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Grand Angle - L’esprit d’entreprise PANORAMA
technologies, des disposi- tifs d’accompagnement ou des financements, c’est bien l’état d’esprit qui est déterminant, et qui sem- ble évoluer dans le bon sens. Des retraités, des sa- lariés, des gens sans emploi se lancent, s’impliquent, prennent des initiatives. Des salariés aussi. Les cloisons sont en train de tomber ; on parle même aujourd’hui d’intrapre- neuriat – « les DRH es-
dence ne peut plus perdu- rer ». Selon Philippe Hayat, qui a fondé 100000 entrepreneurs et donc observe depuis des années les réactions des élèves sensibilisés par les entrepreneurs de son as- sociation, c’est un vérita- ble « verrou culturel » qui a sauté en quelques an- nées.
sée, ou plutôt imposée. Il entre en conflit avec les corporatismes, se sentant écrasé par les taxes ou les contraintes bureaucra- tiques ; « toutes ces résur- gences de l’ancien temps qui sont à combattre », n’hésite pas à déclarer la chroniqueuse TV et entre- preneure Hapsatou Sy. L’opposition est constante pour ces chômeurs, retrai- tés, entrepreneurs dans l’âme qui ont pris leur destin en main, qu’ils ré- sident en banlieue, à la campagne ou dans les grandes villes, qu’ils soient diplômés ou non.
La Nation, c’est l’esprit d’entreprise de ses citoyens !
Les évènements dramatiques de ce début d’année ont entraîné une résur- gence grave, digne et solennelle de la Nation. Cette marche du 11 janvier res- tera comme un lointain écho historique au cri de « Vive la Nation » qui accom- pagna les soldats révolutionnaires re- poussant les armées des monarchies coalisées à Valmy, le 20 septembre 1792. Les monarchies voulaient des peuples sujets ; avec la Nation, le peu- ple devient acteur, et c’est ce qu’attend le peuple qui s’engage pour ce en quoi il croit : pouvoir être acteur de son des- tin. Il n’y a pas de Nation, sans la vo- lonté du peuple de la faire émerger, tenir debout, prospérer, consolider.
Mais à côté de la Nation et de la Répu- blique qui en organise les principes, d’autres forces rivalisent. Elles vien- nent voir des jeunes en leur disant:«Onabesoindevous»;par cet appel, elles offrent un sens à la vie, à l’énergie, à la soif d’accomplisse- ment, de reconnaissance, d’engagement de centaines de jeunes en déshérence.
Quand a-t-on entendu la République dire à nos jeunes : « On a besoin de vous » ?
Le peuple, dans une Nation, ne veut pas recevoir. Il veut donner, donner le meil- leur de lui-même, de ses rêves, de ses projets, de son travail, de ses ambitions, de ses solutions aux défis qui l’entou- rent, de son engagement, de ses compé- tences, de son implication...
Et si les principes auxquels nous tenons sont menacés – liberté d’expression, laïcité, société ouverte, égalité homme- femme – ce n’est qu’en consolidant notre Nation que nous les défendrons, grâce à une prospérité qui la fortifiera, et qui attirera à elle les talents et aussi
ceux qui peuvent être désorientés.
Or, la richesse des Nations, ce n’est rien d’autre que la richesse de l’Esprit d’en- treprise de ses citoyens. Où qu’ils soient, dans toutes les fonctions qu’ils occupent, que ce soit dans une entre- prise, dans une association, dans un ser- vice public, en tant qu’artistes, ingénieurs, fonctionnaires, entrepre- neurs, salariés... qu’importe : l’Esprit d’entreprise est la passion de s’accom- plir par ce que l’on fait, enrichissant par là même la collectivité à laquelle on ap- partient. On est citoyen par son engage- ment, et aucun dirigeant de la Nation ne nous l’a dit depuis si longtemps.
