Page 22 - EcoRéseau n°17
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PANORAMA Grand Angle - Représentants d’entrepreneurs
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Aude de uin, présidente d’ADT lab, fondatrice du Women’s forum, fondatrice et présidente du salon Osons la France
« Les Français ont compris que de l’entreprise dépend leur avenir »
© Vanina de Turckheim
La business woman a imaginé en 2011 le forum « Osons la France, tous visionnaires » pour
l’épanouissement de l’esprit d’entreprise dans notre pays de- puis quelques années. « Il y a, c’est indéniable, un sentiment de plus en plus positif des Français à l’égard de l’entreprise ; nos concitoyens ont compris qu’il ne fallait pas tout attendre de l’Etat et que c’est de l’entreprise que dépend notre avenir, souligne Aude de Thuin. Les gens ne réalisent pas toujours qu’il y a déjà des moyens formidables mis à disposition des entrepreneurs. Nous ne sommes pas encore au niveau des Etats-Unis où le réflexe est de se dire : c’est possible ! A nous de faire la pédagogie de l’économie, de montrer qu’il y a déjà des bâtisseurs qui se battent pour inventer notre avenir. » L’esprit d’entreprendre rayonne dans toute la population, tous âges confondus, estime Aude de Thuin, à commencer par les salariés qui voient que leur entreprise est en train de changer avec de nouvelles méthodes de travail qui se mettent en place grâce aux technologies numériques. « Inscrire l’esprit d’en- treprendre dans la devise républicaine de notre pays comme le propose Léonidas Kalogeropulos peut en ce sens être utile
pour mobiliser la société dans son ensemble, et notamment le monde de l’éducation qui n’a pas encore suffisamment évo- lué sur ce point. Cela dit le désir d’entreprendre des jeunes nait d’abord dans le contexte familial. L’influence des parents est fondamentale pour faire naitre cet état d’esprit initial et créer une véritable dynamique entrepreneuriale. » Et quand on l’interroge sur les freins qui subsistent encore, la fondatrice de « Osons la France » est formelle : l’obstacle principal est de nature psychologique, c’est le manque de confiance que ressentent les Français à l’égard d’eux-mêmes et de leur pays. « Les autres freins de nature juridique, économique, finan- cière, réglementaire, sont secondaires. L’important est de lut- ter contre le pessimisme ambiant. L’incroyable mobilisation populaire que nous avons connue le 11 janvier contre les at- tentats terroristes prouve que nous en sommes capables, tous ensemble. »
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lutter contre la morosité et promouvoir l’esprit d’entrepren- dre. La dernière édition organisée durant trois jours au Grand Palais à Paris en décembre dernier mariait à la fois un forum d’échanges grand public avec des leaders d’opinion – entre- preneurs, intellectuels, grands acteurs de l’économie française – sur la France de demain ; et une exposition consacrée aux innovations hexagonales dans tous les secteurs – santé et bio- technologies, numérique, énergie et environnement, robo- tique, alimentation, design, éducation... « Nous voulions montrer la France qui ose, innove, entreprend et crée les em- plois de demain pour réconcilier les Français avec leur éco- nomie et renouer avec l’optimisme dont le pays a tant besoin », affirme Aude de Thuin. L’évènement devenu bien- nal se déclinera tout au long de 2015 en roadshow partout en France. Un poste d’observation incomparable pour mesurer
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24 Dominique Restino, président du
Mouvement pour les jeunes et les étudiants entrepreneurs (Moovjee), de l’Agence pour la création d’entreprise (APCE),
de l’Association française des Instituts
« Nous sommes enfin passés de la notion de patron à celle d’entrepreneur »
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David Pouyanne, fondateur du groupe DPG (immobilier d'entreprises), président de Réseau Entreprendre
