Page 18 - EcoRéseau n°17
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n°17
PANORAMA Grand Angle - Société
© Deroubaix
Comment insuffler
Comment encourager la création d’entreprise chez les salariés ?
En accompagnant les parcours profes- sionnels en ce sens, notamment en aidant les talents à changer de statut s’ils le sou- haitent. Mais nous voyons deux points de blocage. Premièrement, la nouvelle convention d’assurance chômage a considérablement allongé le délai de ca- rence, obligeant les cadres à brûler le pé- cule de leur rupture conventionnelle ou de leur licenciement pour des raisons uti- litaires, au lieu d’en faire un argument auprès de leur banquier pour soutenir leur projet. Deuxièmement, on fait porter beaucoup de démons à la loi Hamon sur la reprise d’entreprise par les salariés, alors que c’est un enjeu important. 700000 sociétés seront à reprendre en France dans les prochaines années compte-tenu de la pyramide des âges des patrons. Or, 10% mettent la clé sous la porte faute de repreneur. Les patrons d’entreprise doivent avoir conscience qu’il y a peut-être, parmi leurs salariés, des personnes prêtes à donner une nou- velle impulsion pour que ces emplois ne
L.K. et A.M.
l’esprit d’entreprise chez
les salariés ?
L’esprit d’entreprise est un élément de décloisonnement, de cohésion, de mixité. On devrait trouver normal en France qu’on change de métier et de sta- tut, qu’on se reconvertisse, qu’on fasse des aller-retour entre le public et le privé. Avant tout, les entreprises doivent traiter trois grands facteurs de risques psycho- sociaux : ne pas connaître la vision du chef d’entreprise ; ne pas savoir à quoi sert son travail ; ne pas se sentir reconnu à sa juste valeur. Dans un deuxième temps, nous travaillons à des logiques d’innovation participatives pour que chacun soit contributeur d’innovation au sein de l’entreprise. Nous devons passer des managers-experts aux accompagna- teurs de talents, qui doivent faire pro- gresser leurs équipes. Les entreprises devront écouter ces talents, quitte à re- mettre en cause des orientations straté- giques ou des projets déjà lancés. C’est le prix pour devenir les leaders français
dans notre époque pour maintenir la flamme. En Allemagne les salariés sont considérés comme des partenaires, sont partie prenante des déci- sions et le rythme des dialogues sociaux est im- posé chaque année. Le système implique plus le salarié outre-Rhin. Cet esprit d’entreprise ne tombe pas du ciel, il est nourri par un dialogue social sincère et une confiance. Les partenaires sociaux doivent par exemple être consultés avant qu’on légifère sur leur activité dans l’en- treprise. Cela n’a pas été le cas pour la loi Ma- cron par exemple. C’est ce genre d’oubli qui annihile les bonnes volontés. Changer la devise républicaine n’aurait pas beaucoup d’impact. Nous ne devons pas agir sur l’affichage, mais dans les faits. »
J.T.
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Carole Couvert (CFE CGC),
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« Cet esprit d’entreprise peut indubitablement aider l’économie à repartir, et tout le monde est susceptible de l’adopter, y compris les salariés. Ceux-ci ne considèrent pas que l’entreprise est leur ennemie, bien au contraire, comme le dé- montrent les sondages. Mais ils ressentent une désillusion en constatant ce que l’entreprise fait de leur regard bienveillant. Il n’y a pas de réci- procité, ils ne sont pas considérés comme de vrais partenaires. On leur rappelle simplement le lien de subordination. Le climat actuel est en plus tendu, leur contribution est moins reconnue. La conséquence ? Cette situation contribue à rendre les équipes moins dynamiques et respon- sables, à détourner les salariés d’un véritable es- prit d’entreprise. Après le côté paternaliste du chef d’entreprise, puis l’attachement viscéral du salarié pour son entreprise, rien n’a été trouvé
présidente confédérale de la CFE-CGC
Françoise Geng, présidente (CGT) de la section du travail et de l’emploi au Conseil économique, social et environnemental (CESE)
« Chacun peut être contributeur d’innovation dans l’entreprise »
« Pas d’esprit d’entreprise chez les salariés sans dialogue social sincère »
de demain.
