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Laurent Grandguillaume, député PS de la Côte-d’Or, co-président du Conseil de la simpli- fication pour les entreprises
Sentez-vous un réveil de l’esprit d’entreprise ?
En préparant mon rapport sur les auto-en- trepreneurs, j’ai rencontré sur tout le ter- ritoire des entrepreneurs issus de parcours très différents : des retraités, des salariés, des gens sans emploi. Les cloisons sont en train de tomber, aujourd’hui on parle même d’intrapreneuriat et d’étudiant-en- trepreneur ! Il y a des mutations profondes dans la société, les gens ont envie d’entre-
Grand Angle - Politiques PANORAMA
Jonas Hadad, secrétaire national en charge de l’entrepreneuriat et des jeunes à l’UMP
L’esprit d’entreprise est-il dans l’ADN français ?
Nous sommes très pessimistes sur nous- mêmes, alors que dans nos territoires beaucoup de talents entreprennent, non seulement dans l’économie, mais aussi dans le domaine social et environnemen- tal. Nous avons la chance d’avoir de nom- breux atouts : parmi les meilleurs chercheurs du monde, des entrepreneurs inventifs, des collectivités territoriales ef- ficaces, de grandes universités, un tissu
« Egalement une réponse à la financiarisation et à la volatilité des employeurs »
associatif extraordinaire.
L’esprit d’entreprise s’était un peu mis en sommeil, et nous y avons tous une respon- sabilité, car on a pensé qu’on créerait plus de justice, d’égalité et d’équité en légifé- rant pour tous afin de corriger des situa- tions particulières. Mais l’empilement des dispositifs, des normes et des règles a abouti à une situation contraire à l’esprit de départ. C’est pourquoi il faut simplifier. Par exemple, en simplifiant les règles de la création d’entreprise, on permet au plus grand nombre d’y avoir accès, au lieu qu’elle soit réservée à ceux qui pourront avoir les informations nécessaires.
prendre, d’innover.
Cet esprit d’entreprise est-il de- venu palpable ? Survient enfin une prise de conscience de la difficulté des ini- tiatives publiques. Les gens se tour- nent plus vers les initiatives privées et adoptent en fait des comporte- ments qui ont cours aux Etats-Unis depuis longtemps. Il y a quelques années, lorsque j’annonçais que je devenais secrétaire national en charge de l’entrepreneuriat, les gens demandaient pourquoi une telle fonction. Aujourd’hui ils ne se po- sent plus cette question. L’auto-en- trepreneuriat et la course à l’innovation qui s’est installée ont aidé à changer les mentalités. L’ini- tiative d’un Niel qui pallie le manque des universités ou grandes écoles en formant des gens à de nouveaux métiers ne paraît plus si atypique. C’est le regard qui a changé. Regardez le mouvement des Pigeons. Il y a 30 ans on leur aurait dit de payer leurs taxes et de s’estimer heureux. La nouvelle gé- nération a estimé que ceux qui avaient réussi ne devaient pas être
de redonner du sens à la collabora- tion, en ajoutant cette notion d’épa- nouissement. Mais dans un même temps on peut évoquer un retour à la normale. Le mot entrepreneur vient de la langue de Molière à l’origine. Les Français sont avant tout un peuple d’idéalistes, et pour être entrepreneur il faut un peu l’être ; il suffit de regarder les idées et objectifs des dirigeants de Google ou Amazon.
Cette évolution est-elle singulière à la France ?
Non. Le numérique a partout ampli- fié le phénomène. Songez que Peu- geot, avec ses 100 ans d’ancienneté et ses centaines de milliers de sala- riés, est moins valorisé que Snap- chat qui emploie 50 personnes et existe depuis quelques années. Les success stories numériques sont plus incitatives que les aventures in-
« L’esprit d’entreprise était en sommeil. C’est terminé »
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Comment libérer ces énergies ?
Outre la simplification, les entrepreneurs ont besoin de visibilité sur le plan fiscal, d’investissements durables, et que les rè- gles ne changent pas tous les mois. Il faut continuer les réformes structurelles, même si elles vont mettre du temps à produire leurs effets. La dynamique engagée depuis deux ans repose sur trois piliers : le pacte de compétitivité, la loi Macron, et le choc de simplification. Il suffirait de peu pour retrouver confiance en nous-mêmes, nous avons toutes les cartes en main : un mo- dèle social envié par beaucoup de pays, en même temps que cet esprit d’innovation et de création.
A.M.
si lourdement taxés.
Quelle serait la mesure la plus urgente à prendre pour le gou- vernement ?
Revenir sur l’instabilité fiscale pa- rait essentiel. Mais je crois qu’elle devrait concerner en priorité les jeunes. Le problème actuel est non pas l’immigration, mais l’émigra- tion des jeunes entrepreneurs qui partent vivre leur aventure dans d’autres contrées. Symboliquement, il serait donc par exemple intéres- sant de supprimer l’impôt sur les so- ciétés pour les créateurs de moins de 30 ans. Le pays serait vu comme un eldorado de l’entrepreneuriat, et de jeunes Anglais, Italiens, Espa- gnols seraient même tentés de venir. Nous sommes quand même en train de vivre la première époque où une génération quitte le pays alors qu’il
J.T.
Cet éveil est-il inattendu ?
Le phénomène paraît récent car de- puis 50 ans les Français étaient un peu plus tournés vers l’assistanat. Les jeunes subissent un choc de réa- lité, constatant la financiarisation de l’économie. Ils peuvent être virés du jour au demain et considèrent donc qu’ils ne doivent pas de fidé- lité à l’entreprise qui les emploie. Ils créent une activité à côté et regar- dent si elle rencontre le succès. Si c’est le cas ils basculent. Il n’y a plus de valeurs communes, les gens n’entrent plus dans un univers, une culture Peugeot ou Renault. Ils sont sur des challenges ponctuels. Les DRH l’ont bien compris, et en pro- posant l’intrapreneuriat ils essaient
n’est pas en guerre.
dustrielles d’antan.
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