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n°15
PANORAMA Régions & Territoires - Bordeaux
u So (French) Tech
C’est dans le numérique – aussi – que se joue l’image du territoire bordelais. Rien d’éton- nant donc à que les équipes d’Alain Juppé – Virginie Calmels en tête, ex-Dg d’Endemol Monde, « recrutée » et propulsée nouvelle adjointe au maire – aient récemment phosphoré pour décrocher le fameux label « Métropoles French Tech ». Label qui permet notamment, promet-on, une visibilité maximale à l’international. Impossible donc de passer à côté. Et pour cela, Bordeaux sort le grand jeu et les grands chiffres. « Nous allons créer 25000 emplois dans le numérique d’ici à 2030 », lançait ainsi au sortir de l’été la nouvelle ad- jointe en charge de l’économie. Déjà, la filière des TIC et du numérique génère sur l’en- semble de l’agglomération quelque 23000 emplois concentrés principalement au sein de clusters comme Bordeaux Games et TIC Santé. Et le quotidien online La Tribune d’énu- mérer : « Cdiscount, numéro un français de la vente en ligne, côtoie Immersion, leader européen des technologies 3D immersives et collaboratives pour l’industrie, Concours- mania, leader européen des jeux concours en ligne ou encore Asobo, premier studio in- dépendant de jeux vidéo de l’Hexagone – Bordeaux étant la troisième ville française pour les jeux vidéos. » Si Bordeaux est retenue – ce qui semble être aujourd’hui quasiment ac- quis – la ville pourra alors s’appuyer, comme les autres métropoles lauréates, sur 200 mil- lions d’euros investis par l’État dans des initiatives privées pour accélérer la croissance des entreprises numériques françaises.
u Pins fragiles
L’Aquitaine, c’est avant tout des forêts entières de pins dont le territoire est couvert à plus de 40% (contre une couverture forestière de 30% pour le reste du pays). En tout, la filière emploie plus de 15000 salariés dans la région dont les tâches au quo- tidien vont de l’entretien de plantations privées, à la découpe/transformation du pro- duit brut en passant par la R&D grâce à une filière de recherche dynamique (INRA, université de Pau et liens académiques avec l’école nantaise ESB bois). « Notre principal défi est avant tout de conserver ces emplois, relève Nicolas Langlet, diri- geant de Xylofutur, le pôle de compétitivité aquitain spécialisé bois et biomasse à Gradignan. Mais on sait que l’on va en perdre. » Car le secteur « souffre » et le pin s’est raréfié. « À la suite de la tempête Klaus, qui n’a laissé que 79 millions de mètres cubes sur pied alors que le stock initial était de 115 millions, la pression sur la ressource en pin maritime s’est renforcée, précise un récent article du journal Sud-Ouest. Le prix du bois a augmenté et ses usages se sont diversifiés, ce qui pose la question de l’avenir des activités traditionnelles de la filière. » À cela s’ajoute la concurrence directe de marchés « low cost ». « Il faut aider les entreprises régio- nales à être plus performantes sur leur positionnement et leur stratégie », tranche Nicolas Langlet. Et pour certaines, la nécessité est de « se réorienter ». Sous peine de disparaitre complètement.
u La tête dans les étoiles EADS, Thalès, Dassault, Turbomeca... Au- tant de « pépites » bordelaises qui brassent des milliards et font de la région (avec celle de Toulouse), l’épicentre européen de l’aé- ronautique et du spatial. Des filières d’ex-
Bordeaux
u À l’heure rugby
À Bordeaux, la terre serait-elle ovale ? Une chose est sure : le rugby y gagne du terrain. Chaque match de l’Union Bor- deaux Bègles (UBB, meilleure attaque du Top 14 l’année dernière) fait en effet déplacer près de 20000 fans (presque autant que le FC Girondins !). Une revanche pour ce club qui a longtemps évolué en Pro D2 avant son retour parmi l’élite française en 2012. L’UBB – dotée d’un budget de 16 millions d’euros et présidé par Laurent Marti, ancien junior au Stade Toulousain – draine derrière lui des dizaines d’en- treprises locales, type PME, qui « vivent » du rugby et des retombées économiques du club. Un président qui vient d’annoncer vouloir accélérer la croissance de l’UBB, « en convainquant trois ou quatre joueurs de haut calibre de nous rejoindre ».
