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Grand Angle - Représentants d’entrepreneurs PANORAMA
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Blandine Mulliez, présidente de la Fondation entreprendre qui finance les associations d’accompagnateurs « La jeunesse a réveillé le vieille France et ses schémas clivants »
« Aujourd’hui c’est l’esprit d’entreprendre qui est le plus porteur. On valorise ceux qui créent, fondent, prennent leur destin en main. Mais l’entreprise est encore mal perçue. On dit « félicitations » à celui qui entreprend, « bon courage » à celui qui est embauché dans un groupe. En réalité le monde de l’entreprise s’invite dans les discours, dans les états d’esprits, mais il faut qu’il s’infuse dans la société. Je défends les deux, l’esprit d’entreprendre comme l’esprit d’entreprise. Les chefs d’entreprise prennent en main leur vie future, se repositionnent dans leur responsabilité hu- maine. L’esprit d’entreprise crée de la valeur. Les gens res- sentent en tout cas cette envie et même cette responsabilité
de donner un coup de pied dans la fourmilière, d’entrepren- dre leur vie. Covoiturage, copartage, coworking, crowdfun- ding démontrent qu’une dynamique est libérée. Je pense que la jeunesse d’aujourd’hui a réveillé la vieille France, em- pêtrée dans ses schémas traditionnels et clivants. Un dé- clencheur ? Assurément la crise de 2008, où de jeunes gens, qui avaient déjà du mal à accepter l’autorité parentale, pro- fessorale ou juridique, ont décidé de voler de leurs propres ailes. Il nous faut leur faire confiance et les aider à trouver leur place dans l’économie actuelle. Les outils ne manquent pas pour cela. Les politiques ont un grand rôle à jouer, en permettant par exemple le changement de statut sans as-
sommer fiscalement les personnes
concernées. Ainsi une partie des
multiples auto-entrepreneurs serait
encouragée à fonder de vraies so-
ciétés. Ils pourraient aussi permet-
tre aux salariés de travailler quand
ils en ont envie, de faire plusieurs métiers, de pouvoir exer- cer le dimanche... Il faut forcer des carcans pour libérer des énergies, les professions libérales l’apprennent actuel- lement à leurs dépens, mais cela est vital. »
J.T.
1824
Richard iriet,
président du Centre des jeunes dirigeants (CJD) et du groupe métallur- gique nantais CNI
« L’entreprise revient au cœur des territoires, c’est une bonne nouvelle », souligne d’emblée le président du plus ancien mouvement patronal français. Cette association non partisane créée en 1938 et forte de 4500 adhérents, est à la fois un laboratoire expérimental des nouvelles pratiques managériales et un think tank qui promeut un entrepreneu- riat responsable et humaniste. « Les Français font au- jourd’hui moins confiance aux dirigeants politiques qu’à l’entreprise, devenue pour eux un repère arrivant en tête juste après la famille », souligne Richard Thiriet. L’indus- triel nantais considère d’ailleurs que l’esprit d’entreprise est dans ce pays un acquis historique qui remonte à la fois à la Révolution et à la Résistance, car il exige de savoir prendre des risques pour le collectif. « De nombreux salariés ont dans un coin de leur tête le secret espoir de créer un jour leur boite, même si la majorité d’entre eux ne franchit ja- mais le pas, reconnaît le président du CJD. Pour créer il ne faut pas être dans le confort. Au contraire il faut souvent pour se lancer un facteur de déséquilibre, comme par exem- ple la perte de son emploi, qui pousse à tenter l’aventure. C’est moins vrai pour les jeunes générations. » Le patron du CJD constate en effet que les « digital native » semblent désormais trouver naturel de se lancer dans l’entrepreneu- riat, mais avec de nouveaux modèles tant sur le plan du ma- nagement que du financement, en misant par exemple sur le crowdfunding. « Cette génération est formatée de façon différente, loin des modèles affairistes des années 90, et le monde éducatif comme le monde politique sont en train de se faire dépasser. L’un et l’autre n’ont plus la main pour former ces entrepreneurs qui fonctionnent collectivement en réseau. Il ne s’agit plus d’encadrer ce mouvement, mais de l’accompagner en améliorant autant que faire se peut son environnement. » Pour cela Richard Thiriet insiste sur deux exigences à ses yeux essentielles : un, il faut faire confiance aux entreprises qui sont en train de changer de mode de fonctionnement ; deux, il faut lever la chape de plomb réglementaire qui pèse sur ces entreprises et ne pas établir en permanence de nouvelles contraintes, mais au contraire libérer les énergies en insufflant de l’oxygène.
© 1er-Plan/Bruno Astorg
« L’esprit d’entreprise, un acquis qui remonte à la Révolution et à la Résistance »
P.F.
FÉVRIER 2015
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