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n°15
CLUB ENTREPRENDRE A la Une / L’Entretien - Thierry Mandon, Secrétaire d'Etat à la réforme et à la simplification
« Ne faisons pas un énième rapport Attali. Agissons »
Ne le nions pas, la tâche est rude. Seul un esprit combattif, presque militant, pouvait s’y atteler. Thierry Mandon, qui propose généralement des centaines de mesures de simplification dans ses rapports, désormais Secrétaire d’Etat, jette ses pavés dans l’écheveau administratif tissé durant 30 ans. Et cela commence à porter ses fruits...
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Qu’est-ce qui a guidé votre orientation d’homme politique sensible aux probléma- tiques des entreprises ? Tout d’abord j’ai évolué en entreprise (consultant en stra- tégie d’entreprise et gestion des ressources humaines, ndlr), ce qui induit un certain prisme de pensée à la base. Mais mon engagement poli- tique se fonde sur la volonté
de la Mission d’information pour la simplification légis- lative, puis ma co-présidence, avec Guillaume Poitrinal, du Conseil de la simplification pour les entreprises. Créé le 8 janvier 2014 sur décision du Premier ministre, le rôle de cette instance, que je sou- tiens aujourd’hui en tant que secrétaire d’Etat, est de pro- poser 50 mesures concrètes au gouvernement tous les
ministration. La nouveauté de l’approche du conseil à la simplification pour les en- treprises est que l’agenda est fixé par les professionnels eux-mêmes, qui déterminent dans les groupes de travail ce qui est prioritaire lors de ces périodes charnières. Chaque groupe réunit entre- preneurs, dirigeants, respon- sables administratifs, etc., qui proposent tous les six
le politique et l’entreprise. Il s’agit de faire preuve de pragmatisme, car nous avons remarqué que la pire chose était que les services se ren- daient la balle quant aux lourdeurs : politiques, haute administration... Ce que nous avons créé est une sorte de mini Conseil économique, social et environnemental (CESE), mais qui fonctionne avec des bénévoles. Ce n’est pas une énième commission, un énième rapport Attali, mais un kit pour les poli- tiques, pensé, réfléchi, qui ne bouleverse pas les équi- libres sociaux et environne- mentaux. Le pragmatisme est privilégié à l’idéologie. L’impact est réel, sur DAS2, les honoraires, la manière avec laquelle on paye les gens... L’utilisation d’une dé- marche collaborative dans une politique publique est novatrice. Nous partons de l’usager, et même – osons le dire – du client. Dans le climat actuel de défiance des
institutions, je pense que l’adoption de cette logique ouverte est une condition pour recréer de la confiance. Autre mission, il faut faire savoir que cette simplifica- tion est en marche, c’est es- sentiel dans un but d’infor- mation des gens, mais aussi d’attractivité du territoire.
