Page 24 - EcoRéseau n°17
P. 24
www.ecoreseau.fr
n°17
PANORAMA Grand Angle - Entrepreneurs
1924
Mercedes Erra, présidente exécutive d’Havas Worldwide et fondatrice de BETC
© Jacqueline Roche
Il faut ouvrir l’éducation à l’entreprise, et revoir notre construction de la confiance. Arrêter de dire qu’il n’y a qu’un chemin vers la réussite : chacun doit trouver ce dans quoi il excelle et est heureux. Il faut ouvrir des portes qui donnent à des gens qui ont des caractéristiques différentes l’espoir de la réussite, car elle est multiple.
Quelle place pour les femmes dans l’entrepreneuriat ?
L’intérêt des filles pour l’entrepreneuriat à l’école est impor- tant, et les résultats des entreprises détenues par des femmes sont remarquables. On a intérêt à pousser les jeunes femmes dans tous les domaines, car elles ont un retard énorme en rai- son des stéréotypes, qui font notamment qu’il est plus diffi- cile pour elles de créer des entreprises et de trouver des
A.M.
Les Français ont-ils l’esprit d’entreprise ?
Si ce n’était pas le cas autrefois, il s’est fortement développé ces der- nières années. La crise écono-
« Face à cet esprit, réfléchissons à une autre façon de travailler »
est parfois motivé par le désir de faire fortune rapidement grâce au modèle Internet, qui récompense la bonne idée plu- tôt que le fait de construire sur la durée. Attention à ne pas oublier que le rôle premier d’une entreprise est de créer de l’emploi, des produits, de la valeur.
Quelles conséquences dans les
grandes sociétés ?
Les grands groupes ont besoin de cet esprit d’entreprise, même si l’appétit pour la création peut détourner de nous certains jeunes brillants dont nous aurions besoin. Nous de- vons leur apporter des choses que la création d’entreprise ne peut pas leur apporter, et leur laisser une certaine liberté. Il faut réfléchir à nos façons de travailler avec la nouvelle gé- nération, l’espace qu’on leur donne et leur permettre de voir leur contribution. Lorsqu’ils ont des projets intéressants, nous
Quels sont les freins à l’esprit d’entreprise ?
mique a fait prendre conscience aux Français que le pays allait dans la mauvaise direction, et qu’il fallait changer. Cela se traduit d’abord par un changement individuel, car ils sont 80% à déclarer faire un effort pour s’améliorer et améliorer leur vie.
De plus, il y a un fort engouement pour la création d’entre- prise. Paris compte 50% de start-up de plus que Londres, et le plus grand nombre d’entreprises innovantes d’Europe, grâce aux nombreuses pépinières et incubateurs. Et de plus en plus d’étudiants d’écoles de commerce ou d’ingénieurs s’orientent vers une majeure entrepreneuriale et deviennent entrepreneurs avant même d’être diplômés.
aidons nos salariés à les développer.
financements.
Mais je remarque que cet esprit d’entreprise, chez les jeunes,
2024
« Liberté, égalité, fraternité dans un esprit d’entreprise »
2124
Roxanne Varza, Américaine née dans la Silicon Valley, en charge des start-up chez Microsoft, organisatrice des premiers FailCons à Paris, les conférences où les entrepreneurs expliquent leurs échecs
Pierre Kosciusko- Morizet, cocréateur et ex- président de PriceMinister, business angel cofondateur du fonds Isai
« Généralisons les cours pour apprendre à coder ou créer sa boutique »
les mentalités, imprègne la société. A travers des entreprises comme Uber ou Airbnb les gens fournissent des services à d’autres personnes. Ce n’est pas une spécificité française, mais l’esprit d’en- treprise se voit plus ici parce qu’il ne fait pas partie de l’ADN français à l’origine. Les entraves sont essen- tiellement culturelles. Il suffit d’entendre Emmanuel Macron dire que les Français doivent rêver d’être milliardaires. En outre les salariés protégés sont une spécificité hexagonale, et il est difficile voire honteux de parler de l’échec. Il y a quelques années lors des premiers FailCons les gens n’arrivaient pas à en parler personnellement. La raison ? L’école et la façon d’enseigner. Il est courant aux Etats-Unis d’enjoindre les enfants à aller vendre de la limonade au coin de la rue, afin de se faire à l’idée d’être à son compte. Les cours pour apprendre à coder, à créer sa boutique doivent être généralisés. N’allons pas toutefois jusqu’à changer la devise républicaine. Le fait d’entreprendre est trop précis, trop concret selon moi. »
