, « nous ne sommes nonchalante ; et enfin, les progrès de la bulles monétaires. Évidemment, pour corriger plus dans un système de change fixe, science et de la technologie (surtout des tech- cela, il serait souhaitable de recréer une mon-
mais ajustable : les monnaies sont (trop) li- nologies de l’information et de la communi- naie de réserve internationale, émise par une brement convertibles », affirme l’ex-Gouver- cation) qui ont renforcé l’interconnexion entre institution indépendante comme le suggéraient neur de la Banque de France. or, rappelle-t- les acteurs et propagé immédiatement sur Keynes ou François rachline ; mais cette il, tout le problème est là : l’absence de toutes les places un phénomène de panique solution exigerait un improbable accord po- contrainte internationale a engendré des excès mondiale. Mais il est indéniable que le système litique. Dès lors, pour restaurer la stabilité du en tous genres et des erreurs notoires. l’enjeu monétaire actuel s’avère « trop permissif et système de façon durable, Jean-Claude Trichet
Certes, le laxisme de l’ordre monétaire inter- national en vigueur depuis 1973 n’explique pas à lui seul la crise de 2007-2008, et d’autres raisons doivent être mentionnées : l’excès d’endettement public et privé (qui a touché la quasi-totalité des pays avancés) ; la générali- sation d’un sentiment de confiance, fondé sur des théories erronées comme l’hypothèse de l’efficience du marché, qui a conduit tous les acteurs du secteur financier (y compris les
échangée et constitue un moyen efficace de réguler les taux de change. le DTS est donc une bonne monnaie, un instrument d’échange, de compte et un système de valeur. or, au- jourd’hui, l’encours total des DTS est extrê- mement modeste. il faudrait donc progresser dans l’usage des DTS. la communauté in- ternationale devrait peut-être se doter d’un système de compensation internationale pour en faciliter l’usage. Peut-être le DTS devrait-
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des Etats en licence.
Avril 2015
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