Page 41 - EcoRéseau n°17
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n°17
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MM : L’aventure a démarré à dix. Aujourd’hui, nous sommes une entreprise de 100 personnes, avec une moyenne d’âge inférieure à 30 ans. La motivation initiale vient s’étayer d’une vraie fierté de pouvoir offrir un premier emploi à des jeunes. En 2004, il y a dix ans, quand je disais « on va aider nos clients à consommer moins », on me regardait très bizarre- ment. Nous avons jeté un pavé dans la mare. Alors, bien sûr, je ressens une im- mense fierté d’avoir reçu en 2014 le Trophée des Femmes en or pour mon engagement dans la sauvegarde de l’envi- ronnement ainsi que le Wo- men’s award-La Tribune dans la catégorie Green Bu- siness. Cette reconnaissance de mes pairs est éminem-
l’entreprise. « Seul on va vite, ensemble on va plus loin » : j’aime cette devise. On ne peut pas parler d’intelligence collective et ramener les choses à soi.
Etes-vous satisfait(e) de l’image véhiculée par l’entreprise ?
PG : Oui, l’image de GiFi s’est construite dans le temps : les consommateurs recherchent des produits au meilleur prix. Nous leur avons envoyé des messages vrais, des promesses que l’on savait tenir. Aujourd’hui, les informations circulent rapi- dement, il faut plus que ja- mais parler et communiquer vrai au client. Car il se rend compte rapidement du contraire. J’ai une seule règle : le parler vrai ! Cela
su positionner l’entreprise sur ce marché émergent mais il fallait tout inventer. Nous avons transformé des idées, qui ont donné lieu à l’écriture d’un livre*, en projets opéra- tionnels. Notre approche commerciale intègre les qua- tre dimensions décrites dans cet ouvrage, sur la base de nos propres expériences. C’est un travail de longue ha- leine, qui nous force à nous interroger en permanence car le monde bouge, très vite.
Comment définiriez-vous votre style de management ?
PG : GiFi est une entreprise très familiale. J’en suis le fondateur, ce qui ne m’em- pêche pas de connaître tous mes magasins. Chaque colla- borateur est une personne et
chaque année des séminaires de motivation pour les res- ponsables de magasins à Me- gève, été comme hiver, car j’ai la chance d’y posséder un grand chalet. Là bas, je partage ma vie avec eux, pendant une semaine, par groupe de 45/50 personnes. Nous vivons ensemble, nous faisons du sport ensemble, ce qui me permet d’être proche d’eux et de les connaître. J’organise également de plus grands séminaires : une croi- sière avec 1000 salariés en Méditerranée il y a quatre ans, une semaine à l’île Mau- rice pour 450 d’entre eux quelques années avant... En 2012, j’ai organisé le concours « GiFi a du talent » pour permettre aux talents de l’entreprise de s’exprimer au travers d’un film de trois mi- nutes. Cette opération a été une réussite totale, jamais je n’aurais pensé recevoir au- tant de films. J’ai emmené les 72 gagnants au Maroc, nous avons réalisé une émis- sion de télévision, nous avons remis des Oscars. Au final, nous en avons réalisé un film de deux heures. Ce sont de magnifiques souve-
beaucoup dans l’entreprise. Je les admire beaucoup car souvent, au-delà de leurs compétences et de leur sa- voir-faire, ce sont de vraies personnalités. Pour moi, le respect est la valeur numéro 1 : le respect des différences, le respect de l’autre au tra- vers des choses simples de la vie, du quotidien et le respect du travail bien fait. Vous savez, nous sommes fré- quemment copiés, mais il y a des choses incopiables : notre modèle, l’énergie 2.0, et notre esprit d’entreprise. C’est notre ADN !
une énergie nouvelle
MM : Malheureusement, nous sommes dans une so- ciété où domine la peur. La seule arme contre la peur, c’est le courage. Du courage découle l’audace, la créati- vité. En tant qu’individu, notre première mission est de cultiver le courage. Notre hu- manité nous pousse à être courageux, à savoir affronter nos angoisses, nos peurs, nos anxiétés. C’est pourquoi je pense que le mot « stress » est un vrai panier à salade. On rend un mauvais service aux gens en l’utilisant à tout bout de champ !
