Page 20 - EcoRéseau n°17
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n°17
PANORAMA Grand Angle - Représentants d’entrepreneurs
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16 adhérent à une association
3,5%
millions de français de plus de 18 ans
1124 Sophie de Menthon, présidente du mouvement patronal Ethic qui a initié la fête des entreprises « J’aime ma boîte !», membre du CESE
millions de français sont bénévoles
: c'est la contribution du secteur associatif au PIB
« En finir avec le « ce n’est pas
Sources : CNRS-CES, INSEE
© Claire Curt
Ressentez-vous cet esprit d’en- treprise en France ?
Son niveau progresse, mais il sem- ble encore trop faible. Celui-ci en appelle à la responsabilité indivi- duelle, ce qui ne correspond pas à la mentalité française actuelle. S’as- sumer, avoir confiance en soi, etc., ne sont pas encore l’apanage du grand nombre. Les tics de langage sont d’ailleurs révélateurs d’une im- plication parcimonieuse : « ce n’est pas mon problème », « ce n’est pas moi qui m’en occupe », ou pire « je ne suis pas payé pour ça ». Souvent les gens dans l’entreprise s’en la- vent les mains, ont leur pré-carré et n’en démordent pas. Passez un coup de téléphone aux Etats-Unis, la personne cherchera à aider, même si la demande sort de son cadre de compétence. Ici on entend plus souvent « ma collègue a pris ses vacances, rappelez plus tard ». La notion de service n’est pas an- crée, celui qui fait du zèle est assi- milé à un « larbin » depuis la Révolution. Ceux qui ont l’esprit d’entreprise sont les gens à leur compte, les commerçants, les pro- fessions libérales, ceux dont le sa-
France est un pays qui n’admire pas ses patrons, et la manière d’ensei- gner n’y est pas étrangère. Les profs n’ont pas l’esprit d’entreprise.
Quelles pistes pour changer cette situation ? L’organisation du travail y est pour beaucoup. Il s’agit désormais de privilégier les organigrammes en râteau où chacun est responsable de ce que fait le voisin, pour enfin en finir avec le « ce n’est pas moi ». Une telle configuration valorise l’implication collective et récom- pense la prise de risque. Les gens n’ont plus assez le choix. Et tout le mal vient du fait qu’à la longue ils n’ont plus envie de choisir. Le fait de redonner de la liberté, avec une loi Macron par exemple, va dans le bon sens. Et qui dit choix dit risque. Il importe donc de revenir égale- ment sur le principe de précaution qui a été galvaudé et qui engage à ne rien tenter. Et pourquoi ne pas in- troduire à l’école, dans les cours d’éducation civique qui ne concer- nent pour l’heure que l’Etat et ses institutions, l’esprit d’entreprise qui induit responsabilités et respect des autres. Je ne pense pas que le chan- gement de la devise républicaine changerait l’état d’esprit d’une na- tion. Je crois plus en des initiatives comme « J’aime ma boîte ! » qui font aimer la structure dans laquelle les gens travaillent, et donc forcé- ment les encouragent à s’impli-
moi qui m’en occupe » »
1224 PhilippeHayat,fondateurdel’association100000 entrepreneurs, gérant du fonds Serena Capital
« Le verrou culturel saute enfin »
Les mentalités ont-elles progressé sur l’esprit d’en- treprise ?
Le verrou culturel est en train
groupes qui licencient. J’attends le Top Chef des entre- preneurs. Les politiques aussi sont à la traîne. Les en- trepreneurs ont du mal à s’imposer dans ce domaine, à l’exemple de Denis Payre. Il y a encore une écrasante majorité de fonctionnaires à l’Assemblée nationale. La loi Macron et les déclarations enjoignant les jeunes à vouloir être milliardaires sont de grandes avancées.
de sauter. L’envie d’entrepren- dre s’est généralisée car les jeunes ont besoin de donner du sens à ce qu’ils font, et ils se sont aperçus que les grands groupes n’étaient pas la panacée. Le marché du travail devenant toujours moins accueillant, l’Etat étant de moins en moins en mesure de les aider, les jeunes franchissent le pas, ce que je raconte dans un livre (*). Des signes ne trompent pas : j’ai créé la filière entre- preneuriat à l’Essec il y a 20 ans et deux étudiants sur la promo créaient leur boîte, contre 40 aujourd’hui. Il y a encore des progrès à faire : 5 à 10% à l’Essec ou HEC, contre 40% à Harvard ! Mais cela progresse. Depuis huit ans ce sont 250000 jeunes qui ont été sensibilisés par 100000 entrepreneurs dans les classes, et nous at- teignons aujourd’hui le rythme de 100000 jeunes ren- contrés par an. 550000 créations par an... C’est un français sur cent qui crée quelque chose chaque année. L’auto-entrepreneuriat a encouragé le mouvement. Je constate une grosse avancée de la société civile, des ré- seaux d’entrepreneurs qui se mobilisent et font du lob- bying. Dans le groupe de travail des jeunes dont je me suis occupé aux Assises de l’entrepreneuriat, nous avons proposé une sensibilisation des jeunes de la 6e à la Terminale, une obligation de formation à l’entrepre- neuriat pour les étudiants qui sont entre le Bac et Bac+8, le statut d’étudiant entrepreneur. Tout a été repris. J’ai fédéré 40 associations pour que nous fournissions des modules d’enseignements aux établissements, l’ensei- gnant faisant son marché. Les zones d’ombre restent les médias qui ne perçoivent encore que les grands
Quels sont les derniers écueils ?
