Page 26 - EcoRéseau n°17
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n°17
PANORAMA Grand Angle - Entrepreneurs
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Entreprendre donne du sens.
Quelles sont les principales entraves à l’esprit d’entreprise en France ?
Le principal frein est d’ordre culturel. Il faut expliquer aux jeunes Français dès le plus jeune âge qu’on peut entreprendre sa vie, la décider, qu’on n’est pas obligé de la subir. Bien sûr, il y a des contraintes d’ordre fiscal, de droit du travail, toutes choses pé- nibles et décourageantes. Mais si demain beaucoup de jeunes Français ont envie d’entreprendre et que ces contraintes rebutent, ils iront créer dans d’autres pays, et tant mieux. Mais on a tou- jours l’impression que l’herbe est plus verte ailleurs, or des
Ma vocation aujourd’hui, c’est de participer au rayonnement de cet esprit d’entreprise. Pour cela, je vais dans les écoles, avec l’association 100000 entrepreneurs de Philippe Hayat, pour par- ler aux élèves du bonheur d’entreprendre sa vie, leur expliquer qu’on peut être autre chose que salarié ou fonctionnaire, qu’il y a une autre voix qu’il s’appelle l’entrepreneuriat. L’argent étant le nerf de la guerre, j’investis aussi dans des start-up, car les en- trepreneurs ont besoin de financements pour développer leur boîte. Je viens aussi de produire l’émission « Entreprendre c’est grandir » pour M6, une série de pastilles d’une minute diffusée chaque jour du 20 octobre au 14 décembre pour présenter un entrepreneur et susciter des vocations. Avec ce type d’initiatives, nous sommes en bonne voie pour devenir une nation d’entre- preneurs.
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FÉVRIER 2015
Catherine Barba, serial entrepreneure, organisatrice de la Journée de la femme digitale, fondatrice de Catherine Barba Group « Ce n’est pas tant la réussite mais le fait de se construire dans ces aventures »
Les Français ont-ils l’esprit d’entreprise ?
Cette valeur, ainsi que l’audace et la prise de risque, appartiennent plutôt aux Anglo-saxons. Lorsque je vais
Le courage et la lucidité n’ont pas de genre, entreprendre est dif- ficile pour tout le monde. Ce dont je peux témoigner par mon expérience professionnelle, c’est que le digital est une chance fantastique pour les femmes, car c’est un champ d’action nou- veau pour tous. Chacun part avec les mêmes chances et les mêmes armes pour le défricher. C’est une occasion unique de rebattre les cartes. Avec la Journée de la femme digitale, j’aime bien l’idée de célébrer celles qui créent des boîtes et portent des projets innovants, car cela peut en inspirer d’autres qui peuvent se dire « Pourquoi pas moi ? ».
contraintes, il y en a partout. Même aux Etats-Unis il n’est pas si simple de créer une entreprise, et il y a aussi des impôts à payer. L’essentiel, c’est l’envie d’entreprendre, rien ne se fait sans rêves et sans ambitions.
aux Etats-Unis et que je discute avec quelqu’un, plus d’une fois sur deux il est entrepreneur lui-même, ou bien il a un entrepreneur parmi ses proches. Créer sa boîte y est très répandu, sans doute parce qu’on a davantage tendance à sauter le pas quand on est entouré par des créateurs d’entre- prise. La situation est bien différente en France, où l’on a da- vantage d’aversion au risque et une grande peur de l’échec. Pour autant, certains indices me laissent penser que les choses sont en train de changer dans notre pays : l’écosystème digital est ex- traordinairement dynamique, avec énormément de jeunes qui ont envie d’entreprendre, des business angels, des fonds d’in- vestissement, la Banque publique d’investissement, ou encore ce formidable label qu’est la French Tech. C’est heureux car dans le monde actuel dont l’incertitude est créée par les nou- veautés technologiques, on ne peut pas avoir autre chose qu’un esprit d’entrepreneur, qui implique de faire des choses nouvelles et d’accepter de se tromper. Dans cette incertitude, il est indis- pensable d’avoir la culture du test, d’être pragmatique et curieux. Et puis au fond, ce n’est pas tellement la réussite, la finalité, mais le fait de se construire dans ces aventures, de devenir qui ont est.
Vous organisez chaque année la Journée de la femme digi- tale. L’esprit d’entreprise se manifeste-t-il de la même façon chez les femmes que chez les hommes ?
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Comment renforcer l’esprit d’entreprise en France ?
