Page 14 - EcoRéseau n°17
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n°17
PANORAMA Grand Angle - Institutionnels ritairement situé dans les
citoyen », insiste le Géné- ral Philippe Loiacono, commandant du Service militaire adapté (SMA) au ministère des Outre-mer, qui cherche à réinsérer les
sation fiscale, la suppres- sion de l’impôt sur les so- ciétés pour les créateurs de moins de 30 ans afin d’attirer les jeunes entre- preneurs européens pour
« Récompensons ceux qui osent, qui vont de l’avant, même s’ils échouent. Si chaque individu avait pleinement conscience de ce qu’il pouvait apporter,
quartiers : « Beaucoup ca- ressaient l’idée de se met- tre à leur compte, puis s’abstenaient devant les risques, pensant à leur fa- mille et aux dettes déjà contractées. Mais au- jourd’hui le chômage y est tel que la plupart n’ont plus rien à perdre ». Il est possible de dépasser les clivages sur ces ques- tions selon Karim Zerebi : « Pour que notre Répu- blique reste fidèle à ses valeurs, il lui faut prendre en compte le monde dans lequel nous vivons en en- courageant cet esprit d’entreprise ». C’est là que l’Etat a un rôle à jouer, celui de libérer les énergies, favoriser la mé- ritocratie, encourager la prise de risque, « faire comprendre à chacun qu’il peut apporter quelque chose en tant que
Si chaque individu avait pleinement conscience de ce qu’il pouvait apporter, un souffle nouveau animerait le pays. L’exemplarité est essentielle
L'esprit d'entreprise, pour toucher du doigt le succès...
« décrocheurs ». Les pistes évoquées sont va- riées, allant de la simpli- fication des règles de création d’entreprise pour Laurent Grandguillaume à l’esprit d’entreprise en- seigné durant les cours d’éducation civique – parce qu’il induit respon- sabilités et respect des au- tres – pour Sophie de Menthon. Sans oublier les allègements et la stabili-
Jonas Hadad : « Nous au- rions plus à y gagner, en termes d’image, de dyna- misme, d’exemplarité et de finance. Le jeu en vaut la chandelle. Nous sommes en train de vivre la première époque où une génération quitte le pays alors qu’il n’est pas en guerre ». Avec tou- jours cette idée que l’Etat ne doit plus être accompa- gnateur, mais facilitateur.
un élan, un souffle nou-
veau animerait le pays. énonce Karim Zerebi. Nous avons toutes les cartes en main : un mo- dèle social envié par beaucoup de pays, en même temps que cet es- prit de débrouille, d’inno- vation et de création souvent sous-estimé...
Julien Tarby
»,
© David Delaporte
« Système politico-administratif vs acteurs locaux, une opposition croissante »
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Jean-Paul Delevoye, président du conseil économique, social et environnemental (CESE)
Comment s’explique le respect croissant que sus- cite l’entrepreneur ?
Depuis cinq ans nous menons avec le Cevipof une étude sur l’état de la société française. Et il apparaît clairement que tout ce qui est local, de proximité, ac- quiert de plus en plus de crédit quand ce qui est lointain semble discrédité. Ainsi l’exécutif subit toutes les cri- tiques. La PME, la petite entreprise de voisinage, la mairie, la famille, les copains reviennent sur le devant de la scène. Plus la mondialisation augmente, plus les gens se tournent vers leur environnement immédiat. Autre changement notoire constaté, 75% des personnes interrogées il y a trois ans demandaient aux entreprises de remplir un maximum de critères RSE. Aujourd’hui elles leur demandent seulement d’être efficaces sur un plan économique. L’acte d’entreprendre et d’embau- cher est devenu le plus important. En cette période de crise les Français privilégient le résultat, quitte à mettre les concepts et les idéologies de côté, afin de redevenir
ment. Il est possible, à sa petite échelle, de créer si on est libéré des contraintes. Les Allemands ont l’obsession des process et du collectif, les Anglais sont focalisés sur le résultat, et les Français sont créatifs et inventifs. Le potentiel de cette dynamique est donc colossal.
chaïque le capital et le social, toujours selon des cri- tères de dominant/dominé.
acteurs de leur propre destin.
Il y aurait donc un certain retard français ?
Quelle en est la conséquence ?
Nous souffrons de plusieurs maux. Premièrement les Français entretiennent une relation pathologique avec celui qui réussit et qui doit être puni, ou celui qui échoue et qui doit être culpabilisé. Deuxièmement le manque de confiance est une réalité dans notre société, quand 75% des Danois disent avoir confiance en leurs voisins. Troisièmement nous analysons de manière ar-
Les récents évènements tragiques démontrent la fragilité de la société et de la vie, les gens veulent donc faire quelque chose de concret. Ils passent du « big is beauti- ful » au « small is beautiful » qui les implique directe-
J.T.
L’avenir s’annonce donc radieux ?
Le but est de retrouver le goût de l’aventure, l’avenir appartient à ceux qui savent s’adapter, prendre des risques, innover de manière impertinente. Nous avons moins besoin de réforme que d’un changement d’atti- tude, dans la curiosité envers le monde de l’entreprise, dans la soif d’apprendre. Selon Antoine de Saint-Exu- péry « il n’y a pas des solutions au problème, mais une dynamique à mettre en place. Les solutions vien- dront ». Les lieux d’écoute augmentent, mais il faut en- core accroître l’accompagnement et la valorisation. Je souhaiterais qu’au 14 juillet le Président, après avoir assisté au défilé de l’armée, vienne au CESE saluer les citoyens entrepreneurs qui font la France. L’éducation est essentielle également. Dans les écoles il faudrait plus valoriser le talent de nos enfants. Cela contribuera à changer leur état d’esprit. Je suis en revanche réservé sur l’ajout dans la devise républicaine. « Liberté égalité fraternité » sont des notions de vivre-ensemble, quand l’esprit d’entreprise est une culture, à acquérir dans chaque administration, chaque territoire. Elle permet de créer, d’orienter la société mais n’est pas fondatrice.
Le problème est que le système politico-administratif a été conçu pour maintenir une centralisation et un contrôle continu, avec une certaine méfiance des ini- tiatives du citoyen. Il a toujours voulu contrôler, sous la royauté ou la république, alors qu’il faut aujourd’hui réguler, pour laisser les gens tenter l’aventure. Avec la mondialisation les pouvoirs publics ne peuvent plus contrôler totalement le territoire, ils doivent assurer son attractivité. Le terrain bouillonne donc, mais se sent entravé.
Quelle feuille de route pourrait être envisagée ?
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FÉVRIER 2015