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« Je perçois une mise en valeur des caractéristiques entrepreneuriales. L’augmentation des expérimentations intrapreneuriales dans les grands groupes, la primauté graduelle à l’action – mieux vaut ne pas faire parfait tout de suite plutôt que sans défaut dans deux ans – en sont les faisceaux d’indices. Reste à véritablement accepter l’échec, et c’est peut-être le plus grand obstacle à franchir. Le principe de précaution a été une vraie bêtise. L’école apprend à avoir peur et à se protéger. En anglais on dit « take a chance », en français on dit « prendre un risque ». Tout est dit. Pourtant surprotéger affaiblit, entreprendre aguerrit. Aujourd’hui il est facile de créer un business en France grâce aux multiples dispositifs d’accompagnement. Reste à tenir dans la durée, car nous avons juste levé les freins initiaux. Les nouvelles technologies permettent de surfer sur des réinventions d’anciens business models, le ticket d’entrée est faible pour toutes ces start-up. Autonomie, légèreté, volonté de respirer de l’air frais... Les entrepreneurs installés répondent généralement aux journalistes que ce qu’ils regret- tent le plus est de ne pas s’être lancés plus tôt. La soif d’indépendance, le rejet des grosses structures où les gens s’aperçoivent qu’ils ne sont guère mieux protégés que dans les petites, accélèrent la mutation. Il existe en réalité deux France qui se tournent de plus en plus le dos : une qui est velléitaire (74% veulent créer leur boîte mais ne le font pas), qui fuit le risque et s’enfonce dans le refus du capitalisme, une autre qui est entrepreneuriale comme aux Etats-Unis, et qui souffre des obstacles règlemen- taires. L’entrave principale est le droit social et ses effets de seuils. Il faudrait les sup- primer en dessous de 250 salariés. La fiscalité est un faux problème car elle n’empêche pas la société de grandir, elle ne freine pas l’esprit d’entreprise. » J.T.
« L’idée de dire qu’en tant que citoyen chacun peut apporter »
disparaissent pas.
Quel est le rôle du SMA ?
Pour quels métiers sont-ils formés ?
924 GénéralPhilippeLoiacono,commandantduser- vice militaire adapté (SMA) au ministère des Outre-mer
Philippe Bloch, journaliste, conférencier, écrivain, fondateur de BPRH pour du conseil en communication et formation,
ainsi que de la chaîne Colombus Café
Le SMA a été créé en 1960 à cause des besoins dé- mographiques et sociétaux aux Antilles. Les jeunes turbulents ne pouvaient pas aller faire leur service national en métropole à cause du coût et il n’y avait qu’un seul régiment. A la fin du service nous sommes devenus un organisme d’insertion profes- sionnelle pour les décrocheurs de 18-25 ans. Ceux- ci sont en situation d’échec (scolaire, professionnel, familial...) et intègrent le SMA durant six ou neuf mois sur la base du volontariat.
Certains parcours sont emblématiques. Ainsi nous avons formé des conducteurs – homme ou femmes – de Dumpers, ces immenses camions utilisés dans les mines, et quelques-uns sont partis au Canada ou en Australie pour décrocher de mirifiques contrats. Dans l’ensemble nous formons à des métiers sim- ples dans le bâtiment, la terre, la sécurité, la logis- tique et un peu de tertiaire.
Pourquoi l’armée assure-t-elle cette mission ?
Les chefs d’entreprise affirment que la qualité pre- mière des jeunes qui sortent du SMA est le savoir- être. Ils seront à l’heure, en tenue, et respecteront les consignes. Le cadre est structurant. L’armée fait ce qu’elle sait le mieux faire, nous valorisons le succès et la notion d’effort, nous inculquons les règles de base et accompagnons. Nous avons un but : opti- miser l’employabilité de ces jeunes qui parlent créole. Nous leur expliquons qu’il faut parler et lire le français pour signer le bon contrat, qu’il faut compter pour savoir ce qui est payé. Tout est dans le pragmatisme. Il y a aussi l’idée de dire qu’en tant que citoyen chacun peut apporter. Nous avons be- soin d’eux. Nous reconstruisons leur fierté. Nous avons d’ailleurs introduit, en partenariat avec les Compagnons du devoir et Polytechnique, le label volontaires d’excellence, car cette qualité n’a pas seulement droit de cité dans les grandes écoles. Le concept a été généralisé à l’Etablissement public
« Surprotéger affaiblit, entreprendre aguerrit »
Qui sont au juste les décrocheurs ?
La carte d’identité de ces volontaires ? 21 ans en moyenne, 42% d’illettrés, 27% de femmes. Nous nous appuyons sur les prescripteurs comme Pôle emploi. Nous allons bientôt atteindre les 6000 jeunes. 44% trouvent par la suite un CDI ou un CDD longue durée de plus de six mois. D’autres partent pour d’autres formations ou ont obtenu un diplôme. Seulement 12% quittent la formation.
Comment vous y prenez-vous ?
Nous avons pour mission de leur redonner confiance et dignité. Nous mettons l’accent sur ce qui est bien et sur leurs qualités, dans le sport, l’ac- quisition des compétences sociales (permis de conduire, éducation civique, savoir-vivre, etc.) et professionnelles (attestations de formation profes- sionnelle de 1000 heures etc.). Nous travaillons avec les branches professionnelles, qui nous font remon- ter les besoins des chefs d’entreprise. Ceux-ci disent s’il existe un marché. Nous en plaçons 75% en in- sertion locale, 20% en métropole. Les entreprises s’investissent dans les programmes en proposant des stages et du matériel.
d’insertion de la défense (EPIDE) en métropole.
L.K. et J.T.
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FÉVRIER 2015
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