Le mal français est de ne pas réussir à faire grandir ces sociétés nouvellement nées. Sur les 550000 créées, 7000 auront plus de dix salariés, 1000 plus de 50 sala- riés, zéro plus de 250 salariés. Le verrou fiscal – on em- pêche encore les gens d’avoir une jouissance de leur capacité d’initiative – et le verrou social – à quand la possibilité pour les patrons de PME d’ouvrir le capital aux salariés ? – font du mal.
Que pensez-vous de l’idée de changer la devise républicaine ?
C’est une bonne idée. Cet esprit d’entreprise, d’entre-
prendre, est fédérateur. Peu de valeurs sont capables de réunir neuf Français sur dix. La société a besoin que les citoyens, les salariés, et tous les autres exercent leur es- prit d’entreprise. Si les énergies sont libérées, la France peut être très rapide et vite grimper l’échelle. L’esprit d’entreprise est la seule façon d’offrir un avenir aux centaines de milliers de jeunes des quartiers qui sont en marge de la société. Il leur permettrait de s’accomplir et de canaliser leur énergie. Nous avons les talents d’in- novation et l’héritage culturel pour que cela fonctionne. (*) « L’avenir à portée de main » de Philippe Hayat, éd.Allary, avril 2015
laire dépend de l’implication.
L.K. et J.T.
Quelles sont les raisons de ce désinvestissement ?
Les syndicats partent du principe que les salariés sont exploités et que ceux-ci ne doivent pas en faire plus. Cet état d’esprit, combiné aux 35 heures et au principe de précaution ont freiné l’esprit d’entreprise. Mais il faut surtout regarder l’école. La
quer.
J.T.
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Xavier Kergall, directeur général des Echos Business, fondateur du salon des entrepreneurs
« Le problème est que nous passons notre temps à élever des bonsaïs »
Trouvez-vous que l'esprit d'entre- prendre est suffisant en France ? Oui, mais je préfère utiliser les termes d'esprit d'initiative plutôt que ceux
extrait Kbis ! On a depuis plusieurs années de vrais porte-dra- peaux : Dutreil, Lebranchu, Novelli...
Et comparativement aux autres pays, la France est-elle bonne ou mauvaise élève ?
Les derniers classements de l'OCDE prouvent que nous sommes très bons pour créer des boites, mais le problème, comme l'évoquait Pierre Gattaz, reste celui de l'incapacité à créer des ETI. Nous passons notre temps à élever des bonsaïs. Nous éprouvons des difficultés à développer et donner de la respiration aux start-up. Par ailleurs, nous souffrons aussi d'un trop plein de réglementation et de procédures. C’est comme partir faire du trekking avec le même sac que nos voisins euro-
G.F.
Quels obstacles ?
d'esprit d'entreprendre. Depuis une di- zaine d'années, c'est devenu une des clés de voûte de notre société. On cherche plus à être autonome, à se responsabiliser. C’est une lame de fond sociologique, les parcours traditionnels dans une famille ont explosé. Ce faisant, les parents ne sont plus hostiles à la création. De même les politiques ont pris conscience que les acteurs du CAC ne sont pas les seuls à impacter l'économie. Chaque année, le Salon des entrepreneurs attire en moyenne une dizaine de ministres. D'ailleurs, c'est aussi l'occasion de faire découvrir pour certains ce qu'est un
L'un des fondements de notre société demeure le poids de la culture judéo-chrétienne stigmatisant l'argent, la réussite et le matérialisme. Dutreil disait que l'individu naît entrepreneur, mais la société le corrompt et lui fait accepter un rôle de salarié docile. Et si l'on doit pointer des blocages, on peut évoquer notre système éducatif qui repose sur la méritocratie scolaire, la course aux diplômes – et non des critères d'innovation ou de créativité. Notre modèle d'enseignement va plutôt castrer nos enfants parce qu'il faut rentrer dans le moule.
péens mais chargés de 10 kg de plomb supplémentaire.
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FÉVRIER 2015
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