En appeler à l’Esprit d’entreprise de tous les Français et de tous ceux qui veulent le devenir, c’est faire jaillir partout le ci- ment qui va redonner sa colonne verté- brale à notre pays, y faire reculer le chômage et la désespérance, y faire éclore de nouvelles solutions pour répa- rer les maux connus des zones périur- baines et redonner une fierté collective à tout ceux qui participent à cette aventure collective, la rendant séduisante pour ceux qui veulent nous rejoindre. Ce ne sont pas des dessins épars ou des carica- turistes isolés auxquels les assassins s’en sont pris le 7 janvier dernier. C’est à des talents rassemblés depuis des années, qui avaient fondé l’institution Charlie Hebdo. C’est une entreprise qu’ils ont voulu tuer. C’est par l’Esprit d’entreprise que nous opposerons, aux ennemis de la liberté, le bouclier puissant d’une pros- périté assise sur le talent et l’engagement de ses citoyens.
L.K.
LE CHOC DE DEUX MONDES
Le dynamisme de tous ces acteurs ne demande qu’à se concrétiser sur un plan local, mais leurs diffé- rentes initiatives entrent en collision frontale avec le système politico-admi- nistratif jacobin, centra- lisé et contrôleur (au lieu d’être régulateur) hérité d’une longue tradition française. Cette volonté d’encadrer l’initiative pri- vée s’est construite sous la royauté puis plus tard sous la République. Il semble bien que cette or- ganisation et cette conception, qui ont en- fanté de magnifiques avancées comme les cen- trales nucléaires, le Concorde, Airbus, le TGV... ne correspondent plus au monde ouvert d’aujourd’hui, où chaque individu est en compéti- tion ou en collaboration avec l’extérieur et pos- sède un pouvoir d’action décuplé. Les gens ont be- soin de prendre leur des- tin en main et de s’occuper par eux-mêmes de leur employabilité. En filigrane des témoignages et opinions qui suivent apparaît d’ailleurs une vé- ritable fracture dans le pays. Les profils des per- sonnes interrogées sont pourtant des plus variés mais toutes distinguent
ACTIONS À MENER D’URGENCE
Ce sentiment de devoir compter sur soi-même et ses capacités d’action n’est-il pas finalement une chance ? Une chance pour l’individu de s’ac- complir, et pour le pays de profiter d’un dyna- misme retrouvé ? Assuré- ment, à condition que les réformes idoines soient adoptées. « Si les énergies sont libérées, la France pourrait assurément grimper rapidement dans les classements. L’esprit d’entreprise est la seule façon d’offrir un avenir aux cohortes de jeunes des quartiers qui vivent en marge de la société. Il leur permettrait de s’ac- complir et de canaliser leur énergie. Nous avons les talents d’innovation et l’héritage culturel pour que cela fonctionne », s’enthousiasme Philippe Hayat. Un avis partagé par l’ex-député Karim Ze- rebi, selon qui « en ban- lieue ou en ruralité, dans les territoires ou les ser- vices de l’Etat sont plus difficiles à fournir, l’esprit
saient de redonner du sens à la collaboration », précise Jonas Hadad, se- crétaire national en charge de l’entrepreneuriat et des jeunes à l’UMP –, ou
L’esprit d’entreprise est la seule façon d’offrir un avenir aux cohortes de jeunes des quartiers qui vivent en marge de la société
d’étudiant-entrepreneur ! Pour Karim Zerebi, ex- député européen EELV, fondateur du club Nou- velle France, « cette mu- tation émane aussi d’une prise de conscience col- lective que l’Etat-Provi-
cette opposition crois- sante entre le système po- litico-réglementaro-admi nistratif et le terrain. L’in- dividu, à son échelle lo- cale, ne se retrouve pas dans la configuration gé- nérale qui lui est propo-
d’entreprise doit être dé- cuplé ». Il est grand temps, comme le souligne Julien Laziou, dirigeant de Permis Malin, réseau de franchise qui propose à la location des voitures à double commande, majo-
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