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n°16
CLUB ENTREPRENDRE Leçons de maux - Julien Sylvain, de Leaf Supply à Lemon Curve
Les dessous du rebond
A 29 ans, Julien Sylvain s’est cassé les dents dans le lit en carton, avant de renaître dans la distribution de lingerie. Retour sur un parcours, des erreurs et des succès hors norme.
peine le dépôt de dement, le jeune dirigeant se de sa petite taille. Une réelle ser à autre chose... L’entre- bonnes questions par rap- d’affaires de 3 millions d’eu- bilan de Leaf Sup- rend compte qu’il a mis les force de frappe commerciale prise accumule quelques port à notre première expé- ros. L’équilibre financier est ply prononcé en oc- pieds sur un marché déjà très fait défaut. Ayant opté pour dettes. « L’objectif n’a pas rience ratée. Voulions-nous prévu pour 2015. Elle em-
tobre 2011, Julien Sylvain bien structuré et plutôt com- des fabrications décentrali- été atteint. Le mieux est des salariés ? L’internatio- ploie sept personnes. Après
démarrait une nouvelle acti- vité avec Lemon Curve. « Mes proches m’ont de- mandé avec insistance si j’étais certain de vouloir créer une nouvelle entre- prise, se souvient-il. Ne pas vouloir décevoir ceux qui vous soutiennent est un bon moteur quand on se lance dans une nouvelle aventure entrepreneuriale. J’étais dans une situation de rendre des comptes. Ce fut très im- portant pour la suite. » Pas encore serial entrepreneur – « il me faut un succès à mon actif pour cela » –, Julien Sylvain a toutefois claire- ment orienté sa carrière pro- fessionnelle côté business. Etudiant à l’ESCP Europe, le jeune homme fait des stages dans la finance et est au contact de chefs d’entre- prise. Fraîchement diplômé, il décroche son premier job au sein du fonds d’investis- sement de Bernard Arnault. Mais c’est vers son univers proche, vers ses amis des- igners et ingénieurs, qu’il se tourne pour faire naître sa première entreprise.
plexe à pénétrer. « Les orga- nismes humanitaires sont organisés en hubs, implantés dans des endroits straté- giques sur le globe, pour pouvoir déployer rapide- ment les aides d’urgence né-
sées, au sein même des pays, elle est confrontée aux droits de douane, aux coûts du tra- vail différents d’un pays à l’autre, à la flambée du prix des matières premières... Un business plutôt hyper
alors de fermer. » L’aventure s’achève fin 2011.
nal faisait-il partie de notre stratégie de développe- ment ? Souhaitions-nous vendre des produits propres ou être distributeurs ? » Les bases posées, les deux jeunes dirigeants identifient
la phase de déploiement en France, les dirigeants visent l’international. « Notre large catalogue, avec les dernières collections des grandes marques de lingerie, nous permettra de nous ouvrir à l’Europe à partir de 2016, confie le dirigeant. Il nous faudra travailler l’offre pro- duits et le marketing. Il ne suffit par d’avoir un site tra- duit en plusieurs langues, encore faut-il l’adapter aux attentes marchés de chaque pays ciblé. »
cessaires aux populations en difficulté », explique le jeune dirigeant. Lorsqu’il a ren- contré les acheteurs de ces organisations pour signer
complexe. « J’ai rapidement réalisé que ce serait très dur. Se repositionner ? Nous y avons pensé. Quelques par- ticuliers qui trouvaient nos
pide. Le jeune dirigeant ren- contre Agathe Molinar. Comme lui, elle vient d’es- suyer un échec entrepreneu- rial. Ils sont au même niveau
la vente de lingerie en ligne. Lemon Curve, installée en région parisienne, voit le jour en octobre 2011. Ils se répartissent les rôles :
Son business model, malgré les lits en carton qualitatifs proposés, ne correspondait pas aux modes de fonctionnement des ONG
Les questionnements des proches étaient donc utiles. « Mes parents – qui m’ont fi- nancé pendant la première année de Leaf Supply –, ESCP Europe ainsi que le réseau Entreprendre m’ont aidé à me poser les bonnes questions et à montrer ma motivation »... Ce qu’il semble désormais avoir mis
RÉFLEXION SALVATRICE
Devenir salarié ? Non. Sur ce point, la réflexion est ra-
COMPLEXITÉ EXTRÊME DU
« MARCHÉ » DE L’HUMANITAIRE
Leaf Supply devait porter de grandes ambitions socié- tales. « Nous avions imaginé des lits de camp en carton destinés au marché de l’aide humanitaire, raconte Julien Sylvain. Un procédé de fa- brication mis au point avec un réseau de partenaires in- dustriels avait été breveté. » Les produits devaient pou- voir être conçus localement, au sein même des pays qui avaient besoin d’une aide d’urgence. Testés pendant un an auprès de la Croix Rouge Internationale, les lits Leaf Supply avaient reçu un ex- cellent accueil de la part des équipes sur le terrain. Fin 2009, après un an de ré- glages, les premiers lits sont commercialisés. Mais rapi-
Du bonnet d’âne au bonnet de soutien-gorge, il n’y a qu’un pas...
CRÉER DES EMPLOIS PLUS QUE DES PRODUITS
Conscient des erreurs com- mises, Julien Sylvain ne na- vigueplusàvue:«Jefixe des objectifs quotidiens pour moi comme pour l’équipe, afin d’identifier les pro- blèmes rapidement et d’avancer ». Dans son rôle de gestionnaire, il a mis en place une stratégie de déve- loppement des plus claires. Car tout en regardant vers l’avenir, le jeune dirigeant n’oublie pas l’expérience Leaf Supply. « Je considère encore que ma « vraie » en- treprise est Leaf Supply. Nous vendions nos propres produits, confie-t-il. Au- jourd’hui, l’approche est très différente avec Lemon Curve, qui reste un distribu- teur. Mais l’aventure me plait ! Nous créons des em- plois. C’est une réelle satis- faction pour un chef d’entreprise. »
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des contrats, il s’est donc produits design ont com- et au même stade de ré- Agathe est à la communica- aperçu que son business mandé. Des mairies se sont flexion quant à leur pro- tion, Julien à la gestion. Ils model, malgré le produit équipées de lits d’urgence. chaine entreprise. « Nous affirment n’avoir eu aucune qualitatif proposé, ne corres- Mais tout ceci n’était pas voulions aller vite et surtout, difficulté pour décrocher un pondait pas aux modes de suffisant pour nous faire nous avions besoin de pou- prêt de 170000 euros afin de fonctionnement des cibles. vivre. » Au moment de voir vivre rapidement de lancer l’entreprise et lever 1 Leaf Supply, forte de deux confirmer son unique salarié notre travail, se souvient Ju- million d’euros au bout d’un salariés, se heurte alors à un en CDI, Julien Sylvain se dit lien Sylvain. Nous nous an. En 2014, l’entreprise de- manque de réactivité du fait qu’il est grand temps de pas- sommes posé de suite les vrait atteindre un chiffre
en pratique avec talent.
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Stéphanie Polette