© François Tancré
« Cet esprit d’entreprise monte en puissance en France. Le milieu des start-up transforme
« Cet esprit est désormais pré- sent, je le constate chez Isai, où nous recevons quotidienne- ment cinq dossiers de mieux en mieux structurés et réfléchis. Les entrepreneurs ont une vi- sion de plus en plus globale. En 2000 les gens ont compris qu’il était possible et même plus facile de monter une boîte. Il y a cinq ou sept ans ils ont revendu leur société et sont devenus business angels, per- mettant aux nouvelles généra- tions de créateurs de lever beaucoup plus facilement des fonds. Aujourd’hui les nou- velles générations vont plus vite sur Internet et sont conscientes de leur « empo- werment ». N’en déplaise aux adeptes de la dégénérescence hexagonale, le pays est bien placé. Il existe deux France, dont une qui est conquérante, voyage beaucoup, est ouverte. En matière de start-up Paris se classe devant Berlin et Lon- dres. Il faut maintenant trans- former l’essai et prouver qu’il est possible de faire grandir
les jeunes pousses. Le gouver- nement doit soutenir la créa- tion d’entreprise. Avant de songer à prendre de nouvelles mesures il doit éviter de faire des bêtises. Laissons par exemple le crédit d’impôt re- cherche, que l’administration aimerait supprimer, en atteste la multitude de contrôles fis- caux. Evitons cette instabilité fiscale et règlementaire. Enfin il faudrait enfin faire de l’Eu- rope un vrai ensemble busi- ness cohérent, afin que les entrepreneurs disposent d’em- blée de l’espace européen comme terrain de jeu. Chan- ger la devise républicaine ? Sur la forme le fait d’ajouter quelque chose, et donc de complexifier, me dérange. Mais sur le fond je suis d’ac- cord, ces trois notions sont belles à condition de s’inscrire dans une dynamique : liberté, égalité, fraternité avec l’esprit d’entreprise. Elles sont un peu arrêtées, et doivent s’inscrire dans l’action, dans l’audace. »
J.T.
J.T.
Hapsatou Sy, ex-dirigeante du réseau de salons Etnicia qui gère maintenant ses marques de beauté, chroniqueuse TV sur D8
2224
« Combattre les résurgences de l’ancien temps »
« Oui cet esprit d’entreprise est plus ancré dans les mentalités. Mais pas encore au sein du gouverne- ment. Le pacte de responsabilité est destiné aux en- treprises existantes, au CAC40, plutôt qu’aux personnes qui se lancent. Et ce clivage patrons/sala- riés, cette école qui ne parle pas des entreprises, sont autant de résurgences de pensées anciennes qui pous- sent les jeunes à vouloir devenir fonctionnaires, à chercher la sécurité à tout prix et à se détourner de la grande aventure. Il est quand même symptoma- tique qu’aucun chef d’entreprise ne figure dans les premières places des personnalités préférées des Français. Pour les medias les patrons sont des voyous qu’il faut épingler. Sur le plateau de D8, je dois les défendre tous les jours face aux préjugés. Ce
ne sont pas deux mondes
qui s’ignorent, mais qui se
connaissent très mal. Ceux qui légifèrent devraient absolument venir sur le terrain et constater par eux- mêmes les conséquences de leurs mesures, comme le compte pénibilité qui nécessite l’emploi d’une per- sonne à plein temps dans les PME. Ils devraient pren- dre la mesure du déséquilibre des prud’hommes et des divers obstacles placés sur le chemin de l’entre- preneur. Le changement de devise républicaine est trop prématuré, mais les gens commencent à réaliser qu’il est aussi possible d’adopter un esprit entrepre- neurial dans l’entreprise, de vouloir créer de la ri- chesse, de décider de leur vie ».
© Charlotte Brunet
J.T.
24
FÉVRIER 2015
Œ