u In Bordeaux veritas
Cheval Blanc, Ausone, Petrus... Autant de domaines viticoles prestigieux dont la production – trustée par une nébuleuse de négociants – s’arrache à prix d’or, de Hong-Kong à New York... Car Bor- deaux la ville, c’est avant tout à l’étran- ger un nom générique désignant des bouteilles légendaires et un certain luxe à la française. Le vin... « Assurément, notre meilleur ambassadeur », reconnait volontiers Pierre Goguet. L’AOC Bor- deaux, qui « court » du Médoc à Sau- ternes, pèse encore plus de 15% du PIB du territoire. La région est, avec la Bour- gogne, la première région viticole de France en valeur, avec plusieurs milliards d’euros générés chaque année. Un poids renforcé grâce à la demande chinoise qui a bondi de près de 170% depuis 2006(1). Et pour continuer à vendre cette image de marque aux quatre coins du monde : une machine de guerre baptisée Vinexpo, salon international de la filière viticole, véritable vitrine du « Bordeaux, capitale mondiale du vin », en place depuis 1983. Un rendez-vous incontournable – qui se tient alternativement entre Bordeaux et Hong Kong – et dont la dernière édition en 2013 a attiré plus de 2400 exposants et 50000 visiteurs. A noter que les vins de Bordeaux sont en train de lancer une grande campagne internationale d’affi- chage dans sept pays prioritaires, dont la France, la Grande-Bretagne, les Etats- Unis ou la Chine). Les panneaux sobres et suggestifs vont en appeler au côté poé- tique de la dive bouteille.
(1) Ces ventes (vins et spiritueux borde- lais) en Chine ont toutefois accusé un recul de 28% au premier semestre 2014, conséquence de la campagne anti-cor- ruption menée par le régime chinois.
cellence qui
énumère-t-on à la CCI, pas moins de « 630 établissements, 34700 salariés, dont 14600 salariés directement affectés aux com- mandes aéronautiques et spatiales chez 28 donneurs d’ordres... ». Un secteur « très in- novant et très technique, mais aussi très pru- dent », relève Agnès Paillard, présidente du pôle de compétitivité Aerospace Valley à Bordeaux(2), qui compte 750 adhérents, dont 450 PME. Une prudence qui impose la vali- dation de chaque processus : « Le périmètre de certification touche l’ensemble des ma- chines », – même les plus petites – utilisées en usine. Conséquemment, « l’effet d’entrai- nement entre les grands groupes du secteur et les jeunes pousses, type PME, n’est pas toujours évident », commente cette « ex » de l’ESCPI Paris Tech, par ailleurs prési- dente du conseil d’administration de l’Insti- tut national de la propriété industrielle (Inpi). Les enjeux de la filière ? Développer un rôle de « passeur » sur d’autres secteurs et ainsi ouvrir le marché. « On ouvre des champs de recherche sur des applications – comme les drones par exemple ou les ser- vices autour des satellites – qui pourraient trouver preneur dans le bâtiment, l’agricul- ture, la santé... ». En d’autre termes : « Ren- dre compréhensibles au plus grand nombre les données spatiales pour offrir de nou- veaux services » et ainsi rentabiliser la fi- lière. L’aéronautique pèse pour 10% de l’emploi salarié en Aquitaine et se classe au 3e rang national derrière Midi-Pyrénées et l’Île-de-France.
(2) Ce pôle de compétitivité mondial associe les régions Midi-Pyrénées et Aquitaine.
drainent localement,
14 NOVEMBRE 2014