Dominique Restino est un chef d’en- treprise doué, plus que d’autres, du don d’ubiquité. Le dirigeant de la société Expertive (recrutement spécialisé) et du cabinet de conseil Executive capital, qu’il a créés, cumule aussi les cas- quettes énoncées plus haut. Il est en outre délégué du Président de la CCI Paris-Île-de-France, en charge de la création, du développement et de la transmission des entreprises. L’esprit d’entreprise lui est donc quelque peu familier... « Il s’est fortement déve- loppé en France depuis une dizaine d’années et nous sommes insensible- ment passés dans l’opinion de la no- tion de patron à celle d’entrepreneur, ce qui a redonné des lettres de noblesse à ce métier, constate Dominique Res- tino. Il y a aujourd’hui une véritable reconnaissance du dirigeant d’entre- prise, de son engagement. Parallèle- ment il s’est produit une segmentation de cet entrepreneuriat avec le dévelop- pement d’entreprises créées par des femmes, par des jeunes, dans le secteur de l’économie sociale et solidaire, de l’économie numérique... » Cette adhé- sion à l’esprit d’entreprise se traduit naturellement par un nombre accru de créations. « Auparavant les gens rê-
vaient en silence de monter un projet, désormais ils passent à l’acte, aidés il est vrai par la création du statut de l’auto-entrepreneur qui a rendu ces projets possibles », insiste celui pour qui la France est un des pays au monde où la création est le plus accompagnée. « Créer une entreprise est facile ; le plus dur reste de la développer. Notre écosystème est très performant, avec par exemple Pôle Emploi qui aide les créateurs ou une agence comme l’APCE dont le site internet reçoit plus de 11 millions de visiteurs uniques par an – avec également la Caisse des dé- pôts, Bpifrance, les CCI, les chambres de métiers, l’Ordre des experts comp- tables, de nombreuses associations d’accompagnement des créateurs, bref un tissu énorme. » Les freins à l’esprit d’entreprise ? Ils sont peu nombreux estime Dominique Restino, qui pointe surtout la conjoncture. « En période de crise les gens ont parfois peur de créer, estimant que le risque d’échec est trop grand. Pourtant c’est souvent là qu’apparaissent les entreprises les plus innovantes et donc les plus perfor- mantes. »
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Le statut de l'auto-entrepreneur a boosté la création d'entreprise en 2008
Source : Insee/APCE avril 2014
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© Patrick Alves photography
« Les choses ont évolué
cette évolution, estime le président du réseau En- treprendre qui juge qu’en la matière les choses bougent trop lentement. « Il y a encore trop de ré- ticences à ouvrir l’école sur l’entreprise, il faudrait plus décentraliser, donner plus de pouvoir au local. C’est dans cette logique que s’inscrit notre action de soutien au mouvement « Entrepreneurs demain » dont nous sommes co-fondateurs. » Créée au lendemain des Assises de l’Entrepreneu- riat, cette initiative vise à mieux sensibiliser à l’en- trepreneuriat les élèves du secondaire et de l’enseignement supérieur, soit au bas mot neuf millions de jeunes et leurs professeurs. Au pro- gramme par exemple un concours qui vise à aider les jeunes à créer leur entreprise. Les candidats en- trepreneurs de 18 à 26 ans ont jusqu’au 25 avril pour poster une vidéo présentant leur projet de création d’entreprise sur le site www.100jourspou- rentreprendre.fr. Début mai, un jury de profession- nels désignera dix lauréats qui gagneront une « box » de l’entrepreneur d’une valeur de 5000 euros : 2500 euros à placer sur le compte de son choix, un accompagnement juridique et compta- ble, des assurances, un mentorat Moovjee....
« L’Education nationale n’a pas encore pris pleinement mesure de ce changement »
du mentorat entrepreneurial
dans le bon sens parti- culièrement chez les jeunes, confie David Pouyanne. Les gens ont enfin réalisé que pour créer de la croissance et de l’emploi il faut que les entreprises soient fortes. » Le président du réseau Entreprendre, « association de chefs d’entreprise qui accompagnent les créateurs des futures PME » constate qu’il y a aujourd’hui à la fois plus de pression et de passion pour entreprendre. « Chez nous l’augmentation du nombre de créations d’en- treprise a été gonflée par le régime de l’auto-en- trepreneur. En ce qui nous concerne nous n’accompagnons que les entrepreneurs qui vont créer une dizaine d’emplois, qui ne représentent que 3% du nombre total de créations chaque année mais 80% du nombre d’emplois. Avec elles nous créons en moyenne 15 emplois à cinq ans. » Le développement de l’esprit d’entreprise se nour- rit aujourd’hui du changement de paradigme : « Nous sommes dans une période de mutation so- ciétale énorme, un véritable changement d’époque, avec l’innovation pour creuset ». Or certains secteurs comme l’Education nationale n’ont pas encore pris pleinement la mesure de
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FÉVRIER 2015