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C’est aussi l’occasion de montrer que l’esprit d’entreprise ne se limite pas à la création d’une société, mais concerne aussi les salariés en poste. De nombreuses femmes remarquables n’hé- sitent pas aujourd’hui à porter la transition numérique de leur entreprise avec beaucoup de courage et d’enthousiasme, comme Delphine Ernotte-Cunci chez Orange France, Nathalie Andrieux à La Poste, Virginie Fauvel chez Allianz, ou encore Françoise Mercadal-Delasalles à la Société Générale. Ce sont mes hé- roïnes.
Je crois beaucoup en l’exemplarité des histoires et des parcours. Quand on expose quelqu’un de façon ponctuelle ou dans la durée à un entrepreneur, il y a des chances pour qu’il le devienne lui-même. Personnellement, c’est en côtoyant des créateurs, en voyant leur liberté, leur capacité à décider leur vie et à avoir prise sur les évènements que je le suis devenue. J’ai créé deux socié- tés, chacune avec une quarantaine de salariés. A chaque fois que l’un d’eux me quittait pour créer sa propre entreprise, j’en retirais une grande satisfaction. A chacun de semer ses graines.
4&5 FEV. 2015
Un événement
PALAIS DES CONGRÈS
2424
Julien Laziou, dirigeant de Permis Malin, réseau de franchise qui propose à la location des voitures à double commande
NOUVEAU !
PARIS
« En banlieue les gens n’ont plus rien à perdre et foncent »
A.M.
A 31 ans, ce natif d’Antony a déjà bataillé pendant des années contre les pouvoirs publics et les auto-écoles pour faire accepter son concept d’heures de conduite sur des voitures à double commande. Une façon de réduire drastiquement le coût du permis. Mais les instances de la sécurité routière et les auto-écoles rendent obligatoires des formations onéreuses et essaient de rendre ce nouvel acteur moins compétitif. « Le fait de se voir dire non, de se retrouver devant un mur, alors qu’on a entrepris, crée de la désespérance. La promesse républicaine, selon laquelle celui qui travaille dur obtient, n’est pas toujours tenue », remarque celui dont les agences s’ouvrent surtout en banlieue, là où la demande est la plus forte. Les gouvernements successifs de Nicolas Sarkozy puis François Hollande lui ont mis des bâtons dans les roues pour favoriser les acteurs en place, ce que le jeune chef d’entreprise n’accepte pas. « Tous les entrepreneurs de mon entourage se frottent à des corporatismes, dans le BTP par exem- ple, où les normes augmentent les droits d’entrée. Les volontés réformatrices rencontrent sur leur route ces patrons qui dirigent leur boîte depuis 40 ans, qui étaient précurseurs au début, mais qui depuis ont appris à connaître toute la chaîne pour mieux la verrouiller et repousser l’importun in- novateur. » Décourageant ? Cela n’a pas empêché Julien Laziou de créer plusieurs sociétés, dont certaines à l’étranger. Le serial entrepreneur a d’ailleurs des raisons d’espérer en ressentant l’am- biance générale : « Beaucoup ont l’idée de se mettre à leur compte. Mais généralement les plus établis, songeant à leur famille et leurs dettes, s’abstiennent face aux risques. Or aujourd’hui en banlieue le chômage est tel que la plupart n’ont plus rien à perdre. De plus pendant longtemps les gens se sont dit qu’un grand plan, une mesure de l’Etat géniale surviendraient et les sauve- raient. Ce n’est plus le cas. » L’esprit d’entreprise n’a donc jamais été aussi présent en banlieue. Cela tombe bien, les opportunités s’y multiplient. « A Argenteuil, à Saint-Denis, à Evry ou Cor- beille Essonne, les habitants ont pris l’habitude de ne pas vraiment sortir du quartier à cause des problèmes de déplacement. Les points de rencontre, de vie comme des cafés ou des snacks, foi- sonnent », observe le visionnaire. Ayant passé trois ans en Thaïlande, séjourné de nombreuses fois aux Etats-Unis et plus récemment à Dubaï, il sait que tout n’a pas été tenté dans la restauration par exemple, loin de là. « Dans ces régions du monde les services sont plus évolués que chez nous. Nous restons très traditionnels, ne voulant pas changer une équipe qui gagne. » C’est peut-être au pied des barres d’immeubles que de nouveaux concepts apparaîtront... L.K. et J.T.


































































































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