Page 39 - EcoRéseau n°17
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les universités ayant adopté avec enthousiasme le concept de FabLab – le lieu emblématique du mouve- ment maker.
Lille par l’association Lille Véronique Routin. Et Inter- du jouet parlant aux drones. Makers. Si toutes ces salles net a apporté la réponse Malgré tout, il reste un pro- permettent aux makers de idéale à la problématique du blème de taille à résoudre s’exprimer, leur fonctionne- financement des produits de pour les auto-makers : pro-
A la Une - Le phénomène Makers CLUB ENTREPRENDRE
LES BASTIONS FABLABS
Ils sont le fruit de l’imagina- tion d’une des stars du mou- vement, Neil Gershenfeld, professeur au MIT. Passant trop de temps à expliquer à ses élèves comment utiliser les machines du Center for Bits and Atoms de l’univer- sité – dédié à la recherche sur l’information et sa repré- sentation physique –, il crée un cours intitulé « Comment fabriquer (presque) n’im- porte quoi ». « Des étudiants de toutes origines se sont rués dessus, décrivait Neil Gershenfeld lors d’un TED Talk. Ils n’avaient pas né- cessairement de compé- tences techniques. Ils ont tous produit des réalisations invraisemblables, éton- nantes... Les étudiants ont détourné mes machines pour inventer la fabrication per- sonnelle. » Il décide alors d’équiper une salle avec du matériel et de la laisser à libre disposition, et la baptise FabLab, un raccourci de Fa- brication Laboratory. Aujourd’hui, il en existe plus d’une centaine à travers le monde, et plus encore de lieux qui ne portent pas ce nom mais servent le même but : hackerspaces, techs- hops, ou encore Maker Spaces, comme celui géré à
Un FabLab est un laboratoire pour des entreprises qui sont à la recherche d’un nouveau modèle de travail
ment diffère selon la façon choisie de se financer. « L’objet du FabShop a tou- jours été de faire de la distri- bution, ce qui permet de financer la création et l’en- tretien des FabClubs », ex- plique Bertier Luyt, fondateur du FabShop et or- ganisateur de la Maker Faire française. Le premier Fab- Club s’ouvrira à Paris en fé- vrier : il faudra s’abonner pour pouvoir y accéder. Mais l’endroit est aussi conçu comme une pépinière entrepreneuriale. « Nous voulons créer un espace pour la création et l’innova- tion ; nous n’imposons pas de partage, si un entrepre- neur veut garder la confi- dentialité de son projet, il le peut », souligne Bertier Luyt.
niches. Les sites de finance- ment participatif, comme Kickstarter aux Etats-Unis ou Ulule en France, sont des plateformes parfaitement adaptées pour trouver son marché, en tester la viabilité et débuter son financement. La rencontre entre finance- ment participatif et makers est la clé ayant déjà permis l’émergence de nombre de PME, dont certaines rem- portent de francs succès. Car on peut être un maker et un entrepreneur : il n’y a pas in- compatibilité entre répara- tion et création de valeur. Les objets élaborés par les
duire en moyenne série est encore très difficile. « On sait faire de la petite série et de la grande série, constate Fabien Eychenne*. Entre les deux,ilyaunvide.»Il existe quelques fabricants, en Chine notamment, mais l’arrivée de robots plus poly- valents dans les usines va augmenter la flexibilité.
c’est la seule condition d’ac- cès–;Sebaluichoiside monter un FabLab en parte- nariat avec le Master IDEA, un partenariat qui lui permet de diversifier les sources d’idées, et d’y inclure ses partenaires (et ses clients). Ford, aux Etats-Unis, a choisi encore une troisième voie : ils ont ouvert des Techshops à Détroit, les ont mis à complète disposition du public et ont encouragé leurs employés à le fréquen- ter. Ils agissent un peu comme s’ils étaient eux- mêmes des makers, mais avec plus de moyens : ils ap- portent leurs expertise sur certains projets, demandent de l’aide à d’autres... Et les résultats sont là : le construc- teur a baissé ses coûts de R&D tout en augmentant le nombre de brevets déposés.
