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PANORAMA Régions & Territoires
Marseille, la
« Gangster city » ou « eldorado du
Mars
Sud»?Unechoseestsûre:lacité phocéenne – avec son million d’ha-
Lbitants – trouve un souffle nou- veau... Sans pour autant balayer son identité et ce qui a fait d’elle une
u La vitrine Euromed
Avec ce projet lancé dès 1995 – qui couvre près de 500 hectares – Marseille se dote (enfin) d’un quartier d’affaires haut de gamme censé jouer le rôle d’accélérateur de l’attractivité et du rayonnement de la métropole phocéenne, « entre l’Europe et la Méditerranée ». « C’est un défi qui contribue à changer en profondeur l’image de la ville », confie Jacques Pfister, pré- sident de la CCI Marseille-Provence – soit l’image d’une ville longtemps isolée et écono- miquement à la peine. Mais avec Euromed (deuxième pôle d’affaires français) Marseille, promet-on du côté des officiels, entre dans la cour des grands. De fait, sur place, des sièges sociaux de banques et de grandes sociétés se sont installés autour de la Joliette, place forte historique des dockers. Le nouveau quartier – sur lequel se construit un gigantesque Euromed Center (70000 mètres carrés pour un investisse- ment de 260 millions d’euros) – devrait mixer plus de 300000 mètres carrés de logements va- lorisés à prix d’or et de nombreux espaces com- merciaux.
u La culture, nouvel ADN marseillais
2013 a fait entrer la ville de l’OM dans le club – particulièrement sélect – des meilleures destinations culturelles (à l’égal ou presque des grandes capitales européennes). En dé- crochant l’année dernière son label « capitale européenne de la culture », la ville – et l’en- semble du territoire concerné – a fait peau neuve et attiré sur 12 mois quelque dix millions de visiteurs (plus deux millions par rapport à 2012). Cette année aura aussi permis l’exis- tence de nouveaux lieux : le MuCEM (1,6 million de visites), la Villa Méditerranée, le Fonds Régional d’Art Contemporain, etc. Mais l’euphorie de la fête retombée, 2014 pour- rait avoir « comme des relents de gueule de bois », écrivait la presse locale en pleine cam- pagne des municipales, constatant une absence de soutien politique de la plupart des candidats.
incontournable terre d’immigration.
e paradoxe de Marseille : une ville bai- gnée de soleil, mais boudée – en compa- raison avec d’autres grands bassins
d’emploi – par les investisseurs. La ville est ainsi placée avec Aix-en-Provence – selon une dernière étude du cabinet Ernst & Young (1) – « 3ème chal- lenger face à Paris », score honorable certes, mais très loin derrière Lyon et collé par Toulouse. « Nous avons parfois, selon certaines entreprises, un problème d’attractivité et d’accessibilité », re- connait volontiers Katia Mirochnitchenko, direc- trice de Optitec, pôle de compétitivité bi-régional spécialisé sur la photonique et l’imagerie. Pour- tant, « sur des secteurs de pointe – le spatial à Cannes, l’astrophysique à Marseille, etc. – le ter- ritoire est une référence ».
Un territoire marseillais rongé néanmoins par le chômage – des plus jeunes en particulier : plus de 40% des moins de 25 ans sont sans emploi dans les quartiers les plus paupérisés de la ville. Après Lille, c’est à Marseille que la proportion des actifs est globalement la plus faible parmi les dix principales villes du pays. « C’est une région complexe, qui génère de la pauvreté », reconnait Jacques Pfister, président de la CCI Marseille- Provence. « Marseille est une ville qui a conscience qu’elle n’est pas la première de la classe – avec son caractère très méditerranéen, c’est sans doute l’élève le plus dissipé de sa ca- tégorie ».
Pourtant « malgré ces difficultés sociologiques », dixit, « l’agglomération a désormais pris conscience de son potentiel ». Avec plus de 60000 structures – principalement des TPE – lan- cées l’année dernière et un taux de création sen- siblement supérieur à la moyenne nationale, le « 13 » (son département) est ainsi gagné par la « folie d’entreprendre ». Autre force que (re)dé- couvre la cité phocéenne : sa proximité avec le
monde méditerrané.
en et les pays d’Afrique du Nord. Une porte ouverte sur un continent Noir en pleine mutation. « C’est un effet de levier formi- dable », veut-on croire à la CCI locale. Le port de Marseille Fos vient d’ailleurs de signer de nouveaux accords avec le Maroc visant à renfor- cer le développement de lignes maritimes pour les marchandises et les passagers. Marseille, car-
refour d’Afrique...
Pierre Tiessen
(1) Baromètre 2013 Ernst & Young de l’Attracti- vité du site France
OCTOBRE 2014
Mue annoncée
La problèmatique du port
Avec 80 millions de tonnes de marchandises qui y transitent chaque année, Marseille Fos est une énorme machine, qui entend enfin monter en gamme aujourd’hui.
« Le problème principal de Marseille », indiquait récem- ment le magazine Alternatives économiques, « c’est surtout que son grand port reste très en retard sur les autres capi- tales régionales hexagonales en matière de développement économique ». De fait, « nous avons eu un problème d’at- tractivité », reconnait volontiers Frédéric Dagnet, respon- sable de la mission prospective évaluation de ce port qui génère localement – directement et indirectement – plus de 40000 emplois. « Nous n’arrivions pas à être une porte im- portante du commerce extérieur français. » Époque révo- lue ? Le nombre de containers a franchi en tout cas la barre du million (+7% en 2012 et 2013) et surtout, le port s’est lancé dans un vaste programme d’innovation industrielle.
Nom de code de la plateforme : Piicto. Son développement s’inscrit dans l’axe stratégique du port pour accompagner la mutation industrielle de Fos et s’inscrire, dixit, « dans un axe de diversification énergétique ». « Nous avons pour ambition, d’ici à 2018, d’y créer un cluster sur la chimie et les nouvelles technologies », précise Frédéric Dagnet. Autre grand chantier en cours (pour une mise en service en 2017) : la construction d’un terminal de transport combiné qui doit permettre de développer la desserte ferroviaire de l’agglomération marseillaise et les pré-post-acheminements ferroviaires du terminal à containers maritimes. Coût de l’opération : 60 millions d’euros.