Quelles seraient les mesures clés qui feraient changer de paradigme les entrepreneurs dans leur relation avec l’administration ? Premièrement je crois qu’il est essentiel d’instaurer une véritable stabilité de l’envi- ronnement règlementaire et fiscal. Les entreprises en ont besoin, elle est vitale. Des mesures comme le rescrit, où l’administration s’engage, donne son avis et est direc- tement impliquée, contri- buent à donner de la visibi- lité. De même la non-rétro- activité fiscale de l’imposi- tion des sociétés, qui entrera
en application le 1er janvier 2016, sera une grande avan- cée. Elle était demandée de- puis 50 ans. Jusqu’à main- tenant Bercy passait des lois et décrets avant la fin de l’exercice pour taxer un peu plus s’il y avait un problème de budget. Les sociétés avaient une épée de Damo- clès au-dessus d’elles, même si l’exercice avait commencé. Les entrepreneurs doivent savoir quelles seront leurs cotisations et taxes dans un futur proche. Deuxièmement il m’apparaît essentiel de pri- vilégier tout ce qui accélère l’activité. Les entreprises ne peuvent plus se permettre de faire plusieurs fois les mêmes démarches auprès des diffé- rentes administrations, car la vitesse est leur première ressource. La Déclaration so- ciale nominative (DSN), unique, mensuelle et auto- matisée, qui remplacera la trentaine de déclarations so- ciales que les entreprises doi- vent gérer dans le cadre de
Bio
Bâtisseur dans la durée
Thierry Mandon, 57 ans, est un homme po- litique français qui n’a pas grand-chose de français dans son approche. Peut-être est- ce parce qu’il est né à Lausanne. Toujours est-il que le socialiste, secrétaire d’Etat chargé de la Réforme de l’Etat et de la sim- plification depuis le 3 juin 2014, entend bien réconcilier la sphère publique avec le monde des entreprises depuis le début de sa carrière. Membre du Parti socialiste, il a été député de la neuvième circonscription de l'Essonne en suivant les courants de Lau- rent Fabius puis Martine Aubry, et a siégé à la commission des Finances. Il a été égale- ment porte-parole du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale, conseiller général du canton de Ris-Orangis et maire de Ris-Oran- gis, avant de démissionner en 2012, antici- pant ainsi la règle du non-cumul des mandats. Celui qui a fait ses études secon- daires à Lyon, puis a obtenu une licence de droit et de sociologie, est ensuite passé par
Sciences-po Paris. De 1993 à 1995, Thierry Mandon a exercé les fonctions de consul- tant en stratégie d'entreprise et gestion des ressources humaines. Mais bâtisseur dans l’âme, il est devenu président délégué aux stratégies d’aménagement et de développe- ment des territoires au Conseil général de l’Essonne. En 2002, en prévision du Congrès de Dijon, il a participé à la rédaction du texte fondateur du Nouveau Parti socialiste, puis en 2005 lors du Congrès du Mans il a rejoint le courant Rénover maintenant. Il a en 2002 lancé le premier campus de bio- technologies Génopole. Mais sa vision co- hérente et sa volonté ont réellement été mises en lumière lorsqu’il est devenu, conjointement à son rôle de rapporteur de la Mission d'information pour la simplifica- tion législative, co-président avec Guillaume Poitrinal du Conseil de la simplification pour les entreprises en janvier 2014.
Toutes ces petites mesures contraignantes et inutiles mises bout à bout représentent temps, argent et dépense d’énergie
de rénover la vie publique, qui est malmenée par un ex- cès de défiance et de scepti- cisme. Le rétablissement passe à mon sens par l’ou- verture de la vie publique à la réalité de la société fran- çaise, également constituée par des acteurs qui créent, innovent, vendent, tous les jours. Cette vie publique ne doit plus se construire en soi, pour elle. Elle doit s’ou- vrir, ré-irriguer les autres univers, comme celui des entreprises et de l’économie. D’où mon rôle de rapporteur
six mois. Sur les 50 propo- sées en avril, 32 ont été adop- tées par décret en juillet.
La simplification peut se réaliser tous azimuts. Quel fil rouge suivez-vous pour garder une certaine cohérence ?
La ligne de conduite est claire. Nous avons identifié une dizaine de moments clés de l’entreprise, comme la création, le recrutement, l’ex- portation, etc., et réfléchis- sons sur ces moments de re- lations soutenues avec l’ad-
mois 50 mesures de simpli- fication sur les déclarations fiscales, sociales, les obli- gations comptables, de mé- decine du travail... Il ne s’agit donc pas de l’agenda du Ministre, mais de l’agenda directement constitué par l’urgence des besoins du ter- rain. Nous avons aussi initié les tests entreprises : nous évaluons les décrets et don- nons au dirigeant politique les conséquences réelles au jour le jour. Les deux mondes s’ignoraient jusque-là, nous devons établir des ponts entre
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NOVEMBRE 2014


































































































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