Interview croisée - Chefs d’entreprise humainement engagés CLUB ENTREPRENDRE
Quelle est votre perception de l’échec ? PG : L’échec ne doit pas faire peur, au contraire, car c’est le début du succès. La France n’a pas la culture du succès, et c’est ce qui la téta- nise, ce qui l’empêche d’avancer ! Il faut savoir re-
Résolument optimiste ?
bondir sur l’échec. MM:Jedistoujours:«Le droit à l’erreur, c’est le droit à s’améliorer ». Il n’existe pas d’échec ou de succès en valeur absolue, il y a plutôt des étapes, qui font partie de notre développement person-
PG : Oui, il faut l’être, tout en restant vigilant. Un entre- preneur doit être proactif, il doit savoir anticiper. Il faut redonner de l’espoir, aux jeunes notamment : savoir réaliser ses rêves, c’est à la portée de chacun ! Mon exemple en est la preuve. Je suis parti de rien et je serais infiniment heureux si ce message pouvait aider les jeunes et leur redonner es- poir.
MM : Ah oui, et enthou-
© Bernard Laborde
ment symbolique et satisfai- sante. Je suis fière également de nos clients (Auchan, Car- refour, Rexel, Castorama, etc.) qui nous ont suivis, je les associe à la réussite de
vaut pour tout !
MM : Cette entreprise est née de zéro, sur des idées. Bien sûr, nous avons bénéfi- cié d’un contexte réglemen- taire favorable, nous avons
je dois me donner à chacun d’entre eux. Je suis un patron heureux car mes collabora- teurs sont heureux. Ils savent pour quoi et pour qui ils s’in- vestissent. Ainsi, j’organise
très humaniste de l’entre- prise : l’individu y joue un rôle essentiel, il doit être au- tonome et responsable. Je suis interpellée par certains jeunes qui ont une vraie envie de s’engager et de tra- vailler, et ceux-là se plaisent
* « Comprendre le nouveau monde de l’énergie » - 2013
Propos recueillis par Anne Diradourian
61 ans, a pour objectif d’atteindre, en 2025, 1000 magasins et 10000 collaborateurs. Le groupe GiFi comptait en décembre 2014, 4800 collabora- teurs et 424 magasins (dont 36 en concession). L’enseigne, qui affiche un CA de 1,025 milliard d’euros en progression de 5%, souhaite poursuivre son expansion par le biais d’ouverture de points de vente en France et à l’étranger.
Philippe Ginestet,
teurs d’énergie.
ments neufs. Il y a du boulot pour rénover ces logements. 60 millions de Français dési- rent aller mieux, aspirent à mieux se nourrir et à mieux vivre. Tout ce qui peut servir cet objectif peut être une base d’un bon business à dévelop- per. Allons-y !
Je partage ma vie avec les responsables de magasins dans un chalet à Megève durant une semaine, été comme hiver Philippe Ginestet
nirs pour tous, eux comme moi !
MM : Je passe beaucoup de temps à me former sur le ma- nagement. Diriger, c’est libé- rer, telle est ma définition du leadership. Dans notre so- ciété actuelle, où les relations hiérarchiques disparaissent, le leadership fait partie inté- grante du management. L’es- sentiel de mon travail je le
nel. Identifier l’échec en tant que tel permet de le com- prendre et de raisonner pour repartir sur de bonnes bases.
Vous êtes un modèle de réussite. Comment aider les créateurs d’entreprise aujourd’hui ?
PG : Les objectifs naissent toujours d’un rêve. Toute personne doit se demander à quoi elle a rêvé. Ensuite, le courage et la générosité sont déjà de bons ingrédients pour réussir. La France est un pays d’entrepreneurs, mais elle l’ignore ! Simpli- fier les lourdeurs adminis- tratives permettrait de libérer les audaces, de re- créer de l’enthousiasme et de la positivité. Il faut que nous osions dire ce qui ne fonctionne pas tout en met- tant en avant des choses po- sitives qui nous permettent d’avancer. Communiquons davantage, changeons nos façons de faire, impulsons
siaste ! Je suis une bonne élève de la psychologie posi- tive. Il est plus compliqué d’aller bien, de se battre, de cultiver cet état d’esprit posi- tif. Quand on a des idées, des rêves, il faut oser les mettre en place. Le courage, au risque de me répéter, est la base de tout ! Vous savez, il existe aujourd’hui en France 15 millions de logements six à neuf fois plus consomma-
dédie à tout ce qui peut faire la différence en matière de lea- dership, c’est-à- dire comment créer de la va- leur à partir de l’intangible. J’ai une approche
que des loge-
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