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Créer aujourd’hui - Mompreneurs & Dadpreneurs CLUB ENTREPRENDRE
ses clients lui propose de tra- vailler pour lui, il décide de retourner dans le giron de l’entreprise. « C’était d’abord une belle opportunité, pas du tout une décision de re- tourner au salariat, indique- t-il. De plus, mon employeur est très souple et me permet de faire du télétravail. »
haitais exercer depuis chez moi et libérer mon mercredi pour pouvoir m’occuper d’elles. » Bien sûr, concilier les deux casquettes ne se fait pas sans peine. « Quand les enfants étaient malades, je travaillais quand même, se remémore-t-il. Je me rappelle d’une fois où ma première
Résonances sait valoriser son statut de dadpreneur : « Etre heureux et organisé dans ma vie de père participe à ma performance, fait-il valoir. Que je travaille à midi ou à minuit, peu importe. Là où le client gagne, c’est que je peux libérer du temps en cas d’urgence. »
l’homme qu’à la femme à la maison. »
La double casquette des dad- preneurs n’a pas que des in- convénients. Quelques jeunes pères tirent de leur expérience des idées de business : vête- ments pour enfants, biberons sans bisphénol A... « Jamais je n’aurais pu développer les idées que j’ai eues lorsque, étant salarié, je devais courir tout le temps », est d’avis Yves Bonis.
Certains trouvaient que j’avais de la chance, mais d’autres voyaient en moi
Toutefois, pour une femme comme pour un homme, est- il réellement possible de conjuguer ambitions profes- sionnelles et vie familiale sans sacrifier l’un à l’autre ? « C’est d’abord une question de priorité, estime Laurent Campagnolle. J’ai toujours pu concilier les deux, mais
les premiers « dadpreneurs » revendiqués en tant que tels sont apparus aux Etats-Unis. Outre-Manche s’est fondé le « Dadpreneur Movement » pour encourager les pères qui le souhaitent à fonder leur propre business, et plus largement, faire connaître leur cause.
Catherine Quignon
un chômeur
« Attendez deux petites secondes j’interrompe la conférence skype, je dois signer un contrat »
munication & formation pour le cabinet de conseil en créa- tion d’entreprise InnComm. Ils ne veulent plus dépendre d’un patron pour gérer leur temps. On en voit aujourd’hui qui se demandent comment s’organiser pour aller cher- cher les enfants à l’école, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années. »
Et que pensent ses clients de sa double vie ? « Ils trouvent ça bien, d’autant que certains ont eux-mêmes mis en place le télétravail », indique Lau- rent Campagnolle. Il faut dire que le fondateur de l’atelier
jen’aip.
à faire grossir mon entre- prise. » Grégory Herré, lui, est plus catégorique : « Le fait d’avoir des enfants est une perte de chance profes- sionnelle, estime-t-il. C’est un mythe de croire le contraire. Mais c’est un choix. »
Pendant son interlude de dad- preneur, Grégory Herré a dû faire face au regard des au- tres : « Certains trouvaient que j’avais de la chance, mais d’autres voyaient en moi un chômeur », pointe-t-il. Les femmes ne sont pas forcément plus compréhensives : « A la sortie de l’école ou aux réu- nions de parents d’élèves, je me suis parfois senti comme un intrus, déclare-t-il. Si l’homme s’implique, certaines femmes se sentent acculées. » Yves Bonis s’est également heurté aux préjugés : « So- cialement ce n’est pas évident, admet-il. Lorsque j’ai refusé ce poste à Paris, une amie m’a dit que j’étais fou! Le modèle du “chasseur cueilleur” subsiste. L’homme a l’injonction de réussir et dans certains cas, on le chasse de la sphère de l’éducation des enfants. »
fille hurlait dans la cuisine alors que j’étais au téléphone. » D’où l’importance de faire comprendre la situation aux enfants : « Je m’isolais dans ma chambre et si mes filles venaient taper à la porte, je leur expliquais que papa tra- vaillait », relate le chef d’en- treprise.
Le soutien du conjoint est également essentiel. « Avant de sauter le pas, il faut que tout le monde soit d’accord », insiste Yves Bonis. Lorsqu’il s’agit de redéfinir le rôle de chacun, l’ajuste- ment ne se fait pas sans heurts : « Quand ma cadette est née, je faisais le parfait ma- cho à la maison et ma femme ne l’a pas supporté, se sou- vient Grégory Herré. Mais à Rouen, j’ai vécu l’inverse ! Cela m’a fait prendre con- science que l’on ne demande pas forcément autant à
as non plus cherché
Les dadpreneurs ne se re- connaissent plus dans l’image du cadre sup’ débordé, long- temps présenté comme le symbole de la réussite au masculin. Tout comme les mompreneurs, ils rejettent le monde de l’entreprise clas- sique, qui laisse peu de place aux salariés parents. Cher- chant à inventer de nouveaux modèles, les dadpreneurs re- vendiquent une plus grande place du père dans la société. Outre-Atlantique se sont mul- tipliés blogs et forums dédiés. En France, il existe des as- sociations qui militent pour une meilleure prise en compte de la paternité en entreprise, comme Mercredi-c-papa, mais aucune association de dadpreneurs. S’ils ne sont encore qu’une poignée, les dadpreneurs revendiqués en tant que tels semblent an- nonciateurs d’un mouvement plus large. « On voit de plus en plus d’hommes pour qui l’une des motivations pour créer leur entreprise est leur vie familiale, observe Samira Lahreche, responsable com-
POIDS DES PRÉJUGÉS
FAIRE LA PART DES CHOSES
Tout comme leurs équivalents féminins, les dadpreneurs doivent apprendre à concilier enfants et business. Pour eux non plus, il n’y a pas de so- lution miracle. « Les hommes qui créent leur entreprise pensent qu’ils seront plus disponibles, à tort, souligne Samira Lahreche. Cela peut être source de conflits dans la vie conjugale. C’est pourquoi il est impor- tant de distinguer les deux domaines. »
Si l’arrivée de l’enfant se conjugue bien souvent avec le désir de se lancer en indé- pendant, ce choix est parfois contraint, suite à un licen- ciement ou un déménage- ment. Grégory Herré, 37 ans, père de trois enfants et auteur du blog Mauvaispere.fr, quitte son poste de cadre dans l’in- dustrie pharmaceutique lorsque sa femme obtient un poste de médecin urgentiste à Rouen, en 2010. « De toute manière, avec deux enfants en bas âge et nos horaires, nous ne pouvions pas conti- nuer sur le même rythme », indique-t-il. Grégory Herré se retrouve donc père au foyer à Rouen, un peu malgré lui. Le jeune homme trouve quelques missions : il fait des travaux rédactionnels, donne des cours en faculté de pharmacie. Petit à petit, il accumule les contrats et finit par créer sa propre structure en tant qu’auto-entrepreneur. Mais lorsqu’en 2012, un de
Pour Laurent Campagnolle, 44 ans, fondateur de l’atelier de communication sensorielle Résonances et père de deux filles, la question de l’orga- nisation s’est posée dès le départ. « J’ai créé mon en- treprise en 2008 suite à un licenciement et après m’être séparé de mon épouse, in- dique-t-il. Alors que j’avais la garde alternée de mes filles encore jeunes, je sou-
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