Page 48 - EcoRéseau n°16
P. 48
www.ecoreseau.fr
n°16
CLUB ENTREPRENDRE Créer aujourd’hui - Mompreneurs & Dadpreneurs
du mal à s’investir dans leur projet d’entreprise. « Une fois leur bébé né, certaines femmes vont avoir tendance à rester dans leur bulle, souligne Sté- phanie Benlemselmi. Elles vont vouloir créer leur entre- prise, mais sans vrai projet de business. »
« beaucoup de femmes ont be- soin d’être confortées dans leur projet », ajoute la directrice d’ARH Conseil.
Stéphanie Benlemselmi. Alors qu’un homme va investir sans forcément tenir compte de l’avis de sa compagne, les femmes sont plus frileuses. »
également droit à des aides spécifiques, telles que le Fonds de garantie à l’initiative des femmes (FGIF), un genre d’Oséo au féminin.
« Même si elles ont un bagage professionnel et un bon niveau d’études, beaucoup de femmes vont avoir un déficit de for- mation en matière de mana- gement et de gestion, ajoute Maïté Debeuret. Or si vous n’êtes pas formée à l’entre-
Dans une moindre mesure, ces difficultés se retrouvent chez l’ensemble des porteuses de projet. Les entreprises avec des femmes à leur tête croissent moins vite que celles des hommes, selon le Baromètre 2014 publié par la Caisse d’Epargne. Les premières en- registrent un chiffre d’affaires moyen de 182000 euros, contre 294000 euros pour ces mes- sieurs. Les entreprises créées
DISTINGUER VIE PRO ET VIE PERSO
Pour soutenir les femmes dans leur création d’entreprise, clubs et réseaux dédiés aux porteuses de projet se sont multipliés. Au niveau des régions, l’as- sociation des Mampreneurs a mis en place des ateliers net- working, les MamCafés, pour que les mères de famille puis-
Autre initiative notable au ni- veau de la formation : l’Essec a développé un MOOC en collaboration avec la TV des Entrepreneurs, dispensant les fondamentaux juridiques, mar- keting, comptables... pour les femmes qui ne peuvent se dé- placer, ce qui est souvent le cas des mères avec un enfant en bas âge.
Les femmes prennent moins de risques, cherchant d’abord à consolider leur projet dans la durée
Dans tous les cas, Stéphanie Benlemselmi recommande de se faire accompagner par un expert ou une couveuse d’en- treprise. Pour ne pas se laisser déborder, « il faut bien séparer sa vie pro de sa vie perso, et savoir faire garder les enfants de temps en temps », souligne- t-elle. C’est ce qu’a fait Sonia Ben El Mabrouk, qui a jonglé entre garderie et activités extra-scolaires pour ses enfants afin de libérer du temps. Au-delà des questions d’or- ganisation, Stéphanie Benlem- selmi souligne la nécessité de
preneuriat, le risque d’échec est très important. »
Qui plus est, le soutien de l’entourage n’est pas toujours au rendez-vous. « Les mom- preneurs sont parfois perçues comme des femmes au foyer, souligne Soazig Renault, coor- dinatrice nationale du Réseau des Mampreneurs. Elles peu- vent se sentir isolées, d’autant qu’elles démarrent le plus sou- vent leur activité de chez elles. » « Un homme qui crée sa boîte va être pris au sérieux, alors que ce sera perçu comme un hobby dans le cas d’une mom- preneur », pointe Stéphanie Benlemselmi. Un manque de soutien d’autant plus lourd que
par les femmes représentent donc un potentiel de croissance sous-exploité. D’autant qu’elles emploient seulement 1,9 sala- riés en moyenne, contre 2,6 pour les hommes. « La prise de risque est moins importante chez les femmes que chez les hommes, avance Soazig Re- nault pour expliquer cette dif- férence. Les femmes cherchent d’abord à consolider leur pro- jet et mettent plus de temps à investir sur la durée. »
sent se rencontrer et rompre leur isolement. De son côté, le réseau Mompreneurs France propose notamment des par- rainages et des mentorings par des femmes chefs d’entreprise expérimentées.
La question du financement
est également problématique :
« On observe souvent des por-
teuses de projet qui veulent
monter leur boite avec un mi-
nimum de risques, observe femmes entrepreneures ont
s’assumer plei.
que chef s’entreprise. « Il faut réussir à convaincre l’entou- rage, et surtout, se convaincre soi-même, que l’on a un vrai projet », martèle-t-elle. Même conclusion du côté de Maïté Debeuret : « Etre chef d’en- treprise, c’est une activité à part entière ».
Défricheurs
Catherine Quignon
Au-delà des réseaux s’adressant spécifiquement aux mompre- neurs, il existe une multitude de structures dédiées aux femmes créatrices : Femmes Business Angels, Financi’Elles, Entreprendre au féminin... En région, les Clefe (Club local d’épargne pour les femmes qui entreprennent) accordent des prêts à des entreprises créées par des femmes. Les
nement en tant
du côté des
DADPRENEURS
C onsultant en stratégie de marque, Yves Bo- nis démarre sa car- rière il y a sept ans dans une grande agence de communi- cation en région parisienne, alors qu’il vient tout juste d’être père. Très vite, le jeune homme supporte mal le rythme effréné de l’agence. « Je partais tôt le matin, ren- trais tard le soir, j’étais sans arrêt dans l’urgence..., se souvient-il. Mais surtout, je ne voyais quasiment pas ma
Tiraillés entre carrière et paternité, les « dadpreneurs » ambitionnent de mieux concilier les deux en
devenant leur propre patron. Ils auront surtout à
vaincre les préjugés, qui ont étonnamment la peau dure.
fille. » Lorsque son contrat se termine, Yves Bonis est démarché en 2009 par un cabinet de chasseur de têtes, qui lui offre un poste pres- tigieux dans une grande so- ciété de e-commerce. Pour- tant, le jeune homme refuse. « C’était une proposition très intéressante, mais avec des horaires assez lourds et des déplacements réguliers à l’é- tranger, indique-t-il. Je me suis dit que si je mettais le doigt dans cet engrenage, je
ne serais plus qu’une ombre pour ma fille. »
Entre sa carrière et sa vie de père, Yves Bonis tranche. Lui et sa compagne, elle- même à son compte, quittent le rythme frénétique de la capitale pour s’installer à Poitiers. Suivant l’exemple de sa femme, le jeune homme décide de monter sa propre agence de conseil en com- munication. « Je voulais développer une entreprise qui soit rentable, efficace,
tout en me permettant de voir grandir ma fille, explique-t- il. Mon objectif n’est pas de réussir ou croître à tout prix, mais de mieux concilier ma vie familiale et ma vie pro- fessionnelle. »
48 DÉC. / JANV.
Yves Bonis fait partie de ces pères qui ont choisi de créer leur entreprise pour profiter davantage de leur vie de fa- mille. Néologisme calqué sur celui des « mompreneurs »,
NOUVEAUX PÈRES