LE MODÈLE DU LOGICIEL LIBRE
Si beaucoup de ces expé- riences rappellent celles du lo- giciel libre, ce n’est pas un hasard : les parallèles et pas- serelles entre les deux mouve- ments sont nombreux. En un sens, les makers sont des édi- teurs de produits libres : « Les projets s’appuient beaucoup sur des méthodes de gestion développées par le monde du logiciel libre », souligne Vé- ronique Routin. Innovation ouverte, collaboration entre pairs, prototypage rapide en mode « essai-erreur », docu- mentation ouverte des projets, partage de savoir-faire, com- munautés d’innovateurs, ma- nagement horizontal... Il s’agit des mêmes principes de création collective et de dis- ponibilité de la connaissance. Beaucoup de vocabulaire porte la trace de cette filia- tion – on parle par exemple
d’Open Source hardware. C’est l’une des raisons qui permettent de croire au po- tentiel réel de rupture ap- porté par l’esprit maker : les principes appliqués ont déjà fait leurs preuves – après tout, le logiciel libre nous a donné Internet et le Cloud computing.
FINANCEMENT PARTICIPATIF
Car passer de maker à entre- preneur est aujourd’hui plus facile que jamais. Pourtant, « pour la plupart, les objets conçus ne sont pas destinés à des marchés de grande consommation : ce sont des produits de niche », précise
L’INDUSTRIE SE MET AU DIWO
Les résultats parfois specta- culaires obtenus par les te- nants du système D 2.0 – par exemple, Wikispeed, un pro- totype fonctionnel de voiture
De façon similaire, le fait que le logiciel libre ait trouvé sa place dans l’écosystème du numérique permet de penser que les pratiques des makers trouveront leur place dans celui de la production. Ils ne remplaceront pas tout : les contraintes de sécurité impo- sées à certaines industries rendent indispensables les process plus rigides de design et de production. « Comme le formulent certains, est-ce que vous monteriez dans un avion fabriqué par un maker ?, de- mande Fabien Eychenne. Vendre en kit un objet poten- tiellement dangereux engage la responsabilité de l’entre- prise, et elles ont quelques ré- ticences à s’engager dans cette voie. » Mais pour des objets et des problématiques plus ordinaires, le mouve- ment des makers semble être bien parti pour accomplir son but : changer, de façon dura- ble, le monde, en parvenant à faire mieux avec moins. « On peut imaginer que des mil- liers de petites entreprises ultra-connectées, équipées de machines puissantes et versa- tiles, pourront répondre loca- lement aux besoins de populations locales », décrit Bertier Luyt. Il n’y a pas be- soin de l’imaginer : c’est en train de se produire, mainte-
Manifestations
Les makers s’exposent
Si la première Maker Fair s’est tenue en 2006 aux Etats- Unis, il a fallu attendre 2013 pour voir arriver la première Maker Faire française, organisée à Saint-Malo, suivie d’une édition parisienne en juin 2014. Ce festival du « faire soi- même » a rencontré un succès considérable, attirant aussi bien des écoles que des particuliers, des associations ou encore des entreprises. Un témoignage vivant de la diver- sité du mouvement. La prochaine édition parisienne se tiendra en mai : l’occasion d’aller soi-même découvrir l’uni- vers des makers.
Dans un autre genre, l’exposition Wave, organisée en oc- tobre dernier par BNP Paribas, a elle démontré l’aspect mondial des makers. Elle présentait une vingtaine de pro- jets, dépeints par des artistes, représentatifs de l’ingénio- sité collective, allant de l’éducation – rendre des MOOCs accessibles aux populations n’ayant pas Internet – à l’ac- cès à la production – un site Web permettant à tout un chacun de proposer ses concepts, et de mettre en produc- tion et en vente ceux qui séduisent la communauté.
Makers, à vos outils !
makers couvrent tous les types : de l’objet purement personnel – comme des pièces de Lego personnali- sées – à l’objet modulable en passant par ce qu’on pourrait décrire comme des objets-plateformes, qui ser- vent ensuite de brique de construction pour d’autres projets. Les plus connus sont certainement Maker- bot – l’imprimante 3D qui peut construire des impri- mantes 3D – et Arduino, des cartes électroniques en matériel libre (les plans et les outils sont sous licence Creative Commons) qui permettent de programmer à-peu-près n’importe quoi,
à basse consommation déve- loppé en moins de trois mois par une équipe de passionnés – intéressent les entreprises, qui commencent à expéri- menter des façons d’intégrer leurs pratiques : « Un Fa- bLab est un laboratoire pour des entreprises qui sont à la recherche d’un nouveau mo- dèle de travail », estime Jean-François Cauche. Plu- sieurs grands noms français – Renault, Seb, Airbus... – se sont dotés d’espaces ins- pirés des FabLab, plus ou moins ouverts au monde ex- térieur. Les laboratoires créés par Renault, entière- ment en interne, sont réser- vés aux employés – mais
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nant, sous nos yeux.
(*) Auteur de "Fab Lab : l'avant- garde de la nouvelle révolution industrielle", éd. FYP, 2012
Jean-Marie Benoist
FÉVRIER 2